Terra 09 janvier 2019 à 14h00 | Par Texte rédigé par les équipes Coordination rurale de Bretagne

Coordination rurale : "Il est temps de rendre l'agriculture aux agriculteurs"

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Anne Renouard, Côtes d'Armor. © Terra Véronique Le Floc'h, Finistère. © Terra oseph Martin, Ille-et-Vilaine © Terra Noël Rozé, Morbihan. © Terra

D’ici le 31 janvier les agricultrices-teurs voteront pour les élections aux Chambres d’agriculture. Qu’avez-vous envie de leur dire ? Quels sont les éléments clefs de ce vote ?

L’agriculture bretonne est à un tournant crucial, car prise en étau entre : des prix de nos productions trop faibles pour envisager l’avenir sereinement, obligeant parfois à vivre dans une précarité inacceptable, et des revendications sociétales et environnementales souvent sans rapport avec la réalité de nos exploitations.

Il est temps de faire reconnaître la valeur de nos productions. La "montée en gamme" préconisée par beaucoup est déjà concrétisée dans nos exploitations, mais ignorée.

Il est temps, au sein de nos coopératives, de faire entendre notre exigence lors des assemblées générales, afin que l’intérêt des coopérateurs soit la priorité des conseils d’administration.

Il est temps de poser formellement les contradictions flagrantes entre des exigences sociétales, réglementaires, fiscales toujours plus importantes et une mondialisation sans règle.

Il est temps de contrer l’activisme médiatisé de certaines associations, qui pour certaines publient des cartes de nos exploitations, prétendument "fermes-usines", avec des informations erronées, qui pour d’autres militent pour la disparition de l’élevage et nient le bon-sens agricole.

Il est temps de revendiquer les efforts et surtout les résultats obtenus sur les bassins versants Algues vertes et plus largement sur tout le territoire breton. On ne peut plus accepter la succession sans fin de Directives Nitrates, des règles de conditionnalité des aides PAC chaque année plus complexes, alors que les résultats sont là !

Cette lutte doit commencer dans nos chambres d’agriculture, interfaces essentielles avec l’administration, les élus, la population, les coopératives de l’agroalimentaire et les consommateurs. Nous sommes là pour défendre les agriculteurs et une certaine idée de l’agriculture, loin de l’agrobusiness et des lobbies. Avec vous, il est temps de rendre l’agriculture aux agriculteurs.

 

Depuis quelques mois les débats sur la future PAC inquiètent les agricultrices et agriculteurs français et européens. Quelles priorités défendez-vous dans ce cadre ?

L’agriculture a un rôle multifonctionnel indéniable. Au-delà de sa vocation nourricière, elle dessine les paysages, conditionne l’environnement, occupe les territoires et crée des emplois. Nous affirmons que baser la stratégie agricole sur le "tout export" est une erreur, qui expose fortement les agriculteurs à la concurrence de pays produisant à très bas coûts.

À l'image de ce que nous avons fait pour protéger la culture, nous revendiquons l’instauration de l’exception agriculturelle européenne qui permettrait de déconnecter les prix agricoles des cours mondiaux et ainsi de protéger et sauvegarder nos agriculteurs.

Nous défendons donc une refonte complète de la PAC. Nous entendons stabiliser à un niveau rémunérateur le prix des produits agricoles en rétablissant des droits de douane communautaires et des outils de régulation de l’offre et la demande sur le marché intérieur. Dans cette perspective, nous sommes opposés aux aides couplées, qui, en plus d'être conditionnées, sont indirectement confisquées par les intervenants de la filière (amont comme aval) et donc inefficaces. Nous voulons donner un véritable pouvoir aux observatoires européens des productions et des marchés afin qu’ils pilotent l’ajustement des productions en fonction de l’évolution des conjonctures.

Nous demandons la révision du droit de la concurrence pour que les producteurs puissent se rassembler dans des organisations transversales ayant le pouvoir de négocier les prix avec l’aval.

Nous sommes fortement opposés à la nationalisation de la PAC, qui aggravera les distorsions de concurrence. Au contraire, nous souhaitons harmoniser les normes européennes en matières sociale, fiscale et environnementale, pour supprimer les concurrences déloyales.

La PAC doit absolument être simplifiée et devenir un outil de régulation et non plus de subvention, les prix devant se substituer aux aides.

 

La question du revenu était au cœur des États généraux de l’alimentation. Quels outils faudrait-il mettre en œuvre pour améliorer le revenu ? La loi sur l’alimentation est-elle l’outil pour y parvenir ?

Il faut avouer que le projet était ambitieux. Cependant, nous ne nous faisions pas beaucoup d’illusions quant à sa finalité : comment réussir à mettre d’accord, agriculteurs, industriels, ONG et consommateurs lorsque les intérêts sont divergents ? Et surtout, comment trouver des solutions françaises à un problème européen ?

