Terra 15 février 2018 à 09h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Bien-être animal : la parole des éleveurs

Devant les attaques des associations animalistes, il faut riposter. Comment ? Par de la communication positive encourage l'association Agriculteurs de Bretagne lors du son forum intitulé "Agriculteurs et bien-être animal : c'est à nous d'en parler !" Nos voisins allemands ont eux mis en place certaines pratiques (communication et labels) pour apaiser les débats présents depuis bien plus longtemps.

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- © Claudine Gérard

"En 12 mois, les abolitionnistes de l'élevage L214 ont réussi à faire plier 70 % du top 100 des entreprises agroalimentaires", indique Hervé Le Prince, expert en communication de crise, lors du forum sur le bien-être animal à Ploufragan (22). L'association abolitionniste a tissé sa toile à partir de vidéos volées aux images "trash" d'animaux morts ou en souffrance dans des abattoirs et en élevages... En dix ans, cette machine de guerre a établi une stratégie avec "pour Graal le changement de la société avec l'idée qu'on ne mangera plus d'animaux", indique Marie-Gabrielle Miossec, journaliste et spécialiste des associations de protection animale.

Le phénomène présent depuis bien longtemps dans les pays angloxaxons arrive avec 10-15 ans de retard en France. Passé l'état de stupeur généré par les anti-viandes - L214 et plus extrême encore 269 Life - en France, des actions collectives et individuelles commencent à voir le jour pour contrer les "fakes news" (fausses nouvelles) et la manipulation des émotions ? Allemagne et pays du nord de l'Europe, eux, jouent la carte de la transparence à laquelle s'ajoute une segmentation très poussée du marché.

Les associations animalistes, qui sont-elles ?

Deux types d'associations existent, les welfaristes, qui défendent le bien-être animal et les abolistionnistes, qui prônent la fin de l'élevage. Dans la première catégorie s'incrivent Welfarm, WWF et OABA. L'association Welfarm partage avec CIWF les mêmes revendications contre l'élevage intensif, l'élevage en cage des poules, des lapins, des truies... La première a fait du foie gras son cheval de bataille et avec la campagne "Couic" s'oppose à la castration des porcs. Quant à CIWF, "il investit beaucoup auprès des agro-industries, des GMS : on voit apparaître une segmentation de l'offre alimentaire par catégorie", décrit Marie-Gabrielle Miossec.

L'association la plus ancienne est OABA créée en 1961, cette dernière réalise des audits en abattoirs ; recueille des animaux en souffrance dans son réseau de fermes.

Dans la seconde catégorie, "l'objectif de L214 (près de 45 salariés et 3 millions de budget en 2017), est de faire passer leur radicalité dans la loi", analyse Hervé Le Prince. Et la tactique est bien rôdée : dénoncer, médiatiser, monétiser, se développer, influencer, légiférer... Cette start-up a assis son développement en s'attaquant la première aux tabous que sont la souffrance et la mort. Buzz émotionnel sur les réseaux sociaux, happening urbain, appui de journalistes et de personnalités médiatiques (ex. Stéphane Bern)..., "à tous les moments du parcours, ils tranforment l'indignation en euros", ne manque pas de rappeler le spécialiste. Car concurrentes les une des autres, les associations recherchent des moyens de financement. Enfin, la plus extrême des associations est 269Life qui va jusqu'à encourager la désobéissance civile, comme le blocage d'abattoirs (actions "Nuit debout").

Transparence et labels en Allemagne

Mais si en France le phénomène "débarque", "en Allemagne ces débats sont portés par des associations puissantes, anciennes, très connues du grand public", rapporte Christine Roguet de l'Ifip, coordinatrice du Projet Accept (voir encadré). Dans les pays du nord de l'Europe, la réaction est la même : éleveurs et outils d'abattage communiquent. Porte-ouverte des exploitations, relais internet, actions syndicales dans les rues "Dialog statt protest", ouverture des abattoirs avec des vidéos en ligne aux Pays-Bas. "Tönnies et Vion réalisent des vidéos sur le procédé d'abattage", remarque Christine Roguet. Mais la transparence ne suffit pas. La segmentation du marché a fait son apparition avec par exemple, depuis dix ans la présence de labels privés (coopérative, distributeur et ONG) ou plus connue, la démarche "Tierwohl", fonds constitué par les GMS (prélèvement de quelques centimes) pour financer le surcoût en élevage du bien-être animal (fonds de 100 millions d'euros pour le porc ; 30 pour la volaille).

