Terra 22 novembre 2018 à 08h00 | Par Marylise Le Guénic, chambres d'agriculture de Bretagne

Antibiorésistance : un enjeu énorme, bien pris en compte en élevage

L’exposition des animaux aux antibiotiques a diminué de 3,6 % en 2017, après la baisse de 37 % les cinq années précédentes. L’effort des filières animales françaises est encore une fois souligné par tous. La recherche tant médicale que vétérinaire est quant à elle de mieux en mieux coordonnée pour faire face à cet enjeu majeur de santé publique.

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L’hygiène des mains des soignants a montré son efficacité à l’hôpital. En médecine humaine comme vétérinaire, "une infection évitée, c'est un antibiotique préservé".
L’hygiène des mains des soignants a montré son efficacité à l’hôpital. En médecine humaine comme vétérinaire, "une infection évitée, c'est un antibiotique préservé". - © Terra

Le 17 novembre est la journée mondiale de lutte contre l’antibioresistance. C’est chaque année l’occasion de faire le point sur les avancées et les perspectives sur cet enjeu considérable. Les infections à bactéries multi résistantes touchent d’ores et déjà des milliers de personnes chaque année et des travaux prédisent qu’elle pourrait devenir la première cause de mortalité à échéance 2050.

 

Baisse de la consommation et inflexion des résistances

En 2017, il y a eu une baisse de l’exposition aux antibiotiques vétérinaires en France de 3,6 %. La baisse est variable selon les espèces . Elle s’ajoute aux diminutions très importantes des cinq dernières années. Pour les antibiotiques critiques, antibiotiques de dernier recours en médecine humaine, pour lesquels la législation s’est durcie en 2016, la baisse est spectaculaire : moins 94 % en 2017 par rapport à 2013 pour les céphalosporines de 3e et 4e générations et moins 88 % pour les fluoroquinolones .

Pour la colistine, autre antibiotique important pour la santé humaine, le plan Écoantibio2 (2017-2021) a fixé un objectif de réduction de 50 % en cinq ans en référence à 2014-2015. Cet objectif est quasiment atteint en 2017 : puisqu’on atteint moins 48 %.

L’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, conclut que "ces résultats témoignent d’un engagement efficace de l’ensemble des parties prenantes dans la lutte contre l’antibiorésistance". Cependant, elle précise également que "la dynamique pour l’utilisation prudente et responsable des antibiotiques en médecine vétérinaire doit être maintenue".

En effet, la baisse des usages doit permettre de freiner voire d’inverser le phénomène de résistance : c’est bien globalement ce qui est observé depuis plusieurs années, avec des effets variables selon les antibiotiques, les espèces animales et les bactéries. Et si le phénomène est réversible, "le retour à la sensibilité va moins vite que la sélection de résistance", selon un orateur du colloque organisé par l’Anses la semaine dernière à Paris.

Ce colloque avait pour objectifs de présenter à la fois les résultats de consommation et d’antibioresistance mais aussi les travaux en cours pour mieux comprendre la diffusion de la résistance et les modes d’action possibles pour la limiter.

 

Comprendre l'évolution des populations de bactéries

Les premiers résultats de travaux en porc et en volailles montrent une association globale, mais pas systématique entre usage des antibiotiques et résistance. Ils indiquent aussi que des animaux non traités peuvent porter les mêmes bactéries résistantes que des animaux traités du même bâtiment.

En filière veau de boucherie, des travaux ont montré que l’exposition prolongée de veaux aux antibiotiques, en début d’engraissement, diminue la diversité des populations microbiennes lors du traitement, mais avec un effet limité dans le temps.

 

Évaluer líimpact de mesures

On retiendra en médecine humaine, des travaux qui montrent le rôle essentiel du lavage des mains, avec les solutions hydro-alcooliques, dans la réduction de la transmission de bactéries résistantes à l’hôpital.

D’un point de vue environnemental, il a été souligné l’intérêt du compostage pour la réduction des bactéries résistantes, grâce à la montée en température.

 

De la recherche tous azimuts mais coordonnée

Les approches en recherche sont de plus en plus transversales et pluridisciplinaires, parce que les bactéries multi résistantes concernent l’homme, l’animal, l’environnement. Et parce que c’est une préoccupation qui dépasse les frontières, les concertations nationales, européennes et internationales se sont développées et organisées cette année. "Grâce aux efforts internationaux, la recherche sur un champ aussi flou que l’antibioresistance peut être structurée", a expliqué le professeur Antoine Andremont lors du colloque interministériel consacrée à l’antibioresistance. La France y a toute sa place. La ministre de la recherche a annoncé un programme de recherche coordonné par l’Inserm de 40 millions d’euros.

 

Pour en savoir plus

- un dossier thématique Écoantibio des chambres d'agriculture est disponible sur www.synagri.com/synagri/plan-ecoantibio

- une plaquette pédagogique fait le point sur les consommations, mais aussi la prévention tant en médecine humaine que vétérinaire. Elle est disponible sur le site de Santé Publique France : http ://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Maladies-infectieuse s/2018/Consommation-d-antibiotiques-et-resistance-aux-antibiotiques-en-France-une-infection-evitee-c-est-un-antibiotique-preserve

 

 

 

 

Quelles alternatives

La vaccination reste une des premières alternatives. Elle permet à l’individu de produire ses anticorps. Mais on peut aussi les lui apporter : en médecine humaine, les anticorps monoclonaux sont une piste prometteuse (comme par exemple ceux dirigés contre les toxines de staphylocoques dorés).

D’autres pistes sont explorées comme les peptides antimicrobiens ou des bactériophages, genres de virus antibactérien, avec toujours le souci d’avoir des alternatives efficaces et sans risque.

La recherche se concentre aussi sur "faire du neuf avec du vieux" en associant des antibiotiques entre eux ou avec d’autres molécules pour renforcer leur efficacité.

Quelques nouvelles thérapeutiques françaises devraient voir le jour dans la prochaine décennie.

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