Terra 28 février 2019 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Alimentation : les applications du "bien-manger"

Manger mieux, sain, français, sans OGM, sans antibiotiques, sans pesticides…, autant d’injonctions lancées aux consommateurs à grands renforts de couvertures médiatiques, d’avis d'experts ou de messages de lanceurs d’alertes. Entre informations vérifiées, idées toutes faites et fausses vérités, ce même consommateur cherche son chemin d'étiquettes en étiquettes toujours plus complexes, nombreuses et parfois trompeuses. Une multitude d'informations que de nouvelles mentions apposées sur les emballages et de nouvelles applications pour smartphone promettent de décoder : Nutri-score, Yuka… symboles et applications débarquent dans les hypermarchés pour aider le consommateur à faire le tri. Premières impressions !

Abonnez-vous Réagir Imprimer
L'une des ambitions de Nutri-score es de contraindre les industriels à reformuler la composition de leurs produits pour qu'ils soient mieux notés et deviennent plus sains pour le consommateur.
L'une des ambitions de Nutri-score es de contraindre les industriels à reformuler la composition de leurs produits pour qu'ils soient mieux notés et deviennent plus sains pour le consommateur. - © Alexas_Fotos (Pixabay)

L’apparition de nouveaux logos sur les emballages, la forte segmentation des produits, et un marketing performant ont su donner l'envie d'acheter. Mais, ce marketing débridé s'est accompagné d'une défiance de plus en plus grande envers les marques, envers la qualité sanitaire des produits. Plus paradoxal encore, la multiplication d'étiquettes informatives de plus en plus indéchiffrables a fini de convaincre nombre de consommateurs que tout était fait pour les perdre. Bref, Il faut "avoir fait polytechnique" pour déchiffrer les étiquettes. Dans ce contexte de défiance, le gouvernement, dans le cadre de la loi Santé 2016, a été l’un des premiers à vouloir agir dans le sens d'une information nutritionnelle "plus claire, visible, et facile à comprendre pour tous". C’est ainsi que le "Nutri-score" est né. Grâce à un logo à cinq couleurs apposé sur la face-avant des emballages, une lettre et une couleur informent le consommateur de la qualité nutritionnelle d’un produit. Chaque produit est ainsi positionné sur une échelle de cinq niveaux allant du plus favorable (A) au moins favorable (E). Outre guider le consommateur vers le "bien manger", le Nutri-score a une autre ambition, moins visible, celle de suggérer fortement pour ne pas dire contraindre les industriels à reformuler la composition de leurs produits pour qu'ils soient mieux notés et deviennent plus sains pour le consommateur. Objectif atteint ?

 

L'adaptation des industriels

Anthony Fardey, chercheur en nutrition préventive et auteur du livre Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons vrai, est très critique sur l’intérêt du dispositif gouvernemental : "Les critères sur lesquels se base le Nutri-score appartiennent au "monde ancien" : l’aliment est réduit à une somme de nutriments - teneur en calories, graisses saturées, sucre, sel…−, qui à eux seuls décideraient de son intérêt ou pas pour la santé. Cette approche en apparence rationnelle, a pourtant échoué partout où elle a été mise en œuvre. La transposer sous forme de pastilles colorées vertes, orange, rouges sur les aliments est vouée au même échec". Un constat sévère que le chercheur met en relation avec l’effet d’aubaine que ce dispositif a entraîné pour les industriels : "S’ils font en apparence grise mine, ils savent en réalité que le Nutri-score est un laisser-passer pour continuer à utiliser encore longtemps les mêmes vieilles recettes. Il leur suffira de baisser un peu la teneur en sucre, en sel ou en graisses saturées de leurs aliments sans y changer quoi que ce soit d’autre pour obtenir le bon score A ou B qui rassure le consommateur et le fait acheter". Des pratiques qui s’accordent aux tendances mondiales de consommation : "Mintel - collaboration de 60 experts analystes - met en avant la forte progression des produits avec un argument "nature" (pas de conservateur ni d’additif, bio et sans OGM) de +29 % entre septembre 2016 et août 2017 soit une hausse de 17 % en dix ans".


Quelle transparence pour quel impact ?

