Terra 21 juin 2018 à 08h00 | Par Paul Jégat

Aviculture, en attendant la reconquête du marché français

L'enquête avicole vient d'être publiée. Elle révèle que les éleveurs de volailles français ont connu une année 2017 presque normale et enregistré des résultats stables. Comme le calme avant la tempête. Car la reconquête du marché français impulsée par LDC avec la reprise de Doux leur fait craindre des jours compliqués.

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Didier Goubil, des chambres d'agriculture de Bretagne, Elodie Dezat, coordonatrice de l'enquête, Jacky Bachelot, Nathalie Langereau, élus à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire, Tristan Poincloux, des JA Pays de la Loire, et Serge Le Moullec, du GVC Bretagne.
Didier Goubil, des chambres d'agriculture de Bretagne, Elodie Dezat, coordonatrice de l'enquête, Jacky Bachelot, Nathalie Langereau, élus à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire, Tristan Poincloux, des JA Pays de la Loire, et Serge Le Moullec, du GVC Bretagne. - © Terra

C'est le paradoxe de cette enquête avicole annuelle, la 37e. Son édition 2017 qui vient d'être publiée par les chambres d'agriculture place les éleveurs de poulet export en haut du podium des productions gagnantes, avec une marge brute au m2/an passée de près de 36 euros en 2015 et 2016, à plus de 38 euros en 2017. C'est que l'an dernier, ce marché était demandeur, alors les éleveurs ont produit beaucoup, avec une productivité atteignant les 350 kg au m2. Ils ont travaillé, en enchaînant les lots avec un temps de vide sanitaire historiquement bas, à peine 13 jours en moyenne... Ce qui n'a pas empêché le seul et unique opérateur français à l'export Terrena de se décider à lâcher l'affaire trois ans après avoir repris Doux en raison de pertes trop importantes.

 

450 000 m2 de poulaillers en stand by

Depuis, une nouvelle histoire s'écrit avec LDC, le nouveau repreneur qui projette la construction d'un abattoir neuf à Châteaulin (29) dédié à la volaille pour le marché national, tandis que son associé saoudien Al Munajem continuera de travailler pour l'export. Cette affaire-là a constitué l'essentiel des questionnements des responsables avicoles bretons et ligériens participant mardi à la présentation des résultats de l'enquête avicole. Car la restructuration en cours de l'export aura des conséquences pour toute la production française de volailles, désormais orientée vers les deux derniers opérateurs français, LDC et Galliance-Terrena, largement associés dans l'approvisionnement du marché national. "450 000 m2 de poulaillers sont en stand by", observent les éleveurs présents. La réorientation de la production de Doux sur le marché français rendra disponibles environ 300 000 m2 de poulaillers destinés dont la production sera affectée au marché national, la production de poulet sur les 150 000 m2 restants continuera d'être achetée par Al Munajem, le partenaire saoudien de LDC dans la reprise de Doux . Alors Nathalie Langereau, éleveuse dans le Maine-et-Loire, fait les comptes. À quel rythme, avec quelles durées de vide et pour quels éleveurs les poulaillers seront-ils remplis ? Sa crainte et celle de ses collègues ligériens est que leur éloignement de l'abattoir de Châteaulin rende moins prioritaire le remplissage de leurs poulaillers. Sans compter que l'élevage de poulet lourd nécessitera des adaptations des bâtiments.

 

L'export toujours

Didier Goubil, éleveur à Poullaouen (29) et président du groupe de travail avicole de la chambre d'agriculture de Bretagne veut croire lui que le poulet export n'a pas dit son dernier mot... La demande mondiale de volaille est toujours en croissance, de l'ordre de +3 % par an, soit chaque année l'équivalent de la consommation de volaille en France. "Le marché export peut être porteur à l'avenir" assure le breton pour qui une amélioration de la parité monétaire euro-real ou euro-dollar peut très vite inverser la tendance, cela a déjà été le cas dans un passé très récent.

Mais tout le monde est d'accord sur l'ambition de reconquête du marché intérieur. "Ce sera le nerf de la guerre, accorde Jacky Bachelot, élu à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire, si on gagne 10 % sur ce marché français, on n'aura même plus assez de poulaillers pour produire". D'autant que la concurrence avec les pays voisins, Pays-Bas, Allemagne ou Pologne ne se joue pas sur le terrain des coûts de production, quasiment équivalents à ceux observés en France, mais sur l'abattage français plus coûteux où les outils industriels ont vieilli et souffrent d'une moindre compétitivité. Alors la volonté de LDC d'investir dans de nouveaux outils est un signe supplémentaire d'espoir.

 

Attractivité et rémunération

Et la filière volaille toute entière en a besoin, ne serait-ce que pour assurer le renouvellement des aviculteurs encore en activité mais dont plus de 40 % auront atteint l'âge de la retraite dans les dix ans. "Il faut que le métier retrouve attractivité et rémunération", insiste Jacky Bachelot, lui qui vient de partir à la retraite. Les représentants de la production avicole de l'Ouest attendent aussi beaucoup de la future loi issue des États généraux de l'alimentation. Dans leur viseur, la grande distribution dont les bonnes intentions sur la mise en avant de la production française ou le prix rémunérateur n'est pas toujours suivie des faits. Nathalie Langereau veut quant à elle croire que les conditions favorables à la production de volailles peuvent être réunies. "On est prêt à produire", dit-elle.

L'enquête

L'enquête avicole est disponible à la vente auprès des chambres d'agriculture au prix de 40 euros. Des réunions de restitutions sont programmées dans tous les départements de Bretagne et Pays de la Loire. 333 aviculteurs ont participé à l'enquête 2017 en fournissant tous leurs résultats technico-économiques qui ont ensuite été analysés, soit l'équivalent de la production de poulet (export, standard, lourd), de dindes, mais aussi de canard, poulet label et bio. Soit les chiffres de 759 poulaillers ou 680 000 m2.

Retrouvez les principaux résultats production par production en pages 27 à 32 de Terra dans un dossier réalisé par Élodie Dezat, coordonnatrice de cette 32e enquête avicole.

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