Terra 21 février 2019 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Cidres fermiers Nicol, frappés d’excellence !

Sur la presqu’île de Rhuys (56), la cidrerie artisanale Nicol de Surzur a son verger, son musée. Elle cultive le bon, le transforme en or, pétillant tous les ans au concours général agricole, et en prix d’excellence pour son Saint-Armel : 2017, 2018, 2019... Rarissime ! De quoi porter haut la défense du cidre fermier qui surnage à grand peine, plombé par un décret désuet, noyé sous des flots industriels.

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Pour la 3e année consécutive, Chantal et Didier Nicol viennent d’obtenir le prix d’excellence pour leur cidre fermier St-Armel. Ce prix récompense le meilleur résultat de sa catégorie durant trois années consécutives à Paris. Le cidre Saint-
Armel est hors norme puisqu'il cumule cinq médailles d'or au concours général agricole depuis 2013...Et désormais trois prix d'excellence.
Pour la 3e année consécutive, Chantal et Didier Nicol viennent d’obtenir le prix d’excellence pour leur cidre fermier St-Armel. Ce prix récompense le meilleur résultat de sa catégorie durant trois années consécutives à Paris. Le cidre Saint- Armel est hors norme puisqu'il cumule cinq médailles d'or au concours général agricole depuis 2013...Et désormais trois prix d'excellence. - © Terra

"Pomme de moi, Peau de chien, Douce coët lignée, Douce moên, Matelin"… Elles sont jolies, racées, les pommes de ce pays de Rhuys avec lesquelles ils concoctent leurs cidres, pur jus, authentiques. "Elles sont rustiques, acclimatées depuis bien longtemps au terroir", sans traitement, apprécie Didier Nicol, agriculteur qui travaille son verger de 12 ha, en récolte les fruits et les transforme en un cidre fermier qui porte le nom de Saint-Armel.

 

L'excellence

C’est un cidre poly-primé à Paris, arborant sur son étiquette l’or de ses 5 médailles successives glanées au concours général agricole depuis 2013. Ce palmarès d'exception vaut à ce cidre exceptionnel de recevoir pour la troisième fois, la feuille de chêne de l’excellence. "C’est LE Graal. Un prix qui atteste de la maîtrise des savoir-faire d’une entreprise ou d’un producteur et garantit une grande régularité dans l’excellence de la production. Il faut avoir obtenu le meilleur résultat dans sa catégorie lors des trois dernières éditions du concours", commente Benoît Tarche, commissaire général du CGA. Ils ne sont que 39 en France à  recevoir ce prix d'excellence en 2019, un privilège que les Nicol de Surzur partagent avec 2 autres bretons, la cidrerie de Brocéliande (Gael 35) pour ses cidres et la Distillerie des Menhirs (Plomelin 29) pour ses pommeaux de Bretagne. Ces récompenses sont un repère pour de nombreux acheteurs ou consommateurs quand pour les producteurs elles sont une très belle reconnaissance. "C’est une fierté. À Paris, nous avons pu goûter les produits de nos collègues médaillés. On a consommé l’excellence ! Alors, on se rend compte qu’on n’est pas si mal", note simplement Chantal, à la tête, depuis 2008, de la maison du
cidre du Hézo, à la fois musée et ma-gasin, où les visiteurs de la presqu’île du Rhuys peuvent découvrir la production de la cidrerie, et repartir avec.

 

