Terra 09 janvier 2019 à 14h00 | Par Texte rédigé par les équipes Confédération paysanne Bretagne

Confédération paysanne : "Pour une agriculture bretonne moderne et solidaire"

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Isabelle Allain, Côtes d'Armor. © Terra Benoît Collorec, Finistère. © Terra Charlotte Kerglonou Mellier, Ille-et-Vilaine. © Terra Euriell Coatrieux, Morbihan. © Terra

D'ici le 31 janvier les agricultrices-teurs, voteront pour les élections aux chambres d'agriculture. Qu'avez-vous envie de leur dire ? Quels sont les éléments clef de ce vote ?

Le vote aux élections professionnelles permet de désigner nos représentants à la chambre d'agriculture, interlocuteur de l'administration et de siéger dans les commissions départementales et régionales de l'agriculture (CDOA, Agrément Gaec, Modernisation des exploitations...), dans les instances professionnelles (interprofessions, Vivéa,...), à la Safer, ...

Plus notre score sera élevé, plus nous aurons les moyens de peser sur la définition et l'orientation des politiques publiques agricoles aussi bien au niveau régional que national ou européen. Ces élections ont donc une influence directe sur notre métier.

En votant Confédération paysanne, vous faites le choix du revenu, de la qualité de vie, de paysans nombreux, de fermes à taille humaine, de territoires dynamiques, d'une agriculture dont la vocation première est l'alimentation, ... sans laisser le marché international dicter les prix et les pratiques sur les fermes ; vous vous opposez au système en place qui élimine toujours plus de paysans.

À travers votre vote, vous ne restez pas seul sur votre ferme et participez à une expression collective et forte du monde agricole.

 

Depuis quelques mois les débats sur la future PAC inquiètent les agriculteurs-trices français et européens. Quelles priorités défendez-vous dans ce cadre ?

La PAC influence considérablement l'évolution de l'agriculture. Au fil des réformes, la logique libérale a pris le dessus. Les agriculteurs européens sont maltraités. En basant ces aides sur les hectares, la PAC a favorisé jusqu'à présent : agrandissement des fermes, concentration des moyens de production, augmentation de la charge de travail, endettement à l'investissement, utilisation massive et onéreuse d'intrants chimiques, ...

Pour une Politique agricole et alimentaire commune, plus juste et acceptable, nous proposons :

- d'instaurer de nouveaux instruments de régulation dynamique des marchés et des productions, et d'harmoniser les règles, fiscales, sociales et environnementales, pour retrouver des prix stables, et que les paysans européens ne soient plus mis en concurrence.

- de maintenir et réorienter le budget de la PAC avec l'objectif de fournir une alimentation de qualité à tous les citoyens tout en rémunérant ses producteurs et en valorisant l'ensemble des territoires.

- de répartir les aides en fonction de l'emploi et donc des actifs pour en finir avec la concentration des primes sur les exploitations les plus grosses et soutenir les plus petites par une aide minimum forfaitaire de 5 000 EUR par actif paysan. Le paiement redistributif sur les 52 premiers hectares (concernant en Bretagne 90 % des fermes) doit être porté à 150 EUR comme le règlement européen le permet au lieu des 48 EUR décidés par le gouvernement sous pression de la FNSEA.

- d'accompagner l'agriculture vers la transition agro-écologique (sortie des pesticides, économies d'énergie, lutte contre les émissions de gaz à effet de serre) avec les mesures agro-environnementales et climatiques. Le soutien à l'agriculture biologique (aide à la conversion et au maintien) est aussi un levier important.

- de simplifier la PAC, la rendre plus accessible par les paysans, qui ne devraient pas avoir à choisir entre déléguer la déclaration ou redouter les contrôles ; Les pouvoirs publics doivent respecter leur part du contrat à commencer par le calendrier de paiement.

 

La question du revenu était au coeur des États généraux de l'alimentation. Quels outils faudrait il mettre en oeuvre pour améliorer le revenu ? la loi sur l'alimentation est elle l'outil pour y parvenir ?

Avant même leur tenue, la Confédération paysanne réclamait une loi pour améliorer le revenu des paysan.ne.s. Malheureusement, la loi Egalim et les ordonnances qui s'en suivent déçoivent. L'Etat se dérobe à jouer son rôle d'arbitre vis-à-vis du commerce inéquitable pratiqué à l'encontre des paysans.

Si nous défendons le relèvement du seuil de revente à perte, nous revendiquons aussi une ordonnance sur les prix abusivement bas qui se dote d'indicateurs reconnus et de moyens coercitifs afin que les prix agricoles couvrent les coûts de production et la rémunération du travail. La loi doit aussi contraindre tout le monde à se mettre autour de la table pour avancer sur la répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière. Le fait que la grande distribution refuse de siéger dans un certain nombre d'interprofessions est symptomatique de sa désinvolture voire de son mépris pour les maillons production et transformation.

Le monde agricole doit aussi s'organiser pour peser face à l'industrie agro-alimentaire. La structuration en organisations de producteurs transversales est la seule voie possible pour rééquilibrer le rapport de force dans les filières.

