Terra 16 juillet 2019 à 17h00 | Par Hélène Bonneau

Choucas : les agriculteurs montent au créneau

La préservation des espèces et de la biodiversité touche les rendements des agriculteurs. Ils demandent une régulation ou des solutions alternatives pour garantir leur revenus ainsi que l'autonomie alimentaire pour leurs animaux.

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Après les déclarations de dégâts de choucas, des indemnisations ou des solutions de long terme viendront-elles ? La question a été posée par un groupe d'agriculteurs, mené par Hervé Briand, administrateur à la FDSEA22, au député Yannick Kerlogot qui promet de faire remonter l'information auprès des services de l'état. La visite de parcelles décimées par l'animal protégé interpelle l'élu qui estime "qu'un recensement précis des oiseaux et le calcul de la perte de rendement permettra de prendre des décisions appropriées".

Une prolifération non maîtrisée
Si la dizaine d'agriculteurs présents remarquent une recrudescence de l'espèce depuis deux à trois ans, certaines réclamations date d'une douzaine d'année sur le canton de Bégard. "Les choucas arrivent en escadrille à 200 voir 300 sur une parcelle et raffolent du maïs au stade 4-5 feuilles", explique Antoine Le Bianic, agriculteur à Runan dont 9 hectares ont été fortement impactés. Il estime que "cette année l'urgence c'est l'indemnisation car soit je peux acheter du maïs, soit je devrais vendre des vaches, mais il faudra ensuite proposer des alternatives pour la saison 2020". Les exemples de dégâts subis par les agriculteurs viennent corroborés les chiffres du conseiller Triskalia du canton qui compte 40 hectares détruits par les choucas dont 7 hectares ont pu être resemés. Des données qui deviennent vertigineuses lorsque sont ajoutées les dégradations causées par d'autres nuisibles. Sur sa zone, autour de Bégard, le conseiller de la coopérative compte 900 hectares impactés pour 37 adhérents que se soit par les choucas, les sangliers, mais aussi le taupin ou la mouche. En effet, suite à l'interdiction de l'enrobage des semences sur les néocotinoïdes, cette dernière est revenue se nourrir dans les parcelles de maïs. Désemparés et sans solutions les agriculteurs prennent à parti le député qui estime "que si cette interdiction est heureuse pour la préservation de la biodiversité, l'impact sur les agriculteurs est nette". Il reconnaît que les professionnels se retrouvent "privé de produits mais sans solutions alternatives".

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Vers une régulation ?
Si la question des néocotinoïdes promet d'être difficile, celle sur la régulation de choucas devraient être sans appel estiment les agriculteurs. Ils demandent : "la possibilité de chasser le choucas lors des périodes de chasse et une indemnisation pour les dégâts occasionnés". Ils attendent une régulation par des tirs et la destruction des nids pour permettre une diminution des naissances. "Certains d'entres-nous sommes des agriculteurs chasseurs et ne nous pouvons pas protéger nos parcelles. Les sociétés de chasse comprennent également les enjeux et sont prêtes à y répondre mais nous voulons les envoyer en toute légalité, ce qui n'est pas possible aujourd'hui. Il doit y avoir une simplification des procédures", explique Guy Connan, agriculteur et maire de Ploëzal. Une demande que tous estime légitime d'autant plus qu'ils notent une dissonnance entres départements, le Finistère ayant obtenu une autorisation de régulation (voir encadré). Compréhensif et à l'écoute, Yannick Kerlogot s'engage à en "référer au DDTM", qui pour l'instant reste frileux à toute dérogation, "et à détecter où sont les freins". Un agriculteur lui lance alors : "il faut lever les freins, pas seulement les mesurer !". Le député acquiesce et enjoint les agriculteurs à demander également "l'appui de la région, à dialoguer avec les riverains, à rendre cette situation publique. Que se soit sur les choucas ou les néonicotinoïdes, il faut que la population comprenne et fasse le constat de l'impact sur les rendements, on ne peut se contenter de l'interdiction".

Finistère : une régulation insuffisante

Dans le Finistère, un arrêté autorise la destruction de 7 000 choucas dans plusieurs secteurs prioritaires, nombre pouvant être porté à 12 000 en cas de seconde dérogation. Didier Goubil, agriculteur, membre associé des chambres d'agriculture est clair : "ce n'est pas suffisant au vu de la population surnuméraire existante. En 2010, la situation était encore acceptable avec 90 000 choucas, aujourd'hui on estime le nombre entre 300 000 et 500 000 oiseaux, c'est un délire complet !"​​​ Une projet d'étude est en cours pour organiser un nouveau recensement via le ministère de l'écologie, Bretagne vivante et la LPO. Septique sur les résultats, Didier Goubil demande : "la possibilité de chasser l'espèce et l'utilisation des cages pièges qui permettent la capture les oiseaux vivants pour les délocaliser vers les pays où il n'y en a plus".

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