Terra 14 juin 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Bien-être, démédication... La Cooperl veut capitaliser son savoir-faire

Très active en 2017 avec le rachat de la Financière Turenne Lafayette, le groupe coopératif Cooperl Arc Atlantique revendique sa stratégie de montée en gamme sur le long terme. Une recette qui plaît aux Chinois puisque le groupe annonce la création d'une usine de salaison à Pékin opérationnelle en 2019.

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Patrice Drillet, président de la Cooperl et Emmanuel Commault, directeur général séduisent les Chinois avec leur porc sans antibiotiques. La construction d'une usine de salaison à Pékin est en cours.
Patrice Drillet, président de la Cooperl et Emmanuel Commault, directeur général séduisent les Chinois avec leur porc sans antibiotiques. La construction d'une usine de salaison à Pékin est en cours. - © Terra

L'événement majeur de l'année 2017 pour Cooperl Arc Atlantique aura été le rachat de la branche "salaisons" de Financière Turenne Lafayette rebaptisée Compagnie de Salaison. Huit usines et 1 700 collaborateurs, "nous avons consolidé tous les emplois et cela sans bruit. Aujourd'hui la situation est acceptable économiquement. C'est la fierté de l'année", annonce Patrice Drillet, président du groupe devant les journalistes, en amont de l'assemblée générale, ce vendredi 15 juin à Lamballe (22).

Cette étape a abouti au renforcement de l'organisation en filière de la coopérative, une sécurité évidente pour le groupe. "Nous maîtrisons notre débouché s'il y avait une grande crise...", remarque le directeur général Emmanuel Commault, avec en tête, les éventuelles conséquences dévastatrices que causerait la peste porcine africaine si elle touchait un des bassins de productions européens.

Ce qui n'empêche pas la Cooperl, dans un marché du porc difficile, de regarder par-delà les frontières de l'hexagone afin de consolider ses débouchés haut de gamme. Déjà implanté en Chine avec une ferme de sélection génétique, le groupe coopératif breton annonce la construction d'une usine de salaison à Pékin, en association avec un partenaire chinois "New Hope" pour y transformer du jambon cuit de porc élevé sans antibiotiques et acheminé de France par bateau. "Là-bas, la traçabilité française intéresse", notent les dirigeants.

La valeur ajoutée, "un combat de tous les jours"

À la Cooperl, les paradigmes ont changé : la recherche de valeurs ajoutées nouvelles conditionne les choix stratégiques d'investissements. C'est la fin d'une époque, celle des volumes. "Nous avons des concurrents meilleurs que nous sous l'angle volume-prix, partage Patrice Drillet. Le modèle économique d'avenir est basé sur la qualité, non sans oublier le prix. On ne peut plus penser gros volumes et la France n'est pas suffisante, il faut aller ailleurs. L'Asie peut ouvrir des opportunités". Après la non castration et le bien-être animal, la démédication..., la Cooperl poursuit sa montée en gamme avec le lancement du porc sans antibiotiques dès la naissance en 2018 avec sa marque Brocéliande. Une avance certaine dans le secteur du cochon, que le groupe veut capitaliser en France et à l'étranger et étendre à tous ses producteurs avec l'objectif affiché d'atteindre à l'horizon 2020 la moitié des porcs produits sans antibiotiques.

Côté environnement, la fin d'année verra la mise en service d'une unité de méthanisation gigantesque qui produira 79 GWh de gaz vert : trois méthaniseurs seront alimentés par les déjections solides collectées sur les élevages et par des coproduits d'eau usée provenant de son industrie d'abattage-découpe. Le biogaz rejoindra le réseau de gaz domestique de la ville, l'équivalent de 3 100 foyers.

En amont chez les éleveurs, Cooperl recherche aussi la valeur ajoutée et poursuit le développement des magasins à la ferme "Coop chez vous" : 11 magasins de proximité propriété de l'éleveur ont été ouverts. Enfin la politique de bien-être et de développement des labels (Label rouge, bio) ira en s'intensifiant, annonce-t-on.

L'enjeu de la modernisation des élevages

Vent debout contre les distorsions de concurrence, le leader français du porc s'inquiète du faible niveau d'investissement dans les élevages. "Notre premier enjeu est la modernisation des élevages. Avec les mises aux normes environnementales puis bien-être, les éleveurs de porcs ont abandonné l'investissement", pointe Patrice Drillet. Le choix du racleur "track" chez les adhérents ouvre des possibilités d'accompagnement par la coopérative sur la partie engraissement. La séparation de la partie liquide de la partie solide, valorisée dans le méthaniseur, s'inscrit dans un souhait de gommer l'investissement pour l'environnement.

Ce challenge de la montée en gamme et du retour de la valeur-ajoutée vers les élevages est une caution au renouvellement des générations et à l'attractivité du métier. D'ici sept ans, un tiers des éleveurs de la coopérative sera en âge de la retraite. Un grand défi là encore.

Un pic d'investissements en 2017

Les investissement en 2017 grimpent pour la première année à 80 millions d'euros, contre 66 millions l'année précédente. "Les années à venir seront des années de forts investissements. Il y a un certain retard d'investissement chez la Financière Turenne Lafayette", note Emmanuel Commault, qui annonce par ailleurs la construction d'une nouvelle base logistique à Plestan (22). A noter qu'en sept ans, plus de 100 millions d'euros ont été investis sur les quatre usines Brocéliande.

Cooperl Arc Atlantique

7 000 salariés

2 700 adhérents

4,6 millions de porcs abattus en 2017

2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires

14 millions d'euros de résultat net

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