Terra 17 avril 2014 à 08h00 | Par Paul Jégat

Compétitivité : les coopératives attendent des décisions

Comment la France, 2e exportateur agroalimentaire mondial il y a dix ans est-elle passée aujourd'hui à la 5e place... derrière l'Allemagne et les Pays-Bas ? La question très énervante a constitué le fil rouge de l'intervention de Philippe Mangin à Rennes vendredi dernier lors de l'assemblée générale de Coop de France Ouest. Pour le président de Coop de France, il y a urgence à retrouver la compétitivité perdue, un message porté haut et fort et renouvelé quelques jours plus tard lors d'une entrevue avec le nouveau premier ministre Manuel Valls, lors d'un rendez-vous à Matignon.

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Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest  et Philippe Mangin, président de Coop de France.
Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest et Philippe Mangin, président de Coop de France. - © Terra

Des directeurs et présidents de coopératives toute ouïe devant le spécialiste français des escroqueries aux virements bancaires internationaux, c'était vendredi dernier à Rennes, lors de l'assemblée générale de Coop de France Ouest, la fédération des coopératives du grand Ouest. Les coopératives n'échappent donc pas aux filouteries de toutes sortes et surtout les plus inattendues qui peuvent, par le seul usage d'un faux cachet, d'une fausse signature, délester une entreprise de plusieurs milliers d'euros. L'expert de la gendarmerie nationale Stéphane Mortier est d'abord venu mettre en garde, confirmer l'importance du fléau et prévenir les coopérateurs de l'extrême fragilité de leurs entreprises face à des escroqueries toujours plus indétectables. Message entendu cinq sur cinq. Sans renier la dimension stratégique de la sécurité économique des entreprises, le président de Coop de France Philippe Mangin, autre invité des coop du Grand Ouest est venu, lui, regonfler le moral des troupes dans un contexte économique qui hésite à trouver des signes d'optimisme. D'abord un constat, la population mondiale augmentant, les besoins alimentaires croissent eux-aussi. La Terre comptera plus de 11 milliards de personnes en 2050 dont au moins 1,4 milliard sortiront du seuil de pauvreté et modifieront leurs habitudes alimentaires. La tendance s'affirme déjà, puisque de 2006 à 2011, les exportations alimentaires mondiales ont augmenté de 12,5%. Or, dans la même période, la France est passée de la 2e à la 5e place mondiale dans le palmarès des pays exportateurs agroalimentaires, et encore doit-elle cette place au dynamisme des secteurs viticoles, céréaliers et laitiers. "Mais l'agroalimentaire s'érode d'année en année", insistait Philippe Mangin, la faute au fait qu'en France - et pas ailleurs - "le principe du produire mieux a été érigé en produire moins... Dès qu'on évoque la notion de progrès en agriculture et en alimentaire, on soulève les peurs".

 

"En porc, on est près de la catastrophe"

Et le président de Coop de France de se féliciter que le Président de la république ait très récemment cité "le produire plus et le produire mieux" comme étant des objectifs du nouveau gouvernement. Un petit satisfecit à comparer au long inventaire des attentes du secteur coopératif, à commencer par les incompréhensions sur le plan de lutte contre l'antibiorésistance par exemple qui privera les coop de toute commercialisation de ces médicaments. Incompréhension aussi sur la décision de confier aux seuls GDS le suivi sanitaire en élevage, "c'est inacceptable notamment pour le porc et la volaille",  a martelé Philippe Mangin.  Impatience aussi à voir la nouvelle loi de modernisation économique rééquilibrer le rapport de force avec la grande distribution : "la grande distribution détruit de la valeur à tous les niveaux, ça aussi c'est franco-français, nulle part ailleurs il n'existe de telles tensions entre la transformation et la distribution". Incompréhension et inquiétude aussi devant le fait que la nouvelle loi ne permettra toujours pas d'envisager des hausses de prix dans les contrats avec la grande distribution en cas d'envolée des cours. Philippe Mangin juxtapose ce constat à la situation très fragile des filières industrielles, en porc "où on est près de la catastrophe" et volaille où "on est interpellé par le devenir de l'actionnariat". "Il faut remettre en route une dynamique d'investissement", a insisté le président de Coop de France.

 

Rendez-vous ‡ Matignon

Et le ton est devenu alarmiste à l'évocation de la question de la compétitivité du travail, "en France un salarié coûte presque le double de ce qu'il rapporte, c'est crucial et dramatique pour les entreprises de main d'oeuvre". En ligne de mire, le crédit d'impôt compétitivité emploi" mis en œuvre par le gouvernement mais dont les coopératives restent privées. "Il ne nous avait pas échappé qu'il était difficile de bénéficier d'un crédit d'impôt quand on n'est pas exigible à l'impôt", reconnaissait Philippe Mangin en insistant pourtant sur l'urgence à trouver des solutions pour le secteur coopératif, en plaidant le fait qu'en France - et seulement en France - les coopératives soient soumises à l'obligation de faire 80 % de leur activité avec leurs membres. Le gouvernement serait réceptif... Mais pas Bruxelles. "Pour ne pas perdre de temps, nous avons demandé à rentrer dans les mesures d'allègement de charges du pacte de responsabilité", concluait non sans inquiétude le président de Coop de France, à quelques jours d'une entrevue avec Manuel Valls sur ce même sujet.

Ecotaxe : "pas d'arrangement possible"

"Dès avril 2013, nous avions dit que les modalités de l'écotaxe étaient inapplicables" a rappelé Philippe Mangin, "merci les bretons qui avez fait que cette écotaxe ne soit pas appliquée". Pour le président de Coop de France "Il faut revoir la copie de fond en comble", une affirmation presqu'aussitôt rectifiée dans l'assistance par un président de coop bretonne : "Il n'y a pas d'arrangement possible".

 

"Rentiers de la peur"

"La baisse des productions est une réalité, elle est le fruit de choix nationaux collectifs à l'oeuvre depuis près de 20 ans qui considèrent que la décroissance est la seule voie vertueuse pour maîtriser les impacts environnementaux de la production, mais aussi de la consommation. Ce choix a été aggravé par l'hystérie entretenue par les rentiers de la peur que sont certaines ONG" a fustigé Jean-Marie Gabillaud, le président de Coop de France Ouest dans son rapport d'orientation teinté d'impatience à voir se concrétiser les promesses de Cice ou de simplification.

 

Coop et commerce Èquitable

"La coopération a donné des chances aux agriculteurs, il faut expliquer cela aux français" a lancé Philippe Mangin avant de prédire "Un jour viendra où le consommateur préferera un produit coop". Sans entrer dans le détail, le président de Coop de France a évoqué la perspective prochaine de création de magasins coopératifs, comme une réponse à de grandes enseignes de la grande distribution promptes à se présenter comme coop. "Nous on est vraiment des coop", et d'ajouter : "On est dans une forme de commerce équitable, il faut le dire".

 

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