Terra 07 juin 2018 à 08h00 | Par Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine

Ad nauseam ! Les EGA devaient restaurer des ponts. Ils ont érigé des murs !

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Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine.
Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. - © Terra

Qui, en dehors des agriculteurs, se souvient, moins d’un an après leur lancement, que les États généraux de l’alimentation avaient pour premier objectif de restaurer le revenu des agriculteurs en redonnant de la valeur aux produits agricoles ?

Au mois de mai les agriculteurs ne font pas le pont, ils sont sur le pont, surchargés de travail : préparation des sols, semis, récolte et espoir de récolte à l’été ou à l’automne. Au moins n’ont-ils pas eu le temps de regarder la violence des débats parlementaires les concernant, retransmis dans les médias, réseaux sociaux et chaînes d’information en continu.

Je rencontre quotidiennement des agriculteurs, blessés, tétanisés, sidérés par la violence de certains propos ou images. Je reste marqué par plusieurs discussions avec des collègues au salon de l’herbe. Alors qu’ils sont au quotidien en recherche d’alternatives pour faire évoluer leurs systèmes, gagner en autonomie, répondre à des cahiers des charges, c’est une image déqualifiante, pour ne pas dire humiliante qui leur est renvoyée insidieusement et régulièrement. Une image binaire et réductrice qui se résumerait en deux mots : glyphosate et batterie !

Quel rendez-vous raté ! Ces mêmes agriculteurs, nous les avons rencontrés cet hiver. Ils ne cachaient pas leur scepticisme sur les États généraux, mais il était aussi frappant que la question des transitions et transformations en cours les intéressaient, dès lors qu’elles se fondaient sur une meilleure reconnaissance de la valeur de leur travail et de leurs efforts dans la valeur du produit alimentaire. Les séances d’amendements parlementaires, à grand renfort d’amplification médiatique, nous ont abreuvés de glyphosate et poules en cage jusqu’à l'excès, ont tué l’idée d’une transition à double A : alimentaire donc agricole, agricole donc alimentaire.

"En même temps" peut être une vision intéressante de faire de la politique, en reconnaissant la complexité, la valorisation de chaque avancée, même progressive, les aléas et le temps long dans les métiers du vivant. Mais cela nécessite de privilégier les acteurs de la transition dans leurs compétences plutôt que l’arrogance de ceux qui savent, et qui parlent dans le poste !

Ce n’est pas de Paris que les transitions s’imposeront. L’agriculture et l’alimentaire ont des destins soudés dans les territoires, des biens communs créateurs de richesses, autour de l’emploi, de l’énergie renouvelable, d’une restauration hors domicile plus régionale et mieux connue des consommateurs dans sa diversité. Refusons de nous laisser intoxiquer jusqu’à la nausée par trois ou quatre mots ou images pour nous faire plier l’échine. L’alimentation des Français n’a jamais été aussi sûre et aussi bon marché. Grâce à Sophie Marceau et Brigitte Bardot ?... ou grâce aux agricultrices et agriculteurs ?

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