Terra 07 février 2019 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Blonde d’Aquitaine, un projet d’Avenir viande

Présente en boucherie artisanale et dans les rayons traditionnels des grandes surfaces, la race Blonde d’Aquitaine s’est développée en Bretagne au gré de l’évolution de la consommation. Quelles sont les attentes, quelle est l'image de la race, quels types d’animaux sont-ils demandés ? Face à la faiblesse des prix et à la décapitalisation à l’œuvre, les éleveurs s’interrogent sur la stratégie à tenir.

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L'effectif allaitant breton décapitalise de 3 000 vaches tous les ans, un phénomène qui concerne aussi la Blonde d’Aquitaine.
L'effectif allaitant breton décapitalise de 3 000 vaches tous les ans, un phénomène qui concerne aussi la Blonde d’Aquitaine. - © Terra

"Il y a encore quelques temps, je passais de très belles bêtes en fin d’année. Là, on m’a proposé un prix où je me suis dis que j’allais attendre quelques semaines de plus...", situe en aparté William Pellerin, éleveur allaitant installé en Gaec à la Chapelle-Caro (56). Réunis en assemblée générale au lycée du Gros chêne à Pontivy, les éleveurs de l’association ont échangé sur l’avenir de la race. Car, relève Raymond Barré, conseiller viande bovine des chambres d'agriculture de Bretagne, les prix ne permettent toujours pas "de couvrir le coût de revient établi entre 4,6 et 4,8 euros de moyenne par kg de carcasse, objectif des EGA". Pourtant, la Blonde se démarque par sa valorisation commerciale et son "attrait qui vaut notamment 15  centimes de plus à ses jeunes bovins par rapport aux autres races et à ses très bons broutards blonds de se négocier au-delà des 1 100 euros". En femelles, "c’est plus compliqué".


Apprendre à mieux finir

Ainsi, "il y a du stock dans les élevages, un décrochage de prix. Les niches resteront mais pas assez grandes pour accueillir tous les producteurs. Il faut en chercher de nouvelles", estime Dominique Rolland, président de l’association des éleveurs Blonde d’Aquitaine de Bretagne, bien conscient que, pour le créneau qui est le leur, en boucherie artisanale et rayons traditionnels, "bien finir les animaux est incontournable. C’est à améliorer, il faut apporter du persillé, de la tendreté". Un avis partagé par Raymond Barré qui voit monter en puissance la recherche d’autonomie et de valorisation des fourrages maison dans les exploitations. Un choix possible si on ne pénalise pas le produit final "avec un ensilage d’herbe de qualité", met en garde ce spécialiste viande bovine à la chambre d’agriculture qui pointe que la Bretagne ne produit que 25 % de ses besoins en femelles allaitantes, toutes races à viande confondues. "Il y a de la place pour des animaux de qualité bouchère biens finis, en ration sèche", martèle-t-il. Une finition qui coûte.

 

S'alléger ou pas ?

En France, le cheptel allaitant se décapitalise, y compris en Blondes d’Aquitaine et y compris en Bretagne. Ainsi, l’orientation et le schéma de sélection de la race doivent s'adapter. "Les besoins en steaks hachés et en plats préparés progressent en boucherie traditionnelle", note Raymond Barré. "Certains collègues passent désormais deux avants pour un arrière", confirme un boucher présent. Un réflexion d’avenir s’impose donc, faut-il s’orienter vers des animaux encore plus gros, plus longs, plus lourds ou au contraire plus conventionnels - autour de 450 kg - avec de meilleurs rendements viande ? L’enquête commandée sur le plan national par l’association des éleveurs de bovins Blonde d’Aquitaine est en cours de dépouillement (lire encadré) et devrait apporter son lot de réponses.

- © Terra

Avenir Viande, quel projet   ?

Pour Arnaud Romoli, chargé de mission pour la race Blonde d’Aquitaine, "la race doit avancer", une volontée affirmée en retour de l'enquête Avenir Viande qu'il a menée auprès de 872 éleveurs dont 472 en Blonde d’Aquitaine, 720 bouchers, 1 024 consommateurs. L’objectif de ce travail ? "Définir quelles ambitions et quel projet pour la race et pour les éleveurs et préciser le niveau de maîtrise que vous souhaitez", répond-il sans détour. Entre une Limousine sur le haut du podium de la notoriété, "avec deux fois plus de bêtes que nous mais quatre fois plus de personnes pour animer la race" et une race charolaise en perte de vitesse, la Blonde doit pouvoir tirer son épingle du jeu, à condition "de se différencier dans les débouchés". "Il faut savoir segmenter l’offre", répète le chargé de mission en rappelant que 70 % de la viande rouge consommée est vendue en GMS quand 30 % l’est chez les artisans bouchers. Des bouchers auprès desquels la Blonde d’aquitaine a un bon taux de pénétration en Bretagne et Pays de la Loire. Mais la présence de la race est "faible dans le centre de la France, dans l’Est et le Sud-Est", c'est là qu'il faut chercher les débouchés. Le Sud-Est présente notamment un haut potentiel car "il n’y a pas d’éleveurs mais il y a un fort pouvoir d’achat et un attrait pour la tendreté, qualité de la Blonde". Et si l’ambition est de faire vaciller la suprématie de la race limousine, "il va falloir y aller avec de la génisse de 450 kg et bien finie", ce que semble attendre la boucherie artisanale. Quant au consommateur ? "On ne peut lui demander d’acheter que ce qu’il connaît. Or la Blonde n’arrive qu’en 7e position des races à viande qu'il connaît", derrière l’Angus et juste avant la Normande.

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