Dans la même veine, Yuka, l’application tendance (plus de six millions d’utilisateurs), lancée par trois Français en 2017, permet d'obtenir des informations sur un aliment en scannant le code barre du produit. La note est basée sur trois critères : la qualité nutrionnelle (60 % de la note basée sur la méthode de calcul du Nutri-score), la présence d’additifs (30 % de la note) et la dimension biologique (10 % de la note). Le résultat se veut clair : le produit est noté sur cent et jugé "excellent", "bon", "médiocre" ou "mauvais". Outre la mise en avant des qualités et des défauts des produits, dans certains cas, l’application propose de "meilleures alternatives", c'est-à-dire d'autres produits estimés équivalents, mais mieux notés. Pour proposer ce service, l'équipe utilise la base de données sous licence ouverte Open Food Facts lancée en 2012. Il ne reste plus qu'à se laisser guider pour remplir le panier de course en suivant les bons conseils de l’application. Mais au final qui décide de ce qu'est un bon ou un mauvais produit ? Les fondateurs de l’application Yuka réfutent toute forme d'intéressement au bon placement de certains produits, dont le classement aurait pu être acheté : "Nous avons deux sources de revenu : notre Programme Nutrition vendu sur notre site web qui permet d’acquérir les bases d’une alimentation saine, et les contributions des utilisateurs qui peuvent nous soutenir". Et de préciser : "Nous refusons tout financement qui pourrait provenir de marques ou de distributeurs. De la même manière, nous n’exploitons ni ne revendons aucune donnée de nos utilisateurs". Une précaution qui a tout de même des limites puisque la base de données Open Food Facts est accessible à tous, et chacun à titre individuel, est en mesure de la compléter ou de la modifier.

 

 

L’application Yuka permet d'obtenir des informations sur un aliment en scannant le code barre du produit. Mais d'autres applications existent, Kwalito, Open Food Facts, Foodvisor, Alim'confiance ou encore Fruits et légumes de saison.
L’application Yuka permet d'obtenir des informations sur un aliment en scannant le code barre du produit. Mais d'autres applications existent, Kwalito, Open Food Facts, Foodvisor, Alim'confiance ou encore Fruits et légumes de saison. - © Terra

À chacun son application

Pour ne pas être en reste ou maîtriser sa communication, l’association nationale des industries alimentaires (Ania), le fonds FFAS (industriels), la fondation Avril et l’entreprise GS1 (codes à barres, QR code) investissent dans Num-Alim, "une plateforme numérique de données ouvertes, fiables et exhaustives sur les produits alimentaires". Opérationnelle d’ici 18 mois, elle mettra en lien quatre bases de données : les conditions de production agricole, les caractéristiques des produits alimentaires vendus, les comportements d’achats des consommateurs et le statut nutritionnel de la population. "Ce qui est proposé aujourd’hui n’existe nulle part dans le monde", s’est enthousiasmé Daniel Nairaud, directeur général de FFAS. Et de préciser : "Sur la partie mode de production (cahiers des charges, pratiques culturales, mode d’élevage), le projet n’en est qu’à ses prémices et leurs définitions n’ont pas été tranchées". À défaut de savoir choisir ses produits, le consommateur devra d’abord choisir son appli ! / Source Agra


L’Assemblée impose le Nutri-score

Les députés ont adopté en séance publique, le 21 février dernier, l'obligation, pour les industriels, d'intégrer à leurs publicités le Nutri-score des produits qu'ils commercialisent. Cette mesure, adoptée contre l'avis du gouvernement, est issue d'un amendement du député LREM Olivier Véran. Elle a été examinée dans le cadre de la proposition de loi "malbouffe", déposée par la France Insoumise, dont le contenu a largement été rejeté par ailleurs. Le rapporteur du texte, le député LFI Loïc Prud'homme, a salué une mesure "acceptable et incontestable". Les députés ont par ailleurs adopté l'obligation, pour les industriels, de transmettre à l'Observatoire de l'alimentation les données nutritionnelles de leurs produits, afin que l'Anses "fixe des seuils de réduction", sur lesquels ils pourront s'engager volontairement dans le cadre des accords collectifs.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui