Terra 17 septembre 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

Crise de l'élevage : dans le concret des mesures

Côté FRSEA et JA Bretagne, le discours est plutôt à l'apaisement après les mobilisations prolongées des éleveurs depuis le mois de mai. Le temps est venu pour les responsables professionnels de décortiquer les mesures annoncées, en soulignant leur caractère positif mais aussi leurs limites.

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Fonds d’allègement des charges (FAC)

la FRSEA Bretagne rappelle que certains dossiers datant de fin 2014 ne sont toujours pas finalisés et que les exploitants attendent toujours leurs aides. Ils demandent la simplification des procédures administratives et la réduction des délais de versement.

 

 

Report total des annuités de 2015

Cette "mesure proposée aux éleveurs est intéressante pour soulager certains exploitants". La profession demande qu'elle soit accordée à tous ceux qui en feront la demande, sans frais pour les agriculteurs. Elle demande une rétroactivité de ces mesures pour les exploitants qui auraient déjà négocié des reports ou ré-étalements.

 

 

L’adaptation de la fiscalité agricole

"Ce chantier ne peut pas attendre, des mesures doivent être adoptées dès la prochaine loi de finances". Les agriculteurs doivent notamment pouvoir épargner de la trésorerie et la réintégrer les années les plus difficiles.

 

Pause normative

Décrétée par le Premier ministre, elle est analysée comme un point essentiel des annonces.Les responsables professionnels demandent "la non-adoption en novembre du projet de Sdage Loire-Bretagne", qui contient de nombreuses mesures allant au-delà du droit communautaire, et la "suppression des mesures collectives prévues dans le projet de texte sur les zones de surveillance de l’azote".

 

 

Soutien renforcé à l’investissement

C'est une mesure essentielle, mais l'investissement n'est possible qu'à condition de dégager du revenu, ce qui n'est pas le cas de toutes les exploitations. De plus, le montant des aides paraît très insuffisant compte tenu du retard considérable pris dans toutes les filières par rapport aux autres pays producteurs.

Du côté europeen

Les FDSEA et JA bretons ont aussi analysé les réponses de Bruxelles. C'est probablement de ce côté que les attentes étaient les plus fortes, et où la position très ferme de non intervention de la Commission est la plus critiquée. Sur l’embargo russe, aucune mesure de marché permettant de faire remonter les prix n’a été adoptée. Aucune modification des prix d'intervention n'a été décidée, aucune décision concernant un étiquetage obligatoire n'a été prise. Les deux syndicats notent que le travail d’harmonisation européenne est primordial pour supprimer les distorsions sociales, fiscales et normatives. Pour autant aucune décision aucun calendrier n'est avancé sur une quelconque évolution.

Le conseil de l'Union européenne du 15 septembre devrait apporter quelques réponses sur la répartition par État et par production des 500 millions d'euros annoncés, même si la production laitière semblait la plus ciblée par la Commission, dans la mesure où elle avait déjà apporté les 4/5e des financements au travers de la taxe laitière.

Pour la FRSEA et les JA, les élus français et bretons portent une grande responsabilité de la perte de compétitivité de l'agriculture française. Dans un communiqué en date du 10 septembre, les deux syndicats invitent donc les élus "à aller à Paris et à Bruxelles se battre pour l’agriculture".

- © Terra

Patrick Strzoda  : discours de fermetÈ

 

Pour le préfet de Bretagne Patrick Strzoda qui tenait une conférence de presse la semaine dernière, la période d'été et la rentrée ont été d'une "intensité exceptionnelle" et source "d'énormément de tension". Il souligne que beaucoup de fonctionnaires ont été rappelés pour répondre à la mise en place des mesures d'aides décidées par le gouvernement. Il s'inscrit donc en faux face aux accusations de non mobilisation de l'État. D'autre part, il adopte un discours très ferme vis-à-vis des dégradations commises. "L'État ne laisse pas faire", il a mis les moyens pour identifier les auteurs des dégradations qui seront poursuivis.

 

Le point sur les mesures gouvernementales

Patrick Strzoda souligne : "nous sommes tous les jours en contact avec la profession et les représentants des filières, pour mettre en œuvre un plan de soutien qui permette d'une part d'agir sur les prix des produits, d'autre part de soutenir la trésorerie des éleveurs". "Le gouvernement a fait preuve de volontarisme politique" pour obtenir des engagements des acteurs des filières sur une évolution positive des prix. Le préfet souligne que le prix de 1,24 € en juin pour le porc est remonté à 1,35 €/kg, que le prix de la viande bovine a aussi été orienté à la hausse, même s'il reconnaît que la progression est plus difficile pour le lait. Pour le préfet, "l'effort de redressement des prix se poursuit".

Sur les aides à la trésorerie, 137 dossiers d'allègement des charges sous forme de prise en charge d'intