Terra 21 décembre 2018 à 08h00 | Par Gwénola Floc’h-Penn, chambres d’agriculture de Bretagne

Brexit : les secteurs à surveiller pour les filières agricoles bretonnes

Le Royaume-Uni est un client privilégié de la Bretagne, à la 5e place derrière l’Italie, l’Espagne, la Chine et la Belgique . Le Brexit pourrait affecter les 387 millions d’euros de produits agroalimentaires exportés par la Bretagne sur le marché britannique en 2017.

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Principaux clients des exportations de produits agricoles et agroalimentaires bretons en 2017 / en millions d'euros
Principaux clients des exportations de produits agricoles et agroalimentaires bretons en 2017 / en millions d'euros - © Terra

Si la part du Royaume-Uni dans ces exportations bretonnes reste stable à 8 % au cours des cinq dernières années, sa sortie programmée de l’Union européenne soulève des interrogations pour l’avenir. Côté importations, les Britanniques sont les 4e fournisseurs de la Bretagne, derrière la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et devant le Brésil. Les achats agroalimentaires bretons au Royaume-Uni s’élèvent à 243 millions d’euros, d’où un solde excédentaire de 144 millions d’euros en faveur de la Bretagne   .

 

L'agriculture bretonne sur la table des Britanniques

Le premier poste alimentaire à l’export concerne les viandes (84 millions d’euros ; 22 % du total), suivi par les biscuits et pâtisseries fraîches (60 millions d’euros ; 16 %) ainsi que les produits laitiers et glaces (49 millions d’euros ; 13 %). Arrivent ensuite les légumes frais, appertisés et surgelés (31 millions d’euros ; 8 % du total). En dehors de ces produits phares issus de l’agriculture bretonne, le secteur des huiles et graisses pèse pour 71 millions d’euros (18 % du total) mais reflète un courant d’import-export : entrées de graines de soja au port de Brest pour l’usine de trituration puis expéditions d’huile de soja au Royaume-Uni. Si les achats britanniques augmentent globalement de 5 % en 2017, c’est principalement lié au bond de ces huiles, tandis que d’autres secteurs enregistrent une baisse significative, notamment en légumes (-12 millions d’euros ; -44 %) et viande de volailles (-6,7 millions d’euros ; -27 %).

Les évolutions entre les neufs premiers mois de 2017 et les neufs premiers mois de 2018 des produits phares régionaux enregistrent également des mouvements contrastés. Baissiers en produits laitiers (-11 %), produits à base de viande tels que charcuteries et jambons (-19 %), viandes de boucherie (-7 %), viandes de volailles (-13 %), plutôt à la hausse pour les légumes et pommes de terre (+27 %), après les conditions climatiques défavorables de 2017.

 

Vigilance pour les légumes, viandes et fromages

Au-delà de l’évolution de la valeur des exportations, la mesure du poids relatif de la destination Royaume-Uni permet d’identifier les produits les plus à risques.  Ainsi plus de 15 % des exportations bretonnes de légumes en conserve ou surgelés, le bacon et autres charcuteries, les carottes, choux-fleurs et brocolis sont écoulés sur le marché britannique.

 

Des départements bretons différemment exposés au marché britannique

L’analyse des exportations bretonnes de produits agricoles et agroalimentaires au Royaume-Uni fait apparaître un certain nombre de spécificités par département, en lien avec la localisation des sites agroalimentaires et infrastructures, notamment portuaires. En viande de boucherie (porc et viande bovine), le Morbihan assure près de la moitié des expéditions vers cette destination. Il se démarque en viandes de volailles (51 %) et plats préparés (51 %) . En produits à base de viande en revanche (charcuteries, jambons), ce sont les Côtes d’Armor qui assurent 53 % de l’export. Avec 83 % de parts de marché à l’export, l’Ille-et-Vilaine domine dans le secteur des biscuits et pâtisseries de conservation (83 % du total breton). 65 % des exportations bretonnes de produits laitiers et fromages vers le Royaume-Uni le sont au départ des sites de production finistériens. Le Finistère domine également dans l’export de légumes (56 %), préparations à base de poisson (90 %) et glaces et sorbets (100 %).

Premier poste à l’import, les produits de la pêche et de l’aquaculture représentent à eux seuls 45 % des importations agroalimentaires bretonnes en provenance du Royaume-Uni. Leur montant est passé de 80 millions d’euros en 2012 à 108 millions d’euros en 2017, soit une hausse de 35 % en cinq ans. Arrivent ensuite, loin derrière, trois produits pesant chacun 10 % du total : les viandes de boucherie, en net recul (-43 % en 5 ans), suivies par les biscuits et pâtisseries de conservation (+30 %) et les préparations à base de poissons et produits de la pêche (+30 %).

 

Quelles que soient les modalités adoptées pour le Brexit, les relations commerciales entre la Bretagne et le Royaume-Uni seront impactées. Au-delà des procédures douanières qui seront mises en place, les échanges commerciaux dépendront aussi de la façon dont l’économie britannique sortira du Brexit, en particulier en termes de croissance et de parité livre sterling/euro. Si beaucoup de zones d’ombre existent sur la forme et les implications du Brexit, les entreprises doivent se préparer à ses conséquences. S’agissant de l’agriculture bretonne, la vigilance s’impose notamment pour les produits pour lesquels la destination britannique a un poids relatif important à l’export : légumes transformés et choux-fleurs, viande de porc et bacon, œufs et fromages.

 

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