Terra 07 mars 2019 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Continuer ou se reconvertir, "une session où il faut aller"

Après vingt-huit ans de carrière, les épaules d’Éric Le Breton, éleveur de poules pondeuses à Saint-Abraham, ont dit stop. C’était en 2014. Arrêter, oui, mais après ? Grâce à la session "continuer ou se reconvertir", organisée par la MSA et la chambre d’agriculture de Bretagne, il a découvert son nouveau métier, pour son plus grand bien, et celui de sa famille.

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Après 28 ans de carrière avicole, stoppées par un problème de santé, Éric Le Breton a trouvé sa nouvelle voie grâce à la session continuer ou se reconvertir.
Après 28 ans de carrière avicole, stoppées par un problème de santé, Éric Le Breton a trouvé sa nouvelle voie grâce à la session continuer ou se reconvertir. - © Terra

"Il ne faut pas avoir honte d’y aller à cette session. Ne pas attendre qu’il soit trop tard". Derrière lui, un portrait de ses trois grands enfants. "Oui, je crois que de ne pas pouvoir partir en vacances, ou si rarement, leur a manqué. C’était pas évident avec les animaux", regrette, discret, Éric Le Breton. Il l’a aimé son métier d’éleveur de poules pondeuses, exercé sur 45 hectares à Saint Abraham (56). Ses épaules, douloureuses à jamais, moins... "J’avais fait la mise aux normes des cages en 2012, un investissement important", se souvient-il. Les problèmes de santé sont arrivés en 2013. "Les épaules. Je n’arrivais plus à lever les bras, soulever quoi que ce soit. Je n’en pouvais plus", raconte cet homme aux ligaments détruits. Les médecins rennais le lui confirmeront en 2014 : il va falloir changer de travail. "Ce qui m’a fait peur, c’est quand on m’a dit que si je continuais, je ne pourrais plus conduire". Un matin de plus, ravagé par la douleur, "d’un coup, j’ai pris la décision de vendre. Ma femme qui travaille à l’extérieur, m’a encouragé. Ce que je voulais, c’était rembourser mon investissement et installer un jeune. Mais après ? Je n’en n’avais aucune idée. Je ne pouvais même pas travailler à l’usine !".


S'arrêter, réfléchir, envisager l'après

Les choses s’enchaîneront pourtant favorablement. Interpellé par une annonce, il entre en contact avec une conseillère de la chambre d’agriculture en charge du répertoire départ installation (RDI) qui le met en contact avec un jeune repreneur. Ils feront affaire. Éric a aussi été épaulé par travailleur social de la MSA, Jean-Marc Bourneuf : "Il a été formidable. J’avais été le voir avant la vente. On grogne sur les cotisations et tout, mais là, j’ai été particulièrement soutenu. Il a été là, m’a épaulé, conseillé de faire la session continuer ou se reconvertir parce que ça pouvait m’aider à m’orienter, disait-il". Alors d’accord. Les 2, 3 et 5 mars 2015, pris en charge, il se retrouve trois jours en continu, avant un quatrième ultérieurement, immergé avec d’autre collègues, là comme lui pour problèmes de santé ou financier et/ou d’extrême lassitude par rapport au métier. "On a mis une règle : ne pas se moquer, ne pas juger, respect et discrétion. Tout le monde a joué le jeu, s’est raconté. C’était émouvant, combien de fois avec les larmes aux yeux. Pour certains, je n’aurais pas voulu être à leur place. On relativise alors ses problèmes. Une fois qu’on a tout dit, c’est le soulagement. Pour moi c’était clair, je devais me reconvertir mais pour d’autres ça ne l’était pas. Ma question c’était qu’est-ce que je vais pouvoir faire !", résume Éric le Breton. Il trouvera durant la session sa réponse.

 

Un témoignage qui fait tilt

"Ce stage, il faut y aller, la parole est libre", constructive. "Rolland Josse, ancien aviculteur comme moi, est venu un soir témoigner de son parcours, assez identique au mien. Il est devenu surveillant de nuit dans un Adapei, un foyer d’hébergement pour adultes handicapés. À partir de ce témoignage, ça a fait tilt", raconte Éric Le Breton, libéré. "Il travaillait dans le social et il était heureux. Ça me correspondait bien". Alors fort des renseignements administratifs et sociaux qui lui sont présentés, il entame une démarche pour la reconnaissance de son handicap puis se tourne vers Pôle emploi. Après la session il reprend contact avec Rolland Josse qu’il rencontre et qui le met en contact avec le foyer où il travaille. Le directeur reçoit Eric. "J’y ai fait une EMT, évaluation en milieu de travail, qui s’est très bien passé, puis un stage, pareil. Le handicap ne m’est pas étranger. Je connais ce monde, je le considère avec une certaine affection", confie l’ancien éleveur.

Le 1er décembre 2015, la ferme est vendue et les terres louées au jeune repreneur, "avec l’envie qu’il réussisse". Éric Le Breton l’accompagne deux mois, puis sans temps mort, est appelé par le foyer pour un remplacement. "J’ai dit oui et depuis ça continue. J’entame mon troisième contrat… Je travaille 11 nuits par mois à 80 %". Une fin de carrière tout en douceur pour cet homme de 58 ans, rattrapant désormais avec son épouse, ce temps perdu des loisirs, inconnus auparavant. Ils y convient dès que possible leurs enfants "qui nous ont toujours donné une grande satisfaction". C’est dit, chez les Le Breton, la famille c’est du solide.

 

Info

Formation "continuer ou se reconvertir", pour faire le point sur sa situation, clarifier un nouveau projet et déterminer un plan d’action. Hébergement, frais de formation et de restauration pris en charge. Un service de remplacement peut aussi être financé. Prochaine session les 19, 20 et 21 mars au centre de Keravel à Erdeven (56) et le 26 avril à Vannes.

Contacts :

- MSA / service social : 02 99 01 80 20, ou secretariass.blf@portesdebretagne.msa.fr

- Chambre d’agriculture : Anne Jorre au 02 23 48 27 02, ou anne.jorre@bretagne.chambagri.fr

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