Terra 30 janvier 2019 à 14h00 | Par Claire Le Clève

Captage de la Herbinaye, l’azote continue à baisser

Un programme d’actions agricoles sur la base du volontariat pour réduire les flux d’azote sur un captage d’eau potable, ça marche ! Démonstration sur le captage de la Herbinaye (56) avec exemple concret sur une exploitation, mardi dernier à Rohan, à la veille de la tenue du carrefour des gestions locales de l’eau.

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Entre Delphine Macé et Jean-Jacques Michard, sur leur exploitation de Rohan, Bernard Delahaye, Jean-Noël Lagueux, Laurent Kerlir, André Piquet.
Entre Delphine Macé et Jean-Jacques Michard, sur leur exploitation de Rohan, Bernard Delahaye, Jean-Noël Lagueux, Laurent Kerlir, André Piquet. - © Terra

Un peu plus bas, coule la rivière Oust. Au milieu, le captage d’eau potable de la Herbinaye, ressource prioritaire pour l’alimentation en eau potable du Morbihan et ses interconnexions. Un captage identifié "captage Grenelle en 2009", comme 500 autres en France à l’époque. L’obligation est alors faite d’améliorer la qualité sur le paramètre nitrates avec des analyses ne dépassant pas un taux de 50 mg pendant 18 jours dans l’année. "C’est atteint depuis huit ans avec une moyenne de 41 mg entre 2013 et 2017. Nous sommes même aujourd’hui à 27 mg/l en moyenne", savourent chambre d’agriculture et représentants des collectivités impliquées.

 

Valorisation Èconomique, aussi

"Il y a d’abord eu la mise en place de couverts végétaux. Avant, les sols était nus. Du ray-grass d’Italie implanté à l’automne. Il capte l’azote, évite l’érosion des sols et offre l’alimentation des génisses à la mise à l’herbe. Un intérêt qu’on ne percevait pas avant. C’était au début des années 2 000", interroge Jean-Jacques Michard, plongeant ses yeux dans ceux de sa sœur Delphine Macé, qui enchaîne, "ce couvert fournit aussi une part d’ensilage d’herbe stockée pour l’été, quand il n’y en a plus à pâturer. Et ça commence de plus en plus tôt", constatent-ils de concert. Une chose est sûre, "si on met quelque chose en place, il faut que ça ait un intérêt économique", résume Delphine. Lui s’est installé avec son père en 2006. Elle les a rejoint en 2012, juste avant le départ en retraite de leur papa. Une exploitation laitière familiale, de 100 vaches et la suite sur 130 ha pour 860 000 l de lait livrés à Lactalis.

 

Dans une démarche globale

"Nous avons réduit l’apport d’azote grâce au logiciel Farmnet et les vues satellitaires. On n’épand plus d’azote organique d’octobre à janvier mais au moment de la pousse des végétaux. Les nouvelles technologies nos aident", inventorient-ils. Même attention lors de la construction de leur nouveau bâtiment avec fosse et fumière, conséquentes pour stocker tout l’hiver. "Ce bâtiment pour lequel nous avons investi 600 000 euros, a nécessité beaucoup de réflexions. Nous ne sommes que deux. Nous le voulions très fonctionnel pour notre organisation du travail, notre vie familiale, nos engagements à l’extérieur", ponctuent frère et sœur, investis, sans oublier le projet de méthanisation et le diagnostic carbone réalisé dans le cadre du plan climat énergie... "Le pavé environnemental est inclus dans ce dallage, corrélable à nos attentes", résument frère et soeur. Un exemple "concret" d'actions de reconquête de la qualité d’eau du captage de la Herbinaye déclinées en partenariat sur 1 607 exploitations depuis 2010.

 

Agir avec le plus grand nombre

"En 2011, nous avons déclaré l’état d’urgence à agir", ensemble avec les Côtes d’Armor c’est plus efficace, se souviennent André Piquet, président du Grand Bassin de l’Oust et Jean-Noël Lagueux, président du syndicat d’eau du Lié. Ce grâce "au volontariat. Sans qu’on nous impose les choses mais en les co-construisant", défend Laurent Kerlir, président de la chambre d’agriculture du Morbihan, sur la méthode employée "et qui va s’étendre maintenant aux phytos", projette-t-il avec les syndicats de bassin du Lié et de l’Oust amont (22) et de l’Oust moyen (56).

Car le couperet n’est pas passé loin, avec le risque de bascule en Zone soumise à contrainte environnementale (ZSCE) et ses obligations réglementaires drastiques, fixées par l’État. "Entre les syndicats de bassin et la profession agricole, on a décidé de se retrousser les manches avec tous les partenaires qui interviennent sur les exploitations en mettant en place un programme d’actions avec l’objectif de faire entrer un maximum d’exploitations avec une approche à la fois environnementale mais également économique et d'organisation du travail", rappelle Laurent Kerlir. "Il faut reconnaître l’effort fait par les agriculteurs. Il porte ses fruits et doit être poursuivi, car c’est un domaine fragile", encourage Bernard Delahaye, vice président d’Eau du Morbihan qui distribue au robinet 30 millions de m³ d’eau tous les ans, "dont 80 % proviennent des eaux de surfaces".

 

Repères

L’Oust draine un territoire de 1 140 km2 dont 793 en Côtes d’Armor et 347 en Morbihan pour une SAU de 75 000 ha et 1 770 km de cours d’eau pour 1 607 exploitations agricoles concernées.

 

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