Terra 06 février 2014 à 08h00 | Par Agra

Après-quotas : les incertitudes d’un marché dérégulé

A moinsd’un an et demi de la fin des quotas laitiers, les organisations agricoles réfléchissent à la meilleure manière de gérer les volumes dans un marché dérégulé. L’idée d’un système assurantiel, tel que le propose le Farm Bill, fait son chemin...Certains y pensent pour la Pac de 2020.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Quand les États-Unis introduisent des mécanismes d’assurance et de régulation dans le leur politique agricole, l’Europe démantèle ses outils de gestion de la production, avec la sortie des quotas laitiers prévue le 1er avril 2015. Un paradoxe relevé à plusieurs reprises les jours derniers après le vote du congrès américain.  Alors, pourquoi pas des assurances marges dans la PAC 2020 ?

L’idée séduit de ce côté de l’Atlantique : "Les choix faits dans le Farm Bill sont plutôt intelligents, on va travailler là-dessus mais on ne dit pas qu’il faut dupliquer ce modèle en Europe", expliquait Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), lors d’une conférence de presse à Paris, jeudi 30 janvier. "Nous souhaitons que la prochaine Pac, en 2020, soit plus ciblée sur l’accompagnement de la volatilité des marchés : il faut changer le modèle d’attribution des aides pour aller vers un système assurantiel de marges".

Les Jeunes agriculteurs, qui ont organisé une session de travail sur l’après-quota du 23 au 25 janvier, semblent être dans le même état d’esprit : "Pour les jeunes, nous sommes en réflexion sur un système de filet de sécurité, de garantie des marges, qui peut être financé par l’argent public ou par l’interprofession. Les outils existent, il faut s’y préparer pour la Pac 2020", explique Jérôme Chapon, vice-président des JA en charge du lait. "Pour l’ensemble des producteurs, on ne perd pas espoir d’obtenir un système de gestion de crise de Bruxelles", ajoute t-il.

Vers une gestion privée

Roger Waite, porte-parole du commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos, douche ces espoirs. Dans un entretien accordé à Agra, il rappelle que "le député européen Michel Dantin a essayé d’introduire, dans ses amendements lors du débat sur la réforme de la Pac en 2013, des outils de marché pour réduire la production de lait en cas de crise. Mais ses propositions ont été rejetées". Et de rappeler que le commissaire semblait favorable à une telle mesure.

La gestion des volumes devra donc se faire, d’une manière ou d’une autre, par le secteur privé.

Dominique Chargé met en avant les spécificités des coopératives dans le domaine. Pour la FNCL, la sortie d’une économie administrée nécessite une plus grande implication des éleveurs dans les décisions prises pour leur outil industriel. "Les associés coopérateurs doivent participer au projet et à la stratégie de leur coopérative. Les choix qui seront faits seront ceux des coopérateurs, c’est à eux de définir quels seront les volumes mis en production par rapport aux marchés sur lesquels ils se seront positionnés". Il explique que les éleveurs "doivent entrer dans une démarche d’entrepreneur" pour "produire en fonction des marchés et des capacités industrielles".

Et pour éviter une surproduction, "il doit y avoir des règles qui permettent de ne pas dégrader le marché", ajoute-t-il, citant des mécanismes qui permettent aux coopératives d’inciter les éleveurs à ne pas produire plus qu’il n’y a de débouchés, comme des systèmes de prix différenciés selon les volumes ou de prix dissuasifs pour les volumes au-delà desquels la coopérative ne souhaite pas avoir de lait. Des outils qui existent, mais qui n’étaient pas utilisés du fait des quotas, explique la FNCL.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes