Terra 09 août 2018 à 08h00 | Par Jean Dubé avec Agra

Brexit : la proposition britannique de zone de libre-échange suscite des doutes

Le "livre blanc" britannique sur les relations commerciales avec l’UE après le Brexit soulève des questions qui concernent notamment les produits agroalimentaires, estime la Commission européenne. Londres menace de faire d’un accord de libre-échange entre les deux parties une condition du paiement de la facture du divorce.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Londres menace de faire d’un accord de libre-échange entre les deux parties une condition du paiement de la facture du divorce.
Londres menace de faire d’un accord de libre-échange entre les deux parties une condition du paiement de la facture du divorce. - © Adobe Stock Fotolia

La proposition du Royaume-Uni de créer une zone de libre-échange avec l’Union après le Brexit (voir encadré Maintenir un commerce "sans friction" avec l’Union) soulève une "série de questions", selon le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, qui en a discuté à Bruxelles avec les ministres des affaires européennes des vingt-sept le 20 juillet et les jours précédents avec le nouveau ministre britannique chargé du dossier, Dominic Raab. Une de ces interrogations concerne, a-t-il dit devant la presse, "l’intégrité du marché intérieur et de l’union douanière et de notre politique commerciale commune".

"Le Royaume-Uni se dit prêt à s’aligner sur les standards de l’Union pour les biens, mais uniquement pour les standards contrôlés à la frontière. Il ne s’alignerait donc pas sur nos règles agroalimentaires relatives, par exemple, aux OGM ou aux pesticides, puisque le respect de ces règles n’est pas contrôlé à la frontière", a expliqué Michel Barnier. Cela "nous a été confirmé cette semaine dans la négociation", mais "comment pourrions-nous alors protéger les consommateurs européens ?" et "sur quelle base pourrions-nous accepter la libre circulation de ces biens ?" a-t-il ajouté.

 

L'industrie agroalimentaire de l'UE préoccupée

L’association de l’industrie agroalimentaire de l’UE, FoodDrinkEurope, a déploré que le projet britannique "ne fasse aucune référence explicite à la participation du Royaume-Uni à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa)". Michel Barnier s’est aussi demandé si les propositions du "livre blanc" publié le 12 juillet par Londres sont "opérationnelles", applicables "sans complexité supplémentaire ni bureaucratie additionnelle". La question se pose en particulier, estime-t-il, pour celle consistant à "appliquer deux tarifs – celui du Royaume-Uni ou celui de l’Union – aux biens qui entrent au Royaume-Uni, selon que ces biens sont destinés au marché britannique ou au marché européen".

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) de leur côté soutiennent l’offre conjointe présentée par l’Union et le Royaume-Uni aux membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour la répartition des contingents tarifaires d’importation après le Brexit. Elles soulignent que l’absorption totale par les vingt-sept de toutes les quantités actuellement prévues au titre de ces contingents conduirait à d’importants déséquilibres sur le marché unique. Le Copa-Cogeca juge aussi qu’il serait malvenu de négocier l’accès au marché de l’UE pour les secteurs sensibles, en particulier la viande ovine et le sucre, dans le cadre des pourparlers de libre-échange avec les pays tiers tant que le cadre de la future relation commerciale entre l’Union et le Royaume-Uni ne sera pas connu.

 

Un lien avec le paiement de la facture

Le ministre britannique du Brexit, Dominic Raab, a averti, dans un entretien publié le 22 juillet par le Sunday Telegraph, que son pays ne paiera la facture du divorce avec l’Union qu’à la condition qu’un accord commercial soit trouvé. "Il existe désormais un risque réel de ne pas parvenir, par accident, à un accord", a déclaré pour sa part le lendemain le nouveau ministre britannique des affaires étrangères, Jeremy Hunt, à l’issue d’un entretien à Berlin avec son homologue allemand, Heiko Maas. La Commission européenne avait invité le 19 juillet "les États membres et les acteurs privés à intensifier leurs préparatifs" en anticipant tous les scénarios possibles, y compris celui qualifié de "rupture brutale", c’est-à-dire un Brexit sans accord.

 

 

Le livre blanc bien accueilli par la NFU

Le livre blanc sur les relations avec l’UE après le Brexit publié le 12 juillet par Londres, a été bien accueilli, le même jour, par les présidents du syndicat agricole britannique National farmers’ union (NFU). Celui-ci a toujours plaidé pour le maintien de courants d’échanges "sans friction" avec l’Union. Satisfaite également de l’intention du Gouvernement de conserver, dans le cadre d’un accord avec Bruxelles, des normes élevées de production et de bien-être animal, la NFU juge toutefois "impératif" que la future politique commerciale "indépendante" du pays "ne cherche pas à affaiblir ces standards".

Par ailleurs, alors que Londres confirme son intention de "mettre fin" à la libre circulation des personnes, le syndicat britannique demande que soit "reconnue l’importance de la main-d’œuvre saisonnière et permanente venant de l’extérieur du Royaume-Uni qui aide les agriculteurs à continuer à produire des aliments pour la Nation". Il demande au Gouvernement de poursuivre "une politique d’immigration fondée sur les faits et les besoins du secteur agricole".

 

 

Maintenir un commerce "sans friction" avec l'Union

Les pourparlers avec Londres ont repris le 16 juillet comme prévu, s’est contenté de commenter Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE, après la démission des ministres britanniques du Brexit et des affaires étrangères David Davis et Boris Johnson, suite à l’annonce, le 6 juillet, du plan du chef du Gouvernement Theresa May pour maintenir un commerce "sans friction" avec l’Union.

Les deux démissionnaires ont été remplacés respectivement par Dominic Raab, jusqu’ici secrétaire d’État chargé du logement, et Jeremy Hunt, ministre de la santé. Londres préconise la création d’une "zone de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE avec un ensemble de règles communes pour les biens industriels et les produits agricoles". Le Parlement britannique pouvant rejeter de futures règles qui ne lui conviendraient pas, tout en acceptant les "conséquences" que cela pourrait avoir. La première ministre britannique, plus ou moins suivie, donc, par son Gouvernement, propose aussi d’appliquer aux frontières du pays "les droits de douane et règles commerciales du Royaume-Uni aux biens destinés au Royaume-Uni, et les droits de douane et règles commerciales de l’UE pour les biens destinés à l’UE" en provenance de pays tiers. Une manière de résoudre l’épineuse question d’un rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

Commentant la situation politique à Londres, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lancé sur Twitter : "Je ne peux que regretter que l’idée du Brexit ne soit pas partie avec Davis et Johnson. Mais… qui sait ?".

 

 

Theresa May prend les commandes

La Première ministre britannique Theresa May a annoncé le 24 juillet qu’elle prenait désormais les commandes des négociations sur la sortie de l’Union, le ministère du Brexit "continuant de diriger tous les préparatifs du Gouvernement". Les pourparlers se poursuivaient du 24 au 26 juillet lors d’une nouvelle session à Bruxelles.


Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui