Terra 26 mars 2019 à 15h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Agribashing : ne pas dramatiser mais prendre en main sa communication

"La situation est bien moins grave que l'on peut l'imaginer." Face aux agriculteurs tributaires d'"agribashing", Eddy Fougier, politologue et consultant spécialiste des mouvements protestataires, a cherché à dédramatiser la situation, tout en motivant le monde agricole à riposter par de la communication. Une communication directe, ciblée, faisant aussi appel à des leaders d'opinion.

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"La critique est élargie, plus radicale, plus visible, plus intense". Eddy Fougier scrute les évolutions sociétales, décrypte le phénomene d'agribashing devant un public d'agriculteurs interrogateurs venu participer a l'AG de la FDSEA. Les émissions récurrentes à la télévision, à la radio, les vidéos sur les réseaux sociaux sont entrées dans notre quotidien. Après les OGM, l'attrait des médias se reporte maintenant sur les pesticides. "Aujourd'hui la critique est diffusée en prime-time, elle s'est intensifiée", décrit Eddy Fougier qui en démontre tout le cote anxiogène. Emission emblématique par excellence, Cash Investigation cultive la mise en scene. "L'émission sur les pesticides reprend un terme anxiogene toutes les 16 secondes", a calcule l'expert. "On a un bombardement d'informations émotionnelles pour manipuler le public. Cela est fait pour effrayer". Et quand des personnalités appreciées du public - Stephane Bern ou Nagui - condamnent des pratiques à des heures de grande écoute, le coup est passablement rude.

Ne pas généraliser

Au dela du constat, l'homme a cherché a rassurer son auditoire, a faire prendre un peu de hauteur aux agriculteurs qui ressentiraient personnellement ces attaques. Il explique qu'il ne faut pas tirer de conclusions hatives et croire que les ONG sont toutes puissantes. "Il ne faut pas se concentrer sur les associations et Elise Lucet", rappelant que "74 % des Français font confiance aux agriculteurs". Pour Eddy Fougier ce n'est pas les agriculteurs qui sont visés mais un type d'agriculture. Le mouvement "lundi vert" lance pour reduire la consommation de viande est un "flop", Greenpeace avec sa carte des fermes- usines "s'est melangé les pinceaux et a présenté ses excuses. Du jamais vu !" Bref, il ne faut pas généraliser à la population les attaques. "Il n'y a que 5 % de bobos en France et ceux et celles qui s'expriment ne representent pas la population. Le tout bio ou tout vegan est un marche étroit. Quand on va au dela des effets d'annonces, la prise de décision du client sont les critères de prix", rappelle-t-il. "Il n'est pas certain que la personne lambda soit si affolée".

Quoi faire ?

Toujours dans un approche positive, Eddy Fougier voit au moins un interet a la situation d'agribashing : la prise en main de la communication par les agriculteurs allant de la "multiplication des initiatives sur les reseaux sociaux, aux plateformes de vidéos en ligne en passant par le développement de la marque "C'est qui le patron" qui donne une lisibilite sur le prix". Favorables aux contacts directs entre agriculteurs et citoyens, voisins ou riverains..., il conseille la riposte systématique face aux critiques, pas seulement par des représentants de la FNSEA mais des tiers sans étiquette corporatiste. Plus difficile, il faudrait que ces personnes parviennent a franchir la barriere des médias nationaux généralistes ; soient presents sur les plateaux de BFM, France 2, a France Inter...

A la FNSEA, "on ne laisse plus rien passer", indique son vice-president Henri Bies-Pere, remonté contre l'émission d'Elise Lucet Cash Investigation, qui a juge bon de ne pas reprendre l'interview de la FNSEA dans l'émission sur le glyphosate. Media training (formation a la prise de paroles avant les emissions), courrier a la présidente de France Televisions, recours a des avocats si besoin..., la FNSEA a decidé de répliquer.

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