Terra 17 mai 2019 à 08h00 | Par Arnaud Haye, chambres d’agriculture de Bretagne

Avec des si, la filière viande bovine en 2040

L’avenir de la filière viande bovine dépend de très nombreux facteurs. Une étude prospective propose cinq scénarios d’évolution du secteur à l’horizon 2040. Si la production diminuera probablement, la valorisation de la viande pourrait dépendre en partie des actions prises par la filière. L’étude est aussi l’occasion d’évoquer les conséquences d’évolutions réglementaires et de ruptures technologiques.

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- © Terra

Quelle viande bovine mangerons-nous à l’horizon 2040 ? Sera-t-elle majoritairement française ou importée ? Est-ce qu’elle sera consommée principalement sous forme de haché, quelle place pour les labels ? Et plus radicalement, continuerons-nous de manger de la viande bovine ? Toutes ces questions sont abordées dans une étude prospective réalisée par FranceAgrimer à la demande d’Interbev. Il en émerge cinq scénarios qui abordent un grand nombre de thèmes allant du coût de l’énergie à la valorisation du 5e quartier. L’horizon 2040, assez lointain pour une étude de ce genre, permet aussi de mettre en avant des signes faibles, c’est-à-dire des facteurs encore peu structurants mais qui pourraient prendre de l’importance. Coup de projecteur sur quelques éléments marquants.

Probablement moins, plus cher si...

Il est notable que 4 scénarios sur 5 prévoient une baisse de la consommation de la viande bovine en France, le 5e émettant l’hypothèse très timide que "la consommation tend à augmenter à nouveau (au moins en valeur)". Prolongeant le constat que la consommation baisse ces dernières années, cette étude n’imagine pas de vrai retournement de tendance. Dans ce contexte, l’étude explore différents scénarios qui feront que la viande bovine sera plus ou moins bien valorisée demain.

Dans le cas d’un environnement extérieur défavorable - baisse du pouvoir d’achat, substitution des protéines animales par les protéines végétales, augmentation du nombre de végétaliens etc - le troupeau allaitant serait le plus mis à mal car il produit de la viande à un prix supérieur à celui du troupeau laitier. Dans ce cas, le nombre d’exploitations spécialisées diminuerait et les restantes seraient contraintes de diversifier leurs activités.

Selon les auteurs de l’étude, un relatif maintien du troupeau allaitant et une valorisation correcte des animaux nécessitent plusieurs conditions : un contexte favorable avec par exemple des consommateurs prêts à payer plus cher une viande différenciée. Mais aussi une filière qui encourage l’amélioration de la qualité de la viande et qui fait évoluer les systèmes de production. Les scénarios évoquent ainsi la refonte des grilles de paiement pour prendre en compte les modes de production "vertueux" (bien-être animal, sanitaire) et les qualités nutritionnelles des viandes (tendreté etc.). Les auteurs mentionnent aussi à plusieurs reprises le développement d’exploitations écologiquement intensives basées sur la valorisation de l’herbe. Celles-ci permettraient d’être plus en accord avec le respect du bien-être animal, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, de limiter le recours aux concentrés et constitueraient un argument de vente.

L'avenir dans les laboratoires ?

Au-delà des éléments classiques que comporte une étude prospective de ce genre, tels que le contexte économique ou le comportement des consommateurs, le rapport mentionne deux "signes faibles" qui n’auraient pas forcément été prévisibles il y a quelques années. Le premier concerne la mise en place d’un quota national pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Le risque est faible car les scénarios prévoient majoritairement des baisses de cheptel. Mais l’étude montre que si mise en place, une telle mesure pousserait à améliorer la productivité par tête et donc l’intensification des élevages.

Autre hypothèse émise dans un des scénarios : le développement de la viande artificielle. Les auteurs de l’étude n’en parlent qu’à la marge et sans imaginer de gros bouleversements. Dommage, car à l’horizon 2040, cette innovation a le potentiel de révolutionner la production de viande et d’obliger l’élevage à complètement se redéfinir.

 

Pratique

Vous trouverez le rapport de l’étude sur le site internet de FranceAgrimer à l’adresse suivante :

www.franceagrimer.fr/content/download/58911/917790/file/Synth%C3 %A8se%20prospective%20viande%20bovine.pdf

 

 

Les cinq scénarios de l'étude

Repli national dans un contexte de crise globale

La crise économique et énergétique pousse les consommateurs à considérer la viande bovine comme simple apport de protéines animales. L’élevage laitier est le principal fournisseur de viande alors que les exploitations spécialisées en viande bovine, bien moins nombreuses, sont contraintes de développer d’autres activités pour survivre et optent pour un modèle extensif.

Viande à bas coût et importations dans un contexte de crise économique et de limitations des émissions de gaz à effet de serre

Le consommateur achète de moins en moins de protéines animales du fait de la diminution de son pouvoir d’achat. L’essentiel de la viande provient des élevages laitiers et de l’engraissement intensif des jeunes bovins à l’auge. Les exploitations extensives sont résiduelles et ne survivent que grâce à la diversification des activités et aux aides.

Montée en gamme sous fortes contraintes sanitaires et sociétales

La consommation intérieure diminue mais les Français considèrent la viande comme un produit plaisir. Les innovations produits et le développement des élevages écologiquement intensifs basés sur l’herbe répondent bien à cette demande.

Compétitivité et différenciation dans un marché international freiné par le coût de l’énergie

La consommation de viande diminue en volume en France, mais l’offre qualitative se développe. L’élevage allaitant basé sur l’utilisation intensive de l’herbe gagne en compétitivité et fournit une part croissante de la viande au détriment du troupeau laitier.

Filière organisée et innovante, avec une offre segmentée, dans un marché mondial porteur

L’offre française de viande bovine se segmente et innove. Cela permet de fidéliser les consommateurs et de rémunérer les producteurs. La consommation tend à augmenter à nouveau, au moins en valeur.

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