Le revenu des paysans se construit aussi sur le marché européen et international : une autre PAC est nécessaire, et les traités de libre-échange ne doivent pas brader notre agriculture. L'export oui, mais pas à n'importe quel prix ni sans création de valeur ajoutée au bénéfice des paysans. Il y aura toujours quelqu'un pour produire moins cher, vouloir concurrencer les moins-disants, c'est accepter d'être payés comme eux !

 

Les agriculteurs-trices sont souvent montrés du doigt sur les questions environnementales, notamment. L'agri-bashing est à la mode, viennent s'y ajouter les attaques des anti-viande. L'élevage est-il en danger ?

Oui, l'élevage est en danger.

Le fossé qui se creuse entre nous et nos concitoyens (urbains surtout) amène à une incompréhension réciproque, une image dévalorisée de notre métier voire à un sentiment de persécution. Pour autant, le développement de l'élevage industriel, les excès de quelques-uns, certaines pratiques des industries agroalimentaires ont aussi favorisé une perception négative des consommateurs sur les problématiques d'environnement, de bien-être animal notamment.

L'élevage paysan permet de répondre à l'agri-bashing. Une grande majorité travaille bien, il faut être transparent, montrer nos élevages, comment nous travaillons, expliquer nos contraintes économiques, nos réalités techniques, ... et accepter d'intégrer dans nos pratiques les attentes de la société, dont une inévitable baisse de la consommation de viande en France, en Europe. En contrepartie du "produire moins mais mieux" avec plus de paysans, les pouvoirs publics doivent protéger les éleveurs contre une concurrence déloyale (contrats de libre-échange, distorsions de réglementations) et les consommateurs accepter de rémunérer à leur juste valeur le fruit de notre travail.

Les mouvements anti-spécistes/vegan réclament l'abolition de l'élevage. Nous sommes en profond désaccord avec cette vision qui nie la réalité du cycle du vivant "sol-culture-animal", et condamnons les méthodes totalitaires utilisées par certaines associations pour discréditer l'ensemble des éleveurs et manipuler les consommateurs.

 

Quelles actions clef mettrez vous prioritairement en oeuvre à l'échelle de votre chambre d'agriculture si vous êtes élus ?

Nos trois axes prioritaires seront, le renouvellement des générations au travers de l'installation-transmission, l'accompagnement des fermes au contexte économique et climatique, la transition agroécologique. Qui se traduiront par :

- une recherche appliquée dans les fermes expérimentales des chambres d'agriculture avec des moyens renforcés et concentrés sur les objectifs d'autonomie, d'équilibre sol-animal-main d'oeuvre, d'économies d'énergie et de stockage du carbone. Les investissements sur ces exploitations seront raisonnés en vue de dégager des résultats économiques exemplaires.

- un conseil agronomique et environnemental réorganisé pour diffuser les techniques innovantes en partenariat avec l'Inra, les instituts techniques, les Civam et les Gab

- la gratuité du conseil économique pour les jeunes en phase d'installation avec une vigilance forte sur les marges de progrès à taille constante, le recours raisonné aux investissements et une charge de travail supportable. L'adaptation des dispositifs d'accompagnement à l'installation pour les candidats non issus du monde agricole est aussi une priorité forte, leur part ne cessant de progresser et étant indispensable à l'immense et urgent défi démographique du monde paysan.

- l'adaptation de la formation professionnelle aux besoins exprimés par les agriculteurs, en lien avec les lycées agricoles et les centres de formation, pour répondre aux nouveaux défis.

La rigueur budgétaire sera aussi notre préoccupation : la régionalisation des chambres devait permettre de faire des économies or le budget actuel est déficitaire de 2,3 MEUR pour 2018.

 

Selon vous quel doit être le rôle prioritaire des chambres d'agriculture de Bretagne vis à vis des agriculteurs-trices ?

En dehors de son rôle consulaire, la chambre doit accompagner tous les agriculteurs dans l'amélioration de la performance économique, sociale et environnementale des fermes : en étant encore plus proche du terrain et à l'écoute des paysans et de leurs difficultés, surtout dans un contexte agricole difficile, avec des techniciens fournissant informations et conseils neutres et la diffusion d'un journal de vulgarisation propre. Le rôle principal d'une chambre d'agriculture est de représenter les intérêts des agriculteurs de Bretagne dans leur diversité, aussi la composition du collège exploitants doit être à la proportionnelle des résultats des élections.

 

Tout le monde parle du local. Comment mettre en oeuvre dans une chambre d'agriculture la prise en compte des besoins et des actions locales ?

Avec la convergence des chambres, les orientations et budgets se décident maintenant au niveau régional. Il est important que le maillage des antennes locales reste dense pour que les particularités de chaque territoire puissent être prises en compte et que les agricultures bénéficient d'un dispositif de proximité, d'autant plus face au sentiment d'abandon général du milieu rural par les services publics.

La création de comités territoriaux au niveau de chaque communauté de communes intégrant une représentation agricole, est une initiative intéressante, et à développer qui permet de rassembler tous les acteurs autour des problématiques d'un territoire : gestion du foncier, abattoir de proximité, regroupement de l'offre pour approvisionner la restauration collective...

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