Terra 10 mars 2017 à 08h00 | Par Soazig Perche, chambre d'agriculture de Bretagne

Céréales et oléo-protéagineux bio en Bretagne : de réelles opportunités à venir

En Bretagne, avec 580 fermes supplémentaires engagées en bio depuis 2015 et un déficit global des moyens industriels de stockages et mises aux normes des grains bio, la situation est tendue.

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En seulement deux ans, les surfaces de céréales et oléo-protéagineux sont passées de 200 000 à 340 000 ha en France.
En seulement deux ans, les surfaces de céréales et oléo-protéagineux sont passées de 200 000 à 340 000 ha en France. - © Gabriel Omnès

En France, en seulement deux ans, les surfaces en céréales et oléo protéagineux (COP) en conversion et en bio sont passées de 220 000 ha à 340 000 ha. La filière des céréales bio française s’est inquiétée de l’afflux de production sur le marché. Cependant, le scénario catastrophe d’une filière COP bio débordée par des volumes excédentaires ne s’est pas produit l’an passé du fait de rendements très faibles. Quid de 2017 ? Quelles précautions prendre dans les derniers emblavements ?

Les filières longues bio adaptent leur collecte en 2016 et 2017

Les récoltes de la 1re année après la conversion bio sont vendues sur le marché conventionnel, elles sont sans enjeu pour la filière bio. Par contre, les récoltes de la 2e année, dites C2 ont accès à des débouchés en alimentation animale avec un usage restreint à 30 % dans les élevages bio lorsqu’ils ne sont pas autoproduits. Un volume important en C2 double les besoins en cellules des stockages bio.

Dès 2016, les opérateurs de l’Ouest ont publié une brochure indiquant leurs spécificités et leurs capacités à collecter ou non des cultures et associations bio et C2. En 2017, les blé et maïs en C2 restent très recherchés en alimentation animale. Les triticale-pois C2 seront collectés selon les disponibilités des silos. Attention, à l’avoine et à l’orge en C2 qui ont très peu de débouchés. La collecte des pois et féveroles en C2 est d’intérêt variable selon les opérateurs.

Des outils industriels supplémentaires pour répondre à la demande

Selon Triskalia, la production des céréales bio a naturellement de fortes variations inter-annuelles. Cette incertitude sur les volumes à collecter risque de s’accentuer avec une production majoritaire de COP issues de l’élevage laitier bio. Les éleveurs mettent sur le marché leurs excédents, après la satisfaction des besoins des troupeaux. Or, il faudrait que chaque exploitation annonce le plus tôt possible en saison leur volume de vente.

Pour Agrobio Europe et SA Pinault, il faut développer le débouché avant la production. La Bretagne dispose de nombreux atouts : diversité des productions végétales possibles, diversité des filières sur le territoire. Avec ce changement d’échelle de la bio, une nouvelle organisation est nécessaire, en s’appuyant sur les moyens des entreprises conventionnelles. La bio doit aussi devenir plus performante sur la production végétale, via le conseil technique, les outils de pilotage des cultures.

Enfin, la filière envisage de nouveaux outils de stockage, triage et séchage des COP. L'Ufab étudie les possibilités de construction d'un nouvel outil pour la mise aux normes et la conservation des céréales biologiques produites dans la région. L'objectif est de disposer de moyens supplémentaires dès l'été 2018. Les Greniers bio d’Armorique souhaitent aussi disposer de leur propre lieu de stockage et de transformation des produits végétaux. Le projet est localisé à Saulnières (35). Toujours en Ille-et-Vilaine, Agri bio Conseil, distributeur privé de semences bio, vise un approvisionnement en blés et légumineuses bio locaux. Des capacités de stockage et de mise aux normes du grain 100 % bio sont prévus en 2018 dans le sud de l’Ille-et-Vilaine.

 

Karim Elouali.
Karim Elouali. - © Terra

140 ha de grandes cultures bio à la porte de Rennes : un projet bien lancé !

La conduite des cultures est souvent la première inquiétude des producteurs qui envisagent une conversion en grandes cultures. Karim Elouali, installé à Noyal sur Vilaine, a choisi de convertir les 140 ha de la ferme en agriculture biologique en 2016. Projet atypique dans le paysage d’Ille-et-Vilaine, Karim est allé pendant deux ans à la rencontre d’une dizaine de fermes du grand Ouest en ciblant celles de plus de 80 ha en grandes cultures bio.

