Terra 13 septembre 2018 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Au Space, Stéphane Travert défend sa feuille de route

Entre grand espoir et désillusion... C'est un peu le double sentiment qui prédominait dans les allées du Space auprès des éleveurs et des responsables professionnels, à l'heure où le ministre de l'agriculture déambulait dans les allées du salon.

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Le ministre de l'agriculture Stéphane Travert sur le stand Interbev (interprofession bovine) lors de sa visite inaugurale du Space mardi dernier.
Le ministre de l'agriculture Stéphane Travert sur le stand Interbev (interprofession bovine) lors de sa visite inaugurale du Space mardi dernier. - © Terra

Alors que la loi issue des États généraux de l'alimentation, a déjà fait l'objet de nombreux débats au Parlement, elle revenait ce mercredi à l'Assemblée nationale. Un projet qui mobilise fortement, comme en témoignent les 7 000 amendements déposés au fil des lectures. Ce n'est donc pas une surprise, la visite de Stéphane Travert mardi au Space, a été marquée au fer rouge de l'empreinte des EGA. "Nous aurions aimé vous dire merci pour cette loi, mais nous vous avions aussi alerté sur notre risque de désillusion, à la hauteur des espoirs que nous avons portés. Nous avons été les premiers de cordée, et nous sommes aujourd'hui les premiers de corvée", a alerté Marcel Denieul, président du Space, dans un discours offensif. Avant de constater : "aujourd'hui le doute s'est installé !"

Arrivé dès mardi matin sur le Space, Stéphane Travert, qui effectuait là sa deuxième visite sur le salon en tant que ministre de l'agriculture, a pris le temps de prendre un petit déjeuner avec les responsables syndicaux de la profession, et de faire ensuite un tour dans les allées du salon, s'arrêtant sur de nombreux stands. "Sur la viande, il y a des débouchés commerciaux à aller chercher notamment sur la restauration collective où 70 % vient hors de nos frontières. On est prêts à vous aider !", a lancé le ministre. Un peu plus loin, sur le stand de la maison du porc, Michel Bloc'h, président de l'UGPVB a interpellé le ministre sur la nécessité d'aider la profession à construire l'association des organisations de producteurs, "pour être mieux armé face à un aval très concentré". Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine, attirait lui l'attention du ministre sur la question de l'étiquetage, une expérimentation française, qui arrive à son terme, "et que certains aimeraient torpiller". Toujours sur le sujet des EGA, Thierry Roquefeuil (FNPL, interprofession laitière) a abordé avec le ministre la question des indicateurs de prix. "Ce n'est pas possible de formuler un prix, sans prendre en compte le prix de revient du producteur", s'indigne le président de la FNPL.

 

Loi et plan de filière

"Il faut être clair sur deux points : d’abord, la loi et les engagements volontaires des acteurs, exprimés dans les plans de filière doivent avancer ensemble. J’entends ceux qui voudraient que l’État règle tout par son autorité normative. Eh bien non. Loi et plans de filière sont les deux jambes du chantier économique des EGA et elles sont indissociables. Ensuite, cette loi, comme toute loi, ne produira ses pleins effets que si vous vous en saisissez pleinement", a répondu le ministre dans son discours, défendant son bilan et exhortant les éleveurs à se regrouper en organisations de producteurs et en associations d’organisations de producteurs. "Pour être plus forts, agissez au sein de votre interprofession pour qu’elle élabore et diffuse les indicateurs les plus adaptés à vos filières".


Agriculture et environnement

Ramener du revenu dans les exploitations passera aussi par la création de valeur. Par la montée en gamme, la segmentation, et par la transformation des systèmes agricoles pour répondre aux enjeux sociétaux. "Pour progresser de manière décisive, il nous faut cesser d’opposer agriculture et environnement. Reconnaître les efforts consentis par bon nombre d’agriculteurs ; mais aussi, avoir conscience de l’importance du chemin restant à parcourir et de la complexité de la transition, notamment dans un contexte où les exigences ne sont pas les mêmes dans d’autres pays. Ces difficultés ne doivent pas nous arrêter, au contraire", a souligné Stéphane Travert.

Alors que la mobilisation sur les EGA est déjà presque derrière nous, c'est désormais la future PAC qui va cristalliser toutes les attentions et qui doit aussi contribuer à accompagner la transformation et à sécuriser le revenu des agriculteurs. Le premier enjeu réside dans le maintien du budget. Mais aussi une PAC qui réaffirme sa valeur européenne, qui accompagne la transformation, incite la montée en gamme, consolide le maillon de production et enfin une PAC qui soit plus protectrice et simple. "Tous les instruments doivent aller dans le sens de la reconquête. Reconquête de la valorisation de la production agricole, reconquête du marché intérieur, reconquête de la reconnaissance de notre pays et enfin reconquête d'un sentiment de fierté pour les agriculteurs", a conclu Stéphane Travert.

 

 

Un début de démarche collective bien-êre en porc

La méthode s'appelle Beep. Après plusieurs mois d'élaboration par l'Ifip-Institut du porc, elle est désormais presque disponible pour toute la filière, tout au moins pour ceux qui souhaiteraient avancer sur la question du bien-être des animaux en porc. Preuve que la filière porcine n'ignore plus le sujet.

Beep est un outil d'évaluation et de mise en pratique concrète de mesures de bien-être des porcs, il est aussi la réponse collective de tous les acteurs du porc à l'attente sociétale autour du bien-être des animaux, il est enfin le moyen trouvé pour éviter que les opérateurs du porc inventent autant de labels bien-être qu'il y a de situations et d'entreprises de transformation et de distribution. Présentation en a été faite mardi matin aux toutes premières heures du Space par Valérie Courboulay lors d'une conférence de l'Ifip. La méthode repose sur le contrôle d'indicateurs de qualité du logement des animaux, de santé, de comportement, de bonne alimentation et d'abreuvement. Un choix qui répond à la volonté de la filière française d' "avancer à grands pas sur de petits volumes", contrairement à l'Allemagne, le Danemark ou les Pays-Bas qui ont privilégié une stratégie de "petits pas sur de gros volumes", ou à la Grande Bretagne qui a opté pour le développement de labels bien-être, autant d'approches décrites et étudiées par Christine Roguet (lire aussi en pages 32-33 de ce numéro). Face à la question du bien être des animaux, "il est hors de question de laisser les éleveurs seuls" a pour sa part assuré François-Régis Huet, lui même éleveur de porcs dans le Morbihan et référent bien-être à l'UGPVB en réponse au cri du cœur d'une éleveuse normande. "On souffre beaucoup de ce qui est dit à l'extérieur sur notre métier", a-t-elle dit en expliquant mal vivre le fait d' "être considéré comme tortionnaire. Je n'utilise plus d'antibiotiques, je ne castre plus les porcelets, j'abreuve les animaux... et pourtant ça ne suffit plus". / Paul Jégat


Grand plan d'investissement

Dans le cadre de son discours au Space, le ministre de l'agriculture Stéphane Travert a mis en exergue le grand plan d'investissement mené par l'État à hauteur de cinq milliards d'euros, et dont l'ambassadeur national est Olivier Allain, vice-président du conseil régional de Bretagne.

"Le GPI ne viendra pas se substituer à des outils existants mais il apportera des nouveaux leviers. J’en profite pour lever une ambiguïté : les subventions directes, notamment celles allouées au travers du PCAE ne seront pas supprimées", a notamment expliqué le ministre.

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