La France, une organisation à mettre en place

À sa décharge, la France découvre depuis peu le phénomène. La stupeur passée, certains ont décidé de ne pas laisser le terrain aux seuls animalistes. Antoine Thibault, jeune éleveur laitier en Normandie a décidé d'utiliser la même arme que les "anti", à savoir son téléphone. "Agriskippy" poste des vidéos sur les réseaux sociaux qui vante le bien-être de ses animaux. Et ça marche. "De mon métier, je montre tout", assume le youtubeur. De son côté, l'association Agriculteur de Bretagne enjoint les éleveurs à "s'engager" dans la communication positive et les accompagne dans une démarche structurée. Selon Hervé Le Prince, les éleveurs disposent eux-aussi d'une arme absolue : l'émotion. "Parlez de ce que vous connaissez, des animaux, de votre intimité avec eux. Le vivant passionne les urbains. Là c'est vous qui montrez ce que vous voulez". Taiseux, le monde agricole est appelé à se lancer dans la réinformation. Bien des questions restent à débattre : s'accorder sur le contenu et avancer collectivement, éleveurs, distributeurs, associations, abatteurs... à l'image de ce qui se fait ailleurs.

Dialogue, consensus, évaluation du bien-être

Le monde de l'élevage subit l'emballement sociétal, très pressant selon les productions. Le cas des poules élevées en cage en est un exemple. Pour éviter de se retrouver encore une fois le bec dans l'eau à subir les demandes de la société, des discussions existent avec les associations par anticipation. "Nous rencontrons Welfare et CIWF avec qui nous travaillons sur le code 2 pour le faire évoluer. On donne là peut-être une visibilité aux éleveurs pour leurs investissements à l'avenir", partage Yves-Marie Beaudet de l'UGPVB et éleveur de poules pondeuses. Toujours en filière volailles, qui a pris de l'avance sur le sujet, il existe une méthode partagée (Itavi, ONG, société civile, professionnels) et pratique d'évaluation du bien-être en élevage appelée Ebene. "Il y a un besoin de réassurance, d'où des grilles d'évaluation du bien-être animal", indique Yannick Ramonet de la chambre d'agriculture. Le même projet existe en porc, Beep, mais n'a pas encore abouti à une mise en pratique.

 

A VENIR

"Controverse sur l’élevage : comprendre et agir"

Depuis 2014, le projet Accept analyse la controverse sur l’élevage, ses acteurs, son audience, les mécanismes à l’œuvre dans le but d'anticiper les futurs possibles de l’élevage. 
Jeudi 5 avril de 9h30 à 17h à à l’APCA, 9 avenue George V, Paris. 
Contact : ifip@ifip.asso.fr – 01 58 39 39 50.

Tous à la Ferme

Le dimanche 10 juin 2018 sera la journée portes ouvertes "Tous à la Ferme !" des agriculteurs et agricultrices de Bretagne. En 2017, 23 fermes avaient accueilli plus de 20 000 visiteurs.

 

 


Prenez la parole

L'association Agriculteurs de Bretagne, présidée par Danielle Even, travaille à promouvoir une image positive du métier d'agriculteur en investissant l’espace médiatique. Avant d'ouvrir sa ferme (Tous à la ferme), de se rendre dans les manifestations culturelles (Vieilles Charrues à Carhaix, festival du Chant marin à Paimpol....), d'enregistrer une vidéo, l'association aide les agriculteurs témoins à parfaire leurs argumentaires. Comment présenter sa ferme, gérer une situation délicate, maîtriser facebook et twitter..."Avec un argumentaire positif, on emmène tout le monde avec soi", assure Mathieu Simon, chargé de la communication dans l'association. Ne pas oublier que seulement 1,5 % de la population ne mange pas de viande.

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