Terra 20 septembre 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Blocus contre la fièvre porcine africaine

L'onde de choc est finalement venue de la Belgique. La peste porcine africaine rebaptisée fièvre porcine africaine a été signalée à une dizaine de kilomètres de la France. Cinq cas de sangliers atteints ont été confirmés depuis la semaine dernière. L'inquiétude dans le bassin de production français est grande alors que le ministère de l'agriculture met en place un plan renforcé en zone frontalière pour empêcher sa propagation aux élevages français.

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Contredisant les prévisions des experts, la peste porcine déjà présente en Europe de l'Est s'est déplacée vers l'Ouest pour apparaître non pas en Allemagne où elle était le plus attendue, mais en Belgique où deux cas de sangliers atteints ont été confirmés la semaine passée.
Contredisant les prévisions des experts, la peste porcine déjà présente en Europe de l'Est s'est déplacée vers l'Ouest pour apparaître non pas en Allemagne où elle était le plus attendue, mais en Belgique où deux cas de sangliers atteints ont été confirmés la semaine passée. - © FNC

L'annonce de deux cas de peste porcine africaine de sangliers sauvages confirmés en Belgique le 13 septembre à proximité des frontières françaises (commune d'Étalle située à une dizaine de kilomètres de la France) puis de trois nouveaux cas lundi, est une très mauvaise nouvelle pour les éleveurs de porcs français et les filières de l'agroalimentaire. Présente jusqu'alors en Europe de l'Est aux portes de l'Allemagne, et plus loin à l'est en Chine et au Japon, ce bond de 1 000 km vers l'ouest et à la frontière française est un coup de tonnerre et un vrai retournement de situation. Jusqu'alors tous les regards étaient tournés vers l'Allemagne.

Au lendemain de la confirmation par les autorités belges, la Direction générale de l'alimentation (DGAL) a réuni éleveurs, transporteurs, abatteurs, vétérinaires et chasseurs pour fixer une stratégie. "Face à la menace majeure de contamination des exploitations porcines, un renforcement immédiat des mesures de biosécurité est exigé dans les départements des Ardennes, de la Meuse, de la Meurthe et Moselle, et de la Moselle. Une fiche établie par le ministère de l'agriculture et de l'alimentation concernant les mesures de biosécurité à appliquer est en cours de diffusion auprès de tous les éleveurs des quatre départements visés". Une zone d'observation renforcée est également instaurée dans 133 communes des Ardennes, de la Meuse, et de la Meurthe et Moselle. "Nous partageons l'analyse de l'administration. Il faut de la vigilance et de la biosécurité dans tous les élevages. Des clôtures autour des élevages plein-air. Fermer les élevages, surveiller les animaux de la ferme. C'est du bon sens", commente Jeff Trébaol, vice-président de la FNP en charge du dossier sanitaire.

Sur le volet "faune sauvage", des mesures d'interdiction de la chasse et de renforcement de la surveillance des animaux sauvages sont en place dans les communes qui bordent la frontière. "La période actuelle est la plus délicate car il faut établir un état des lieux de la situation. Que feront les Belges ? Mettre une clôture pour contenir les animaux sauvages contaminés : en République tchèque, cela a fonctionné", observe un spécialiste.

 

Préserver les élevages français et les relations commerciales

Beaucoup cherchent à se rassurer et rappellent que la "maladie n'est pas encore arrivée en France et qu'elle n'est pas contagieuse à l'homme". Mais contre cette maladie qui entraîne de fortes mortalités chez les porcs, il n'existe ni vaccin, ni traitement contre l'infection. Il est bon de rappeler que des déchets de cuisine avec de la viande et/ou des produits à base de viande de porcs ou de sangliers infectés ont été mis en cause dans plusieurs épizooties. Dans les années 60 et 80, plusieurs pays européens ont été touchés (Espagne, Italie, France, Belgique). En 1997/98 aux Pays-Bas, plus de 10 millions de porcins ont été abattus, pour un impact économique estimé à 2 milliards d'euros (source DGAL).

En Bretagne, les préfectures ont alerté la population. Dès le 14 septembre, le préfet des Côtes d'Armor indiquait dans un communiqué qu'il ne fallait pas faire courir de risques sanitaires aux élevages. "L'entrée de toute personne dans une exploitation doit s'effectuer avec l'autorisation préalable des éleveurs et dans le respect de toutes les mesures d'hygiène et de biosécurité requises".

La profession de son côté voudrait que l'administration aille plus loin en stoppant les exportations d'animaux (truies de réforme, reproducteurs) vers la Belgique. "Il faut sensibiliser les éleveurs car un camion qui part là-bas va forcément revenir", souligne-t-on à Inaporc (interprofession porcine). Comme vider régulièrement les poubelles des aires d'autoroutes car tout un chacun peut être vecteur de la maladie (voir encadré). Il va sans dire que son introduction en France "serait une catastrophe économique pour la filière avec des pertes importantes en élevages et la fermeture des marchés à l'export", expliquaient jeudi, en amont de l'annonce belge, Philippe Bizien du Comité régional porcin, Michel Bloc'h de l'Union des groupements et François Valy de la FRSEA lors d'une conférence de presse au Space.

