Terra 08 décembre 2016 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Alimentation et bien-être animal : trouver des compromis

De nouveaux paradigmes apparaissent dans une société qui occulte la mort et confond animaux d'élevages et de compagnie. Une nouvelle donne incomprise par des éleveurs qui estiment - à juste titre - préserver l'intégrité de leurs animaux. Mais que faire ?

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Plus de 150 personnes se sont déplacées lors de la soirée débat "regards croisés" à Saint-Brieuc.
Plus de 150 personnes se sont déplacées lors de la soirée débat "regards croisés" à Saint-Brieuc. - © Terra

Du bien-être animal en élevage à l'émergence du phénomène "vegan" excluant tout ce qui de près ou de loin pourrait être assimilé à une forme d'exploitation de la vie animale (nourriture, vêtements, etc), la sphère médiatique est inondée de débats sur ces nouvelles attentes sociétales. Débats dans lesquels les éleveurs ne sont pas les plus entendus, loin s'en faut, mais qui mettent en cause leur travail et leurs pratiques. La semaine passée, deux occasions ont été offertes à la profession agricole de faire entendre sa voix, à l'occasion d'une soirée "regards croisés" organisée mardi dernier par la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor durant laquelle des représentants agricoles ont pu confronter leur reflexion à celles de militants du bien-être animal et de représentants de la société civile. Puis, vendredi, lors de l'assemblée générale de l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB), un temps a été consacré au thème "relation homme animal et consommation de viande". Autant d'échanges éclairés des interventions d'une sociologue et d'un médecin spécialiste de la nutrition. Pour quelle conclusion ? Une ligne de conduite s'impose d'elle-même, c'est la prise en compte des attentes d'un consommateur toujours plus vigilant, éclairé et parfois engagé dans des choix très affirmés. "Reste encore à cheminer vers des compromis acceptables pour les éleveurs et les consommateurs avec en ligne de mire le bien-être de nos animaux et la fierté des éleveurs", prônait ainsi Danielle Even, présidente de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor en ouvrant les débats de la soirée "regards croisés"..

…claircissement et proximité

Avec une société de plus en plus urbanisée, qui a pris de la distance avec les élevages depuis deux à trois générations, les malentendus et les incompréhensions sur le traitement des animaux et donc le choix d'une autre alimentation se multiplient. Si les portes-ouvertes dans les exploitations agricoles sont une manière de restaurer un lien entre consommateur et producteur, un travail de fond semble indispensable qui permette d'informer sur les pratiques actuelles mais aussi d'avancer sur des solutions nouvelles plus conformes avec les attentes de la société. Alors que les producteurs d'oeufs par exemple font état de la durée des investissements et des changements de règle du jeu en cours de partie et, en conséquence, de leurs difficultés à rester réactifs sur les marchés, Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm - association de protection des animaux de la ferme - estime lui "avoir prévenu" des tendances de marché. "À l'heure où les aviculteurs investissaient massivement sur une production d'œufs "cage", nous avions tiré la sonnette d'alarme auprès du ministère notamment. Pendant longtemps, la France mettait des freins, via son administration ou via des producteurs sur la défensive". "Aujourd'hui,Il y a plus d'écoute ", reconnaisait aussi le militant du bien-être animal en élevage. S'il admettait que les associations de protection des animaux sont parfois très virulentes et diffusent sans concertation des images volées, chocs, sur les conditions d'élevage, Ghislain Zuccolo partage néammoins le message sur le fond et estime que "les animaux doivent pouvoir exprimer les comportements naturels de l'espèce". Des propos partagés par Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine, qui assume : "Ces sujets portent parfois à polémique entre nous, mais il est évident que le bien-être animal, c'est du bon sens. Maltraiter nos animaux en espérant qu'ils expriment de bonnes performances techniques est contre-productif". Le directeur de Welfarm plaide pour sa part pour un dialogue dialogue avec les éleveurs. "Il est préférable d'avancer progressivement, il faut protéger les animaux mais aussi les hommes". Une position loin d'être commune à toutes les associations militantes du bien être animal, dont certains affichent clairement un calendrier et des intentions plus définitives, avec la volonté d'inciter au végétarisme de masse.

Moins de viande : qui y gagne ?

"L'un des problèmes aujourd'hui est que la filière viande agit seule avec des élevages, des abattoirs et des usines qui travaillent loin des regards", prévient Danielle Duret, nutritionniste-sociologue de l’alimentation lors de l'assemblée générale de l'UGPVB. "Cette méconnaissance encourage le végétarisme", estime-t-elle. Et de citer les associations de défense des animaux, les producteurs de végétaux et les fabricants de "fausse viande" à forte rentabilité (14 €/kg de steak charolais contre 17 €/kg pour un steak vegan) qui gagnent à entretenir cette tendance en surfant sur la stratégie d'opacité de la filière.

 

Impliquer le consommateur

Dans une démarche de compromis, Ghislain Zuccolo, directeur de Well farm, revient sur le plan d'avenir pour la filière œuf qui consiste à passer de 68 % de poules en cages aujourd'hui à 50 % en 2020. Le financement nécessaire est estimé à 500 millions d'euros. La profession demande une hausse de trois centimes au consommateur par boîte de 10 œufs pour abonder le plan d'aide. Le militant "trouve cette demande légitime pour avancer sur ces évolutions en respectant l'homme".

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