Terra 21 février 2019 à 08h00 | Par Catherine Perrot

Bio et connecté : l’élevage de porc nouveau est arrivé

À 27 ans, Jérémy Diais vient de monter un élevage de porcs bio à Oudon (44). L’identification électronique des animaux à la naissance permet de leur proposer une alimentation individualisée en engraissement.

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Un porc se présente à l’entrée du trieur avec identification et pesée individuelle. Selon ses droits, il sera dirigé vers l’aire d’alimentation normale, vers celle d’alimentation plus énergétique (s’il est en sous-poids par rapport à sa classe d’âge), mis de côté pour une intervention, ou redirigé vers la case paillée collective.
Un porc se présente à l’entrée du trieur avec identification et pesée individuelle. Selon ses droits, il sera dirigé vers l’aire d’alimentation normale, vers celle d’alimentation plus énergétique (s’il est en sous-poids par rapport à sa classe d’âge), mis de côté pour une intervention, ou redirigé vers la case paillée collective. - © Terra

Les 21 et 22 décembre derniers, avant même que ses premiers porcs n’investissent leur tout nouveau bâtiment d’engraissement, Jérémy Diais, jeune agriculteur installé en juillet 2018 à Oudon (44), avait tenu à ouvrir les portes de son exploitation. À ses voisins, mais aussi à ses collègues agriculteurs. Pour les premiers, il s’agissait de les rassurer et de prévenir, grâce à la pédagogie, des oppositions de principes, fréquentes quand il s’agit d’implanter un élevage porcin.

Pour les seconds, l’accent était davantage mis sur la performance technologique de l’identification individuelle des porcs en engraissement. L’alliance de cette technologie, avec un engraissement en grande case collective et en production biologique, fait de l’exploitation de Jérémy un cas unique en France.

Si c’est sa première installation, à 27 ans, Jérémy Diais a déjà une solide expérience dans le domaine agricole et particulièrement porcin, puisqu’il a été salarié d’exploitation, responsable d’un élevage et technico-commercial. Pour créer son élevage naisseur-engraisseur de porc bio, il a repris une exploitation initialement en bovins lait et poulets label. Tous les bâtiments ont été reconvertis : la stabulation est devenue une verraterie, l’un des poulaillers est devenu un bâtiment de post sevrage, le second, une maternité.

 

Un engraissement individualisé

Seul le bâtiment d’engraissement, le plus "technologique", a été construit de zéro. Les porcs en engraissement (à partir de 60 kg) y sont logés en case unique, par lot de 200, sur paille, avec 3 m² par animal, et accès à une courette extérieur, sur paille elle aussi.

Les porcelets sont pucés dès leur naissance, avec une puce RFID du même type que celle des moutons. Cette puce contient les informations sur l’identité de leurs parents, et c’est au moment de l’engraissement qu’elle va prendre toute son importance : pour accéder à l’alimentation, chaque porc doit passer par un trieur où il est identifié et pesé. S’il a droit à une ration de 100 g de nourriture, une porte s’ouvrira et le dirigera vers l’une des deux zones de nourrissage du bâtiment.

S’il fait partie des animaux lourds, il ira dans l’espace d’alimentation 1 avec un aliment moins riche. S’il fait partie des plus légers, il ira dans la zone d’alimentation 2 où l’aliment distribué est plus riche. Ainsi, il aura l’opportunité de rattraper son retard de croissance sans risquer des phénomènes de compétition à l’auge.

S’il a déjà mangé toute sa ration quotidienne, le trieur s’ouvrira sur un couloir avec retour direct à la case de logement collectif. Enfin, s’il a perdu sa boucle, ou si l’éleveur l’a identifié comme étant "à mettre de côté", il peut également être dirigé vers une zone d’attente.

Pour éviter que les animaux ne s’attardent dans la zone d’alimentation, l’eau est distribuée dans la zone de vie collective. Par ailleurs, pour empêcher le blocage du trieur par un porc qui refuserait de bouger si la porte de la zone d’alimentation ne s’ouvre pas, un système automatique les pousse vers la sortie. "On y est obligés, car ces animaux sont extrêmement intelligents, ils comprennent très vite où se trouve l’aliment", constate Jérémy Diais (1).

 

Performances alimentaires et environnementales

Cette identification permet une alimentation individualisée, qui améliore les performances de l’élevage (moins de disparité dans le lot, moins de mortalité) et le bien-être animal (moins de compétition). Elle améliore aussi le bien-être de l’éleveur, qui n’a pas "à trier" manuellement ses lots de porcs à l’engrais : "Sur paille, ils courent énormément. Le tri peut être un vrai calvaire. L’automatisation n’est pas un gain de temps, mais un confort de travail !".

L’identification individuelle permet aussi un meilleur suivi technique. Pour chaque animal, Jérémy Diais aura accès à sa courbe de poids, à ses indices de consommation (IC) et son Gain moyen quotidien (GMQ). Il peut ainsi détecter rapidement un problème, comme un animal qui ne s’alimente plus ou qui perd du poids. Il peut aussi envisager une sélection des mères en fonction des performances de leur descendance en plus de leurs qualités maternelles.

En outre, cette alimentation "sur mesure" s’approche au plus près des besoins alimentaires des animaux et donc, en théorie, réduit les rejets azotés et phosphatés dans les déjections. Les coches, futures reproductrices élevées en groupe, ont également une alimentation individualisée. Pour les truies, ce n’est pas encore mis en place, mais cela fait partie des projets de Jérémy. À plus court terme, les prochains objectifs sont la sortie du tout premier lot de porcs engraissés, et l’amélioration des dispositifs automatiques : changer la forme des auges pour un meilleur nettoyage par les animaux et perfectionner les portes antiretours.

Avec 62 truies et des mises bas toutes les 8 semaines, Jérémy Diais envisage de sortir 1 300 porcs de 125 kg (entre 5,5 et 7 mois) par an. Tous sont commercialisés via Unebio, après abattage chez Holvia (Terrena). Si les porcs de Jérémy sont déjà bio (6 mois de conversion), ses céréales ne le sont pas encore. Il lui faudra attendre deux années pour pouvoir utiliser ses propres productions végétales, avec une Fabrication à la ferme (Faf), elle aussi en projet. Enfin, la communication auprès des voisins a tellement bien fonctionné que les demandes de porc bio affluent ! À terme, il est possible que le jeune éleveur commercialise ainsi en direct un ou deux porcs chaque mois.

 

 

En porc bio, à tout âge, les animaux ont accès à une courette extérieure.
En porc bio, à tout âge, les animaux ont accès à une courette extérieure. - © Terra

Peu développéen France

La filière porc bio est encore peu développée en France. Le marché très demandeur est approvisionné en majeure partie par des porcs bio engraissés en Allemagne.

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