Terra 30 août 2018 à 16h00 | Par Hélène Bonneau

"CET’Automatique" : le bien-être animal à l'abattoir

La société rennaise NeoTec-Vision a conçu un système de contrôle de bons étourdissements des animaux avant abattage. Encore en phase de tests, l'appareil tout automatisé a pour objectif de supprimer la subjectivité humaine et d'apporter ainsi une garantie de respect du bien-être animal au consommateur.

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Associations anti-spécistes, demande citoyenne forte sur le bien-être animal, image médiatique controversée... Les abattoirs sont souvent à la source de toutes les critiques sur la question du bien-être des animaux d'élevage. Les instituts techniques comme l'Ifip et l'Idele recherchent des solutions novatrices pour en finir avec les mauvais traitements en abattoir. Les instituts se sont tournés vers une entreprise rennaise "NeoTec-Vision" pour développer un système de contrôle de bons étourdissements des animaux avant abattage. Vincent Gauthier, co-fondateur de la société spécialisée dans l'analyse d'images explique : "Avec ce projet "CET’Automatique", nous nous lancions dans du développement. Nous avions déjà des compétences et des logiciels en contrôle de qualité, notamment dans l'industrie automobile, mais le projet de contrôle d'étourdissement imposait de nouveaux savoir-faire sur du vivant, ce qui complique la tâche".


Des techniques nouvelles

Aujourd'hui, selon la réglementation européenne, un animal doit être "maintenu dans un état d’inconscience et d’insensibilité jusqu’à sa mort", c'est donc à l'abatteur en poste de vérifier l'inconscience de l'animal avant la saignée. Une responsabilité à assumer dans un contexte de cadence industrielle forte. Dans ce contexte, la délégation de cette tâche à un outil fiable et automatisé est apparu pertinente. "L'idée de départ est de vérifier 100 % des animaux et d'alerter l'opérateur en cas d'anomalie", expose Vincent Gauthier. Et de poursuivre : "Nous avons travaillé sur le réflexe oculaire, car il est établi qu'un animal bien étourdi n'a plus ce réflexe. Nous avons fait des essais en expérimentant ce réflexe sur des animaux vivants dans les fermes expérimentales de l'Ifip et de l'Inra. Une approche de terrain qui nous a permis d'enrichir notre algorithme avec des données autour des yeux ouverts et fermés pour modéliser notre programme. Nous avons également été confrontés à la diversité des races (notamment en bovins) et donc une diversité de couleur des poils qui doit aussi être recensée dans notre programme". À savoir que plus le nombre d'images entrées dans la base de donnée est important, plus elle sera fiable. Fort de ces essais, l'équipe de NeoTec-Vision a développé un outil permettant de déclencher le réflexe cornéen sans intervention humaine (envoi d'une série de jets d'air) et d’analyser les réactions induites par une analyse en temps réel des images provenant d’une caméra afin d'alerter l'opérateur en cas de détection d'un clignement d’œil.

 

Un contrôle fiable

Pour tester l'outil, l'entreprise a eu accès à quatre abattoirs bovins et porcins du grand Ouest parmi ceux dont les cadences sont les plus fortes. Ces derniers ont accepté que NeoTec-Vision vienne aux côtés d'un abatteur en exercice avec une caméra dirigée vers la tête et l'œil des animaux. "Ces phases de tests sont indispensables pour faire évoluer notre logiciel et le rendre légitime", assure l'informaticien. Les tests effectués sur une journée dans chaque abattoir se sont révélés concluants mais restent encore insuffisants pour commercialiser l'appareil. "Nous avons validé la faisabilité du projet. Cependant, nous n'avons pas constaté de cas de manque d'étourdissement lorsque nous étions sur place. Nous avons donc dû les simuler -en passant la main devant la caméra- pour vérifier la réactivité et l'efficacité de la machine", explique Vincent Gauthier. "L'idée est de laisser le système en place durant quelques mois dans un abattoir pour vérifier la bonne marche du logiciel et les éventuelles améliorations à apporter". Mathieu Monziols, de l'Ifip est optimiste. "Nous avons vu le système progresser pour atteindre une fiabilité de 97 % sur des images en conditions réelles dans un abattoir de porcs. Nous avons été satisfaits par la robustesse de l'équipement en conditions industrielles (chocs, étanchéité, agents corrosifs)".


Des abattoirs curieux mais discrets

S'il atteste que l'accueil au sein des abattoirs a toujours été agréable, Vincent Gauthier reconnaît que les quatre abattoirs pilotes souhaitent rester discrets sur leur participation à cette étude et que le partenariat avec les instituts techniques a constitué une bonne porte d'entrée pour accéder à leurs sites. "Tout le monde a conscience qu'il y a quelque chose à faire pour améliorer l'existant, que ce soit en lien avec le bien-être animal mais aussi pour la sécurité du personnel d'abattage", rapporte l'entrepreneur. Si, pour le moment, aucune obligation légale d'adopter ce type de système dans les abattoirs n'est prévue, les grandes entreprises françaises regardent ces avancées techniques d'un œil curieux et intéressé, que ce soit pour améliorer les conditions de travail de leurs salariés mais aussi pour modifier  leur image auprès d'un grand public très critique sur les conditions d'abattage. Les vidéos diffusées régulièrement par des associations militantes comme L214 entachent largement le capital confiance des consommateurs. Des avancées nettes dans le domaine du contrôle des étourdissements devraient permettre de réparer cette mauvaise image.

 

 

- © Terra

Investir en consortium

NeoTec-Vision est une TPE de cinq salariés. Vincent Gauthier reconnaît qu'il est difficile d'investir massivement en temps dans des projets au long cours très diversifiés. "Nous avons souvent recours au financement collectif via des consortiums. L'idée générale est de regrouper les compétences des petites entreprises spécialisées. Nous définissons nos connaissances préalables et ce qui sera de la découverte en commun et nous détaillons la façon dont ces connaissances seront commercialisées. À partir de là, nous travaillons sur un projet commun dans un esprit de confiance", explique le gérant de NeoTec-Vision. Ce travail de longue haleine qui s'étire le plus souvent sur des périodes de trois à quatre ans permet de limiter les coûts d'investissement pour les entreprises mais aussi de mutualiser les compétences. "Seuls, nous ne pourrions pas prétendre à la réalisation de ces nouveaux outils".

 

D'autres innovations en perspective

À travers cet appel à projets, l'entreprise NeoTec-Vision a ouvert son horizon au monde agricole et agroalimentaire. La société travaille déjà sur d'autres sujets comme l'évaluation de la propreté des bovins en abattoir (jusqu'ici classés par un agent de l'abattoir dont les décisions sont parfois contestées par les éleveurs)... L'application - en cours de conception - pourrait être consultable sur le smartphone de l'éleveur, ce qui lui permettrait de vérifier la classification (de A à D) de son animal avant son départ de l'élevage. Des initiatives autour du végétal sont également dans les tuyaux, avec des observations aux rayons X permettant d'observer la croissance racinaire des plantes avec une application permettant de distinguer les cultures en place des adventices pour limiter les intrants.

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