Terra 29 juillet 2016 à 08h00 | Par Thierry Merret, Président de la FDSEA du Finistère

Adhérents de coopératives, réveillez-vous !

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Certaines coopératives agricoles sont-elles en train de devenir des entreprises industrielles et commerciales comme les autres ? La question n’est pas une provocation. C’est plutôt le fait de ne pas vouloir se la poser qui relèverait du déni de réalité.

Certains diront que la FDSEA du Finistère ne fait pas, une fois de plus, dans la nuance. Pour autant, les faits sont là, et bien réels !

Début juillet, la Cooperl s’affranchit du cours du marché au cadran pour une durée indéterminée, le trouvant trop élevé ! En outre, si le fonds d’urgence porcin n’a pas vu le jour, c’est à cause du lobbying de Cooperl, appuyé par Coop de France. Deux postures inadmissibles pour une coopérative ! Lactalis ne se comporte pas autrement avec les producteurs de lait en annonçant 257 €/1 000 l pour juillet. Les entreprises, coopératives comme privées, utilisent le maillon production comme levier de rentabilité et n’ont plus que des logiques industrielles.

Non seulement le pouvoir de décision - voire d’information ! - des coopérateurs se réduit à peau de chagrin face aux desseins industriels, mais combien d’administrateurs ne sont-ils pas les "marionnettes" des directeurs généraux et de leur comité de direction ? La société coopérative est un outil au service des agriculteurs, et non une fin en elle-même. Justement, les coop ont été créées par des paysans qui voulaient prendre leur destin en main. Ce n’est pas à elles de prendre en main le destin des paysans ! Adhérents de coopératives, réveillez-vous ! Trouvez-vous normal que votre coop décide que le cours du marché est trop élevé ? que votre lait soit payé selon leur bon vouloir ? Les coopératives ne nous considèrent que comme des livreurs. Or, si nous voulons demain gagner dignement notre vie, il nous faut être les vendeurs de nos productions.

Deux autres exemples récents doivent nous interpeller. La coopérative du Gouessant (qui est d’abord vendeur d’aliments) a pris le pouvoir à la hussarde pour faire revenir dans son giron le groupement Syproporcs, vidant le conseil d’administration de ses éleveurs de porcs. Mi-juillet, des producteurs de lait ont bloqué une usine Sodiaal près du Mans, criant leur colère devant leur propre coopérative… Et tout tournerait rond ?

Dans la campagne, la plupart des agriculteurs sont résignés, quand il ne s’agit pas de détresse. Il est urgent que les entreprises cessent de considérer les paysans comme la variable d’ajustement de leurs stratégies : à de tels jeux, tout le monde sera perdant. De plus, en proposant des prêts de trésorerie, des différés de paiement ou des primes conditionnées à des obligations d’approvisionnement, les coopératives renforcent la dépendance de leurs adhérents.

Nous rappelons notre attachement à une organisation économique construite par et pour les producteurs. Revenons aux fondamentaux ! Dans l’intérêt des paysans, de l’avenir de notre agriculture, construisons des vraies stratégies territoriales portées par les entrepreneurs que nous sommes.

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