En cheminant sur son projet, Karim a gardé en tête que la plus belle parcelle de blé - et la plus productive avec 55 q/ha - qu’il aura vue lors de ses visites est celle d’un voisin, producteur de lait bio. La rotation, la présence de prairie et de matière organique demeurent les piliers essentiels de la réussite des cultures en bio. La rotation type envisagée est sur 6-7 ans et inclut 3-4 années de prairies puis 3-4 ans de cultures selon le potentiel des parcelles. 35 ha de prairie de fauche seront vendus sur pied pour des éleveurs bio voisins. 8 ha de mélanges de trèfles et 13 ha de luzerne seront déshydratés par la Coopedom. Sur le volet des matières organiques, des contrats existent avec des producteurs bio et conventionnels (lisier de porc conventionnel, résidus de méthanisation, échange paille-fumier, fumier de porc bio…). Les lisiers conventionnels seront réservés aux prairies et les fertilisants bio aux céréales valorisées en alimentation humaine. Si la réussite de la rotation avec des prairies est rassurante pour Karim qui se qualifie de "débutant", il souhaite augmenter progressivement la part de grandes cultures.

Au cours de ses visites, Karim découvre une grande diversité de systèmes des cultures à l’échelle du grand Ouest. Le Gaec Postic dans le Finistère, en bio depuis dix ans, met en avant la couverture du sol et le choix des cultures de printemps pour résoudre les problèmes d’adventices. 200 ha de couverts sont implantés chaque année et détruits en mars-avril pour des orges de printemps, blé-pois et sarrasin. À contrario, en Pays de Loire, Jacky Lebannier a une rotation maïs-féverole-blé avec un décrochage possible sur du sarrasin ou prairies de 2 ou 3 ans. Les écartements inter-rang sont de 34 cm pour les céréales, le binage est généralisé sur toutes les cultures d’automne et de printemps. Les cultures sont semées au RTK pour des semis droits et inter-passages réguliers. Fort de ces échanges, Karim choisit de conserver l’écartement inter-rang des céréales à 15 cm, de s’équiper d’une bineuse Garford guidée par caméra et d’une herse étrille Treffler de 12 m. Les semis sont délégués à une ETA avec un guidage RTK. Pour le labour, maintenu sur la ferme, Karim a opté pour une charrue déchaumeuse Ovlac de 10 corps pour limiter le retournement à 20 cm maximum. Si le cover-crop a été conservé sur la ferme pour le déchaumage, un cultivateur patte d’oie Taifun a été acheté pour réaliser les faux semis.

L’assolement COP est, pour cette année, assez classique pour cette récolte C2 avec 20 ha de triticale-pois, 35 ha de blé et 25 ha de maïs valorisés en alimentation animale bio. L’introduction de sarrasin et de cultures destinées à l’alimentation humaine à plus forte valeur ajoutée est prévue les années suivantes. Karim vend ses céréales à l’Ufab qui dispose de silos bio à 3 km de la ferme. Des contacts sont pris avec d’autres partenaires, tels que les Greniers Bio d’Armorique. La transformation et la vente directe ne sont pas exclues non plus de l’avenir à moyen terme de la ferme.

Soazig Perche

FORMATION

Deux jours pour se former : l’objectif de cette formation est l’échange entre agriculteurs bio confirmés et débutants pour adapter les rotations et les itinéraires des grandes cultures à la production biologique. Le mardi 21 mars, les stagiaires partageront leur expérience et projets sur les systèmes de cultures bio. Les échanges seront complétés par la présentation et l’analyse des projets de recherche et des systèmes de cultures innovants. Le groupe se réunira ensuite le 1er juin pour visiter des parcelles et échanger sur le choix et les réglages des matériels avec un conseiller machinisme. La localisation de cette deuxième journée sera adaptée selon la demande des stagiaires. Formation gratuite.

Contact : Soazig Perche, 02 23 48 27 10.

Une Cuma bio en Ille-et-Vilaine

À l’origine, la demande de Triballat de graines de chanvre bio de qualité pour leur nouvelle gamme de dessert. La graine doit être séchée dans les quatre heures après la récolte. L’investissement dans un séchoir mobile 100 % bio s’est imposé, le projet de Cuma bio est lancé en 2016.

Le premier matériel acquis est un séchoir mobile Hervé. C’est une benne de 12 t de capacité avec plancher perforé et trois vis centrales. Le séchoir travaille avec un minimum est de 1,5 à 2 t selon les produits. Quatre heures sont nécessaires en moyenne pour descendre du maïs de 30 à 15 % d’humidité et 2 à 3 h en céréales pour passer de 18 à 15 %.

Avec la FDCuma, le choix d’une Cuma bio départementale s’est imposé avec une facturation directe aux adhérents. La Cuma peut servir de support à d’autres projets bio partout en Ille-et-Vilaine. Les projets d’investissements portent sur une écimeuse, une bêche roulante et une charrue déchaumeuse ainsi qu’une bineuse à céréales.

CONTACT : pour tout renseignement, Mickael Renoult, 06 03 49 16 76.

 

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