Aujourd'hui la question qui se pose est celle de la conséquence sur les marchés export et les répercussions sur la cotation. "Pour les échanges internationaux, il est nécessaire de rediscuter d'une vraie régionalisation des certifications selon la destination vers les pays tiers", soulignent des spécialistes de la filière.

 

 

 

Loïc Evain, chef des services vétérinaires du ministère de l'agriculture et de l'alimentation.
Loïc Evain, chef des services vétérinaires du ministère de l'agriculture et de l'alimentation. - © Terra

"L'Europe n'est plus une forteresse sanitaire infranchissable"

Hasard du calendrier, la veille de l'annonce de cas de peste porcine en Belgique, toute l'Europe de la santé en élevage était réunie au Space. Avec un seul sujet à l'ordre du jour de ce rendez-vous organisé par le GDS Bretagne : la future loi européenne de santé animale. Sa mise en application est programmée pour 2021, en remplacement des 38 réglements et directives existants. La future loi qui devra être finalisée l'an prochain s'articule autour de trois principes, la biosécurité, la surveillance et la vaccination. Un constat s'impose, "L'Europe n'est plus une forteresse sanitaire infranchissable" selon le président de la Fédération européenne pour la santé animale Didier Delmotte, "cela impose de maîtriser les risques sanitaires en mouvement". Une conviction très partagée, y compris par Loïc Evain, le chef des services vétérinaires du ministère de l'agriculture qui a rappelé les objectifs de la future loi qui "fait partie d'un paquet plus global de simplification intégrant les questions liées à l'animal et au végétal, avec la volonté de protéger l'Europe des dangers extérieurs".  "La peste porcine africaine est la menace du moment, a reconnu Loïc Evain, mais il y en existe d'autres, la fièvre catarrhale, la fièvre aphteuse, la fièvre charbonneuse, l'influenza aviaire, les peste des petits ruminants". Soit autant de risques sanitaires potentiels qu'il faudra maîtriser et contenir dans un contexte budgétaire restreint et d'accélération des échanges d'animaux. Quelques chiffres énoncés par Jean-Luc Mériaux, le secrétaire de l'Union européenne du commerce du bétail et des métiers de la viande ont donné la mesure de l'enjeu, le commerce intracommunautaire de porcs  porte sur 22 millions d'animaux par an, dont 20 millions de porcelets sur un ensemble de "29 millions d'animaux qui bougent" chaque année en Europe. Un volume de mouvements considérable que le secrétaire général de l'UECBV redoute de voir contrarié par la nouvelle loi. "Nous allons trop vite, pourquoi ce pas de charge alors que nous préparons une loi pour 30 à 40 ans".  / Paul Jégat

 

 

"Chaque acteur de la filière est responsable et engage l'avenir du bassin"

Au Space, la profession a de nouveau lancé un appel à la vigilance. Un appel qui prend encore plus de sens depuis que la maladie a été détectée à la frontière franco-belge. "Chaque éleveur, chaque salarié, chaque acteur de la filière par ses pratiques au quotidien est responsable et engage l'avenir du bassin", indique le Comité régional porcin Bretagne qui demande notamment "une surveillance épidémiologique de la faune sauvage, réalisées par les chasseurs des Côtes d'Armor, étendue à toute la région". Pour rappel, cette maladie contagieuse du porc et du sanglier se transmet par les animaux infectés, les matériels, les personnes ayant été en contact avec des animaux infectés et également des viandes et charcuteries issus d'animaux infectés.

 

Un appel à la vigilance lancé au Space par le CRP, l'UGPVB et la FRSEA juste avant l'annonce des cas belges.
Un appel à la vigilance lancé au Space par le CRP, l'UGPVB et la FRSEA juste avant l'annonce des cas belges. - © Terra

Intensifier la pression de chasse

Après ce coup de tonnerre venu de Belgique, la FNP et la FNSEA par voie de communiqué demandent le déploiement de vraies mesures pour réguler la population de sangliers sur le territoire : tirs à l'affût en zone frontalière, mais surtout "intensification de la pression de chasse sur le reste du territoire où la prolifération massive est partout dénoncée". "Il est impensable que cette situation perdure et il est urgent que le monde de la chasse mettre des moyens pour faire davantage d'information sur le terrain". Enfin, le syndicat majoritaire déplore la non prise en compte par l'administration des propositions faites en amont (suspension de mouvements d'animaux en provenance des pays non indemnes, interdiction d'échanges de sangliers, demande d'une stratégie européenne offensive, mise en place d'une politique d'abattage des sangliers...).


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