Terra 14 avril 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Au lycée Saint-Yves de Gourin, on cultive aussi l’échange

C’est une seconde nature que l’échange entre apprentis au lycée Saint-Yves de Gourin (56). Le cursus en bac pro avec apprentissage offre l’occasion à tous de découvrir lors d’un stage, en Suède, Irlande, Belgique et pour la première fois aux Pays Bas, d’autres cultures de l’agriculture. Rencontres.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Apprentis neerlandais chez leurs homologues français avec leurs enseignants, une rencontre sur l’exploitation de Michel Le Roux où Thomas Kersulec fait son apprentissage, avec Henry Boswÿk.
Apprentis neerlandais chez leurs homologues français avec leurs enseignants, une rencontre sur l’exploitation de Michel Le Roux où Thomas Kersulec fait son apprentissage, avec Henry Boswÿk. - © Terra

Ils portent leurs 22 ans légèrement. L’un est en bottes. L’autre arbore ses sabots hollandais et ce jeune apprenti se dessinerait volontiers un avenir agricole en France, comme Marion et Yann Veger, désormais installés en production laitière, l’ont fait il y a 15 ans, à Guiscriff (56).

L'herbe n'est pas plus verte ailleurs

"Est-ce que vous voulez adopter un fils pour reprendre votre ferme après" ? C’est sur le ton de l’humour qu’Henry Boswÿk, dans un beau sourire, interroge Michel
Le Roux qui l’accueille sur sa ferme depuis une semaine à Leuhan (29). Cet éleveur laitier de 61 ans a embauché comme apprenti depuis octobre 2015 Thomas Kersulec, étudiant en bac pro conduite et gestion des exploitations agricoles (CGEA) au Lycée Saint-Yves de Gourin. Et Thomas, fils d’éleveurs laitiers à Scaër, à l’automne dernier, a découvert la Hollande pour son stage à l’étranger, sur une ferme où Henry est lui aussi apprenti. L’agriculture est leur langage commun, l’anglais aussi. "C’est une exploitation de 200 vaches laitières sur 25 ha, hyper intensive avec quatre robots de traite, six racleurs", situe Thomas. "Une zone de polders où l’hectare coûte 100 000 euros avec un prix au litre de 36 cents cette année quand il était à 25 cents l’an passé", poursuit Henry en anglais. "Il y a des échanges de terre avec un voisin qui fait des tulipes. La crise est là", relève le jeune homme, passionné et non issu du milieu agricole.

Grande dépendance aux banques

Et il y a Marteen, l’un des 7 apprentis hollandais accueillis. Son père est éleveur laitier, avec 30 vaches sur 17 ha. "Nous sommes 5 enfants à la maison. Mon père adapte son travail à l’extérieur sur de grosses exploitations en fonction de la production de lait qu’il gère aussi à la maison". Les échanges vont bon train. Pour les faciliter, Marion Veger passe du néerlandais au français et précise, "le coût moyen d’un hectare au Pays-Bas est de 52 000 e, cela implique une grande dépendance aux banques". Loin du prix des vertes prairies de Michel Le Roux, aux pieds des Montagnes Noires (lire encadré). "L’intérêt, n’est pas dans la comparaison", avancent de concert Marion Veger et Colette Buquen, professeur de gestion au Lycée St Yves de Gourin. "C’est de comprendre", enchaînent-elles en cœur, amies dans la vie. Un lien qui leur a permis de sceller ces échanges, "une ouverture précieuse pour les élèves, ici en centre Bretagne". Depuis lors, Thomas qui souhaite s’installer un jour sur l’exploitation familiale de Scaer, rêve avant de découvrir d’autres systèmes, d’autres pays, "le Canada mais aussi l’Australie ou la Nouvelle Zélande. J’ai envie d’aller voir tout ça".

 

Michel Le Roux inquiet pour l'élevage

Installé à 37 ans sur la ferme familiale de Leuhan, après 15 années d’activité extérieure, Michel Le Roux à 61 ans, est passé de 80 à 65 vaches traites sur un parcellaire de 94 ha, principalement en herbe, dont 20 en céréales et cultures de vente et 5 ha en légumes d’industrie "qui ont remplacé l’atelier de taurillons pour une fin de carrière plus tranquille", insiste-t-il pour définir un système simple et fonctionnel où "tout est optimisé pour produire un lait à faible coût". En apprentissage, Thomas Kersulec a remplacé le salarié à plein temps. L’idée ? "Il faut prendre des jeunes, pour le renouvellement des générations. Je suis inquiet pour l’élevage. Autour de nous, il y a beaucoup d’arrêts sans reprise", décrit-il. "C’est très difficile pour des jeunes qui s’installent maintenant. Il faut aussi pouvoir prendre quelques week-ends pour la vie de famille et souffler un peu. Or il faut de plus en plus de lait pour faire face aux charges et il n’y a pas plus d’argent", se désole-t-il. A deux ans de prendre sa retraite, il songe à transmettre hors cadre familial. A un petit gars hollandais ? "Pourquoi pas !", répond-il.

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui