Terra 05 juin 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Compétitif, l'élevage de porcs français ?

C'est la question qu'a posé le groupement Prestor lors de son assemblée générale, le 29 mai dernier, à Quimper (29). Et la réponse n'est pas si simple...

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De gauche à droite : Yves Audo, président de JPA, Josselin porc abattage, Guillaume Roué, président de Prestor, Bertrand Le Coq, animateur du débat, Antonio Tavares, président du groupe de travail viande porcine du Copa Cogeca, et Philippe de Guénin, directeur régional de l'agriculture et de la forêt de Bretagne.
De gauche à droite : Yves Audo, président de JPA, Josselin porc abattage, Guillaume Roué, président de Prestor, Bertrand Le Coq, animateur du débat, Antonio Tavares, président du groupe de travail viande porcine du Copa Cogeca, et Philippe de Guénin, directeur régional de l'agriculture et de la forêt de Bretagne. - © Terra

"Les assouplissements administratifs obtenus en 2014 ont débouché sur un investissement de 11 millions d'euros en bâtiments neufs chez nos adhérents. Et les dossiers déposés portent sur 1 200 truies supplémentaires". Si Prestor s'est voulue résolument optimiste, vendredi dernier, lors de son assemblée générale, en mettant en avant les projets de ses éleveurs, elle n'a pu s'empêcher d'évoquer une conjoncture catastrophique. "10 % des éleveurs bretons sont aujourd'hui dans le rouge vif et 30 % en difficulté, analyse Guillaume Roué, le président du groupement de producteurs. Si la situation se prolonge encore un an, on en sera à 50 %".

Le coup de pouce du biogaz...

Mais, si la conjoncture entraîne un recul de la production chez nous, - 1,6 % sur la zone Uniporc, - 2 % en Bretagne, d'autres pays continuent à foncer. Pour tenter de mieux comprendre la situation, Prestor a invité Antonio Tavares, le président du groupe de travail viande porcine du Copa Cogeca, le lobby qui regroupe 26 millions d'agriculteurs et 38 000 coopératives au niveau européen. Et c'est dans un français parfait, à peine teinté d'un léger accent, que l'éleveur portugais livre son verdict. "Je ne suis pas très confiant quant à l'avenir de la production porcine française".

Son analyse ? "Depuis dix ans, la structure européenne de production a beaucoup changé". Et de citer l'Allemagne, qui a fortement développé son cheptel ces dernières années. "La production de biogaz et la revente de l'électricité procurent un revenu supplémentaire aux éleveurs, qui sont devenus très compétitifs". Mais aussi l'Espagne, "qui va bientôt dépasser l'Allemagne en termes de production".

... ou des subventions

Et Antonio Tavares de détailler le système espagnol. "La production y est détenue par de grands groupes, qui se sont désintéressés de l'engraissement pour se concentrer sur le naissage, ce qui leur a permis de faire passer leurs élevages de 1 000 à 2 000 truies, dans les mêmes bâtiments". Pendant ce temps, ils ont signé des contrats avec des agriculteurs de zones défavorisées. "Et l'Union européenne leur a octroyé 50 % de subventions pour construire des engraissements. 60 % s'ils avaient un jeune à installer". Dans de telles conditions, le retour sur investissement est d'à peine cinq ans et les banques prêtent sans aucun souci. Cette séparation du naissage et de l'engraissement, que pratique aussi le Danemark, Antonio Tavares y croit. "C'est un modèle plus efficace, plus rentable".

Mangez francais

Au-delà du modèle de production, Philippe de Guénin, le nouveau directeur régional de l'agriculture et de la forêt, plaide pour d'autres relations au sein de la filière. "Plus que de contractualisation, il faudrait un partenariat entre les différents maillons".

Un avis que n'est pas loin de partager Yves Audo, vice-président d'Agromousquetaires, qui regroupe les 64 unités de production de l'agroalimentaire d'Intermarché, et président de JPA, Josselin porc abattage. "Le cadran ne suffit pas pour fixer le prix, il y a trop de variations".

Désormais présent dans toute la filière, de l'abattage au consommateur, Intermarché s'apprête à investir 20 millions d'euros à Josselin. "Aujourd'hui, nous ne travaillons que de la viande de porc française". Pour mieux valoriser le produit, la chaîne va relancer la marque Louis d'Armel. Mais, pour faire remonter les prix, "il faudra mettre tout le monde sur la même longueur d'ondes". Pas gagné, personne ne voulant faire le premier pas ! "A la production, il manque 20 ct/kg, ce qui représente seulement 6,20 euros par an et par consommateur, calcule Guillaume Roué. Il faudra trouver une solution partagée".

Halte aux distorsions de concurrence

Mis à mal par de longues années de crise, les éleveurs dénoncent les distorsions de concurrence au sein de l'Union européenne. "Elles nous amèneront à un fiasco", prédit le président de Prestor. Et plaident, comme Michel Adam, "pour une diminution des contraintes environnementales, puisque les résultats de qualité de l'eau s'améliorent". "On a supprimé les ZES, répond Philippe de Guénin. Sur les bassins versants en contentieux, on va passer à l'azote total et diminuer la pression des contrôles". Mais, pour le Draaf, la principale distorsion de concurrence est ailleurs. "L'acceptabilité sociale et environnementale est plus forte dans certains pays".

Prestor en chiffres

550 adhérents, dont 370 naisseurs engraisseurs et 7 naissages collectifs,

3e groupement français,

82 000 truies,

1,8 million de porcs charcutiers, vendus à 47 % à JPA.

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