En ayant toujours en tête que 50 % des agriculteurs ont des revenus inférieurs à 350 € par mois, nous avons œuvré durant ces EGA à remettre l’agriculteur au centre de la filière. Ils ont eu le mérite de mettre en lumière de réels problèmes, le plus important (dénoncé par la CR depuis des années) étant celui des agriculteurs tenus de vendre leurs produits en deçà de leurs coûts de production. Malheureusement, les EGA sont restés dans une logique nationale, et qui plus est, largement non contraignants pour les acheteurs, empêchant d’apporter des solutions efficaces face aux contraintes du marché unique européen et des accords commerciaux internationaux.

 

Les agriculteurs-trices sont souvent montrés du doigt sur les questions environnementales, notamment. L’agri-bashing est à la mode, viennent s’y ajouter les attaques des anti-viandes. L’élevage est-il en danger ?

Oui ! Et la première chose est de ne pas laisser un éleveur seul ! En cas de problème, il doit trouver immédiatement un interlocuteur spécialisé à la chambre d’agriculture qui va répondre à ses questions et l’accompagner.

Notre objectif est de défendre les agriculteurs, ainsi, nous développerons une communication plus combative face à des arguments sans fondements. Nous devons combattre la désinformation en privilégiant le dialogue avec les consommateurs qui permettra par la même occasion de recréer du lien. Face à l’agri-bashing, nous communiquerons sur l’excellence agricole.

 

Quelles actions clefs mettrez-vous prioritairement en œuvre à l’échelle de votre chambre d’agriculture si vous êtes élus ?

Nous commencerons par faire un audit complet (financier, organisationnel, accessibilité des services...) et un état des lieux des prestations afin d’en optimiser la gestion et ne conserver que les missions essentielles.

Il est temps d’avoir un service juridique pour TOUS et gratuit pour des questions de base.

De plus, nous mettrons en place une cellule de soutien aux agriculteurs, en réponse aux difficultés récurrentes. Par exemple, il n’est pas normal de se retrouver seul lors d’un contrôle, un accompagnement devant être systématiquement disponible.

Pour les agriculteurs en infraction avec la réglementation, plutôt que de les sanctionner financièrement ou pour éviter un passage au tribunal, nous mettrons en place des stages de rattrapage assurés par la chambre. C’est ce que nous faisons en Charente.

Nous mettrons tout en œuvre pour pallier le manque de main-d’œuvre. Nous travaillerons avec les associations, Pôle emploi, l’État, mais aussi avec ceux qui s’occupent de la mobilité et du logement.

Quant à l’installation, nous réduirons le coût des prestations, tout comme nous défendrons l'exonération fiscale des revenus fonciers lorsque les terres sont louées à un nouvel installé.

Trouver un repreneur, préparer une transmission, une chambre d’agriculture CR accompagnera tous les départs ! Nous travaillerons avec la MSA pour proposer un vrai accompagnement.

 

Selon vous, quel doit être le rôle prioritaire des chambres d’agriculture de Bretagne vis à vis des agriculteurs ?

Le rôle prioritaire des chambres est d’être au service des agriculteurs. Elles doivent redevenir un outil géré par des agriculteurs pour tous les agriculteurs, affranchi de la tutelle de l’État ou des intérêts particuliers d’un syndicat. Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout, en coordonnant des actions pour avoir gain de cause !

La chambre doit fournir aux agriculteurs les outils leur permettant d’être autonomes et indépendants dans leurs prises de décision. Elle doit donc promouvoir des formations qui répondent aux besoins concrets du terrain et non uniquement les plus lucratives. Dans la vision de la CR, une chambre d’agriculture doit être indépendante et transparente. Les techniciens doivent être sur le terrain, aux côtés des agriculteurs.

Les chambres doivent utiliser toute l’influence et tous les leviers dont elles disposent pour augmenter le revenu des agriculteurs : restauration collective, grande distribution locale, entreprise de transformation, prestataires de service aux agriculteurs.

 

Tout le monde parle du local. Comment mettre en œuvre dans une chambre d’agriculture la prise en compte des besoins et des actions locales ?

Le "local" est une notion subjective qui dépend de chaque consommateur. Pour certains, c’est la commune ou le bassin de vie. Pour d’autres, c’est la région, notamment si l’identité régionale est forte, comme en Bretagne. Pour d’autres, acheter local, c’est acheter français.

Ainsi, nous demandons pour tous les produits alimentaires un étiquetage intégral de l’origine afin que les consommateurs aient tous les éléments en main pour choisir le produit qui répond le plus à leurs attentes. La CR demande également la mise en place d’une plateforme numérique accessible aux consommateurs, permettant de connaître l’intégralité des informations liées aux produits qu’ils consomment (transformation, ingrédients ...).

La chambre doit absolument être en contact avec tous les principaux canaux de distribution, de restauration, de transformation afin de s’assurer que, quand c’est possible, des produits de proximité soient utilisés !

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