Terra 14 septembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Bande des 500 mètres : dérogation possible sur tout le littoral breton

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Une dynamique d’installation et de ré-installation en zone littorale a pu être confortée en Morbihan par cette possibilité de dérogation.
Une dynamique d’installation et de ré-installation en zone littorale a pu être confortée en Morbihan par cette possibilité de dérogation. - © Terra

Après le Morbihan en 2001, le Finistère et les Côtes d’Armor en 2016 puis l’Ille-et-Vilaine cette année, il est possible, sous certaines conditions, de déroger à l’interdiction d’épandage d’effluents agricoles à moins de 500 mètres d’une zone conchylicole.

Deux mondes

À l’origine, la terre et la mer, deux mondes, deux univers. L’un ancré au plancher de ses vaches, l’autre vivant sur l’estran au rythme du flux et du reflux de l’océan. À défaut de se parler, on s’y invective. Et pour cause. Fin des années 90, avec la directive nitrates censée endiguer le flot des marées vertes, tombe l’interdiction d’épandre dans la frange littorale des 500 mètres. "En même temps qu’évolue le classement européen des zones conchylicoles de salubres et insalubre, en classe A B C D, les conchyliculteurs découvrent le problème de la qualité des eaux comme une contrainte", se rappelle Pierre-Yves Roussel, animateur de l’association Cap 2000. Et quand les paysans de la mer "pensent qu’on les accuse sur les nitrates, c’est de bactério dont il est question", pour les paysans de la mer. Incompréhensions. "Les modes de transfert ne sont pas les mêmes. On est sur des problèmes de ruissellement ou de lessivage pour les nitrates et pour la bactério, sur des soucis de pollution ponctuelle avec du lisier frais", schématise-t-il.

Travail et volonté communs

Irréconciliables ? Pas si sûr. Ils sont alors quelques uns à comprendre que sur cette zone fragile où la pression des usages est de plus en plus forte, enjeux et destin des productions primaires sont liés. Fin des années 90, naît alors l’association Cap 2000, paritaire et co-présidée par des agriculteurs et conchyliculteurs qui découvrent leurs métiers et leurs contraintes mais aussi leurs besoins. "Il y a eu beaucoup de discussions, de visites de chantiers ostréicoles, d’exploitations agricoles". Mieux se comprendre pour mieux se défendre. "Ils ont trouvé plus intelligent de travailler sur les territoires avec les locaux les mieux à même d’édicter les règles et de trouver ensemble les solutions". Ainsi en 2001, est-il devenu possible en Morbihan de déroger à l’interdiction d’épandage des effluents agricoles à moins de 500 mètres des zones conchylicoles. Chacune des 185 fermes ayant obtenu cette dérogation fait l’objet d’un contrat discuté et entériné par un comité local après aménagements éventuels pour éviter tout risque de transfert vers le milieu, bandes enherbées, talus… Le tout entériné par le préfet. "Ça a permis de débloquer des situations, ça conforte une dynamique d’installation et de réinstallation dans certaines communes littorales morbihannaises notamment sur l’île d’Arz, Locmariaquer, Sarzeau, Saint Gildas de Rhuys, parfois sur les surfaces communales". Idée reprise à l’échelle du territoire breton selon des modalités propres à chaque département.

Nombre de sujets à partager

Reste que cette dynamique en entraîne d’autres, au-delà de la seule qualité de l’eau, ici et ailleurs en Bretagne. "Ça a permis de se rapprocher sur de nombreux domaines", apprécie Pierre-Yves Roussel. Ainsi, les JA ont monté une section conchylicole, la Safer maintenant intervient sur la vente des chantiers ostréicoles et les préempte pour permettre à de jeunes ostréiculteurs de s’installer en s’affranchissant de la pression exercée par le marché des résidences secondaires. La charte de l’agriculture et de l’urbanisme a été étendue à l’ostréiculture. La question de l’emploi fait également irruption avec l’idée d’un emploi partagé et du remplacement comme a su le structurer la profession agricole. La valorisation des sous-produits coquilliers ostréicoles à des fins agricoles et notamment dans la zone légumière des Côtes d’Armor se développe. Elle pourrait renaître dans le Morbihan...

 

Cap 2000

Après la tenue du 33e salon national de la conchyliculture et des cultures marines à Vannes les 13 et 14 septembre, c’est aujourd’hui, vendredi 15 septembre à Auray, dans le locaux de la section conchylicole de Bretagne Sud et du comité des pêches que se déroulera l’assemblée générale de CAP 2000. L’association paritaire entre agriculteurs et conchyliculteurs présentera notamment son appui aux exploitations agricoles littorales mais aussi détaillera les travaux d’identification de contaminations bactériologiques sur la côte, ses appuis aux professionnels ostréiculteurs et pêcheurs à pied professionnels et la valorisation des activités primaires littorales. Une foultitude d’actions, inversement proportionnelle à la taille de la structure, qui accueillera également trois interventions lors de cette rencontre. Ainsi l’étude sur l’eutrophisation dans le Mor Braz par Ifremer, l’état des lieux des sols littoraux par la chambre d'agriculture et les solutions d’emploi partagé et de remplacement avec le Sérémor.

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