Terra 23 juin 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Christophe Taverson, "défendre notre métier "

Après 15 années de salariat, Christophe Taverson a repris la ferme familiale laitière de Béganne. Installé depuis 11 ans, adhérent de la FDSEA, il s’est engagé progressivement, intégrant récemment la section cultures. Son objectif ? La défense du métier tout en étant courroie de transmission, relais d’information, acteur. Rencontre.

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"j’essaie d’être le relais et surtout de faire remonter les attentes du terrain. Mon rôle, c’est ça, courroie de transmission",, Christophe Taverson
"j’essaie d’être le relais et surtout de faire remonter les attentes du terrain. Mon rôle, c’est ça, courroie de transmission",, Christophe Taverson - © Claire Le Clève

 

Contiguë à la maison, la longère des grands parents, n’a pas changé. Il y a la grande table qui fait office de bureau et les bancs, le parquet brut, la cheminée et le café qui fume. C’est mercredi, il y a aussi Marine qui dépose furtivement un petit baiser sur la joue de son père. Eva elle, 13 ans, rentrera à Isat de Redon, "en école d’agriculture", un bonheur. "C’est motivant pour continuer, malgré la conjoncture".

Agriculture raisonnée

Il y a 11 ans, après 15 années de salariat, Christophe Taverson est revenu là, à Béganne, reprendre la ferme de ses parents. "Il fallait savoir attendre". Et c’est par choix, à deux pas des rives de la Vilaine et du port du Folleux qu’il conduit ses 45 normandes sur 87 ha dans un système "raisonné sur les intrants et les animaux", dit-il, se rappelant d’une moyenne d’étable de 8 000 litres passée à 6 500. "On a un peu plus de vaches mais beaucoup moins de coûts. Je m’y retrouve", raconte l’homme, fort de ses 45 ans, qui avec 320 000 litres, quand ses parents ont achevé leur carrière à 200 000, refuse plus de lait. "En m’installant, j’ai augmenté la surface, le nombre d’animaux et le boulot mais pas la paye. Je me considère comme un petit exploitant. J’ai bien assez de travail" dit-il, reconnaissant du salaire que Sophie, sa femme, gagne à l’extérieur, et sans lequel, "ce serait un peu juste".

Il faut être vigilant

Alors, comme l’avait fait son père déjà au sein de la FD, "c’est pour défendre notre métier" que Christophe Taverson s’est engagé "dans le syndicat majoritaire, c’est l’intérêt, à la FDSEA", d’abord localement, puis responsable du canton d’Allaire à la suite d’Eric Berret et récemment au sein de la commission cultures. "C’est d’abord ne pas rester seul dans son coin, c’est aussi se défendre car si personne ne le fait et puis, c’est rencontrer du monde", énumère-t-il. Il ne cache pas qu’il a douté. "Ce n’est pas évident quand on est seul sur l’exploitation", justifie-t-il depuis qu’il a mis fin à l’emploi d’un salarié avec Solutis. Il fait au mieux, "j’ai prévenu que je ne serai pas toujours là. On ne peut pas laisser le boulot en plan", mais pour autant il est bien là parce qu "il n’y avait personne d’autre du canton et puis parce qu’il faut être vigilant", le sens du collectif chevillé au corps pour "défendre le métier. Il a beaucoup changé depuis 10 ans", raconte-t-il à l’aune de son expérience. "Il y a plus de normes, plus d’administratif, trop de complications" et de pointer les risques qu’il sent poindre avec la réglementation phyto et le plan Ecophyto 2018 "et la restriction des surfaces potentiellement traitables près des habitations ou des lieux publics".

Gel du 1/4 de ses surfaces

"Si on m’interdisait de traiter à 50 m des habitations, je ne pourrais plus rien faire sur le quart de mes surfaces", résume-t-il. Face à un habitat dispersé, et des hameaux proches, il a déjà modifié ses pratiques et il communique, "On est allé voir les voisins, on explique. Idem avec les nouveaux arrivants en leur décrivant gentiment comment on procède et ça se passe bien". Pareil côté relance syndicale où il a pris son bâton de pèlerin, argumentaire affûté sur le gain des dix points MSA, le prix des 1000 litres à 270 euros."S’il n’y avait pas eu toutes les mobilisations, Arzal, ce serait pire ! Cela a fait bouger les choses", souligne-t-il citant des prénoms, Frank, Bruno, Thierry, Marie-Andrée, Jean-René et François pour rendre hommage à ces hommes et femmes, "investis que je remercie". Mais il y a aussi la difficulté à convaincre d’adhérer. "Pourtant le prix de la cotisation est déjà amorti avec l’achat groupé de fuel ou autre. C’est pas là qu’il faut faire de l’économie. Il y a un vrai soutien. Il ne faut pas oublier que les gens en difficultés peuvent se faire accompagner. Il ne faut pas rester seul", enjoint-il pointant le malaise "grandissant" qu’entraîne la crise. "Il va falloir continuer à faire pression sur les politiques, sur les entreprises qui ne doivent pas continuer sur cette voie. Les coops ne tirent plus les prix vers le haut". Sinon ? "La mobilisation va reprendre", prévient cet homme que les responsabilités, "ont fait grandir et développer une autre vision des choses, une autre compréhension . C’est aussi de l’information dont j’essaie d’être le relais et surtout de faire remonter les attentes du terrain. Mon rôle, c’est ça, courroie de transmission".

Claire Le Clève

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