800 000 bouteilles à l'année

À la cidrerie Nicol, que les trois frères Didier, Jean-Michel, Pascal, ont développée, faire du cidre est une affaire ancienne. "Mon grand oncle l’avait déjà créée. Nos parents ont poursuivi en même temps que la production laitière que j’ai fini par arrêter", raconte Didier. Dès son installation en 89, il développe la production de cidre, la distribution et l’activité commerciale avec le renfort de ses frères qui le rejoignent en 1993, puis 1998. Certains de leurs enfants leur emboitent le pas. "Nous avons développé un réseau de proximité, en vente directe et crêperies". Au cidre fermier du verger de Saint-Armel qui a reçu le prix d’excellence au concours général agricole se greffe l’élaboration de jus et cidres artisanaux ou fermiers (lire encadré) réalisés aussi des pommes fournies par "des petits apporteurs avec qui nous avons contractualisé sur des variétés et un itinéraire technique". S'y ajoutent les fruits de tous ceux qui apportent les pommes venants de leurs deux ou trois pommiers. Cette multitude d'approvisionnement est essentielle pour pallier le fait qu’un pommier donne une année sur deux. 800 000 bouteilles sont produites à Surzur à l’année, "dont 100 000 de fermier", avec huit équivalents temps plein, dont une jeune maître de chais "qui fait beaucoup pour l’équilibre et la typicité de nos cidres" et parfaire l’excellence.

 

Pot de fer contre pot de terre

Car ce savoir-faire est menacé par le flots des cidres "issus de jus concentrés, de détrempes et rajouts d’eau, plutôt que du pur jus de pommes fraîches", fustigent les Nicol, outrés des pratiques que s’autorisent les géants du cidre, industriels ou coopératives qui "rachètent à tour de bras de petits artisans pour profiter de leur mention artisanale. Une coop n’est pas un artisan !". Le tout sous couvert d'une législation "vieillotte et laxiste", dont ils espèrent la révision "pour préserver ce savoir-faire, cette typicité. Si on ne le fait pas aujourd’hui, ce sera peut-être fichu demain. On a déjà perdu le camembert au lait cru !", déplore, vigilant Didier Nicol, 55 ans, fixé vers le futur. C'est un nouveau combat qu'entendent mener ces défenseurs de la qualité, aguerris par le long chemin qu’ils ont mené, avec une poignée de collègues, pour la reconnaissance du Label Rouge du Cidre Guillevic (un cidre monocépage issu de pommes Guillevic). Un des premiers signes de qualité dont s’enorgueillit la Bretagne. Cette quête de qualité, Didier Nicol la prolonge en s’attelant, avec le syndicat des cidriers indépendants de France (CIF) dont il est vice-président, à la réécriture du décret cidre : variétés anciennes, cueillette et pressage main, assemblage, fermentation lente, clarification naturelle..."Nous militons pour la transparence de l’étiquette, mentionnant le pur jus, l’effervescence naturelle. Mais il faut aller au-delà", plaide-t-il ralliant à l’objectif de transparence du contenu et du procédé, vignerons et brasseurs indépendants. De quoi faire contre-poids dans ce combat du pot de terre contre le pot de fer.

 

 

 

 

Combien ça coûte ?

Aller à Paris, "c’est un investissement et ça demande plein d’énergie, c’est 12 jours ; avec l’installation mais c’est un carrefour d’échanges", ne cache pas Chantal Nicol, notant le chèque de 5 000 euros pour louer un stand 9 m2 "sans avoir la garantie d’être bien placés". Depuis 8 ans, chez les Nicol, trois membres de la famille sont là en permanence durant tout le salon et "quatre le week-end, sans salarié, vu les amplitudes horaires". Un séjour durant lequel il faut se nourrir et se loger. Et pas question de vendre des cartons de bouteilles : "il n’ y a pas la logistique pour cela, nous vendons notre cidre au verre. On cherche juste l’équilibre. Pour nous, producteurs, c’est un moyen de se faire connaître, une belle publicité. Le problème, c’est le nombre important de revendeurs".

 

 

Recyclées

À la cidrerie Nicol, vous êtes invités à rapporter vos bouteilles vides. "Les recycler nous coûte 10 cents d’euros/bouteille qui est lavée à 85 °C. Une neuve s’achète 30 cents et il faut porter le verre à près de 1 200 ° pour faire le flacon. C’est plus économique et plus écologique de recycler". Ils sont plusieurs en Bretagne, artisans du cidre et de la bière à l’avoir compris et le pratiquer.

 

 

Fermier ou artisanal ?

Pour être dit fermier, le cidre pur jus doit être issu des pommes du verger de l’exploitation où elles sont transformées.

Côté cidre artisanal, pur jus également, les pommes sont achetées et transformées par un cidrier qui a le statut d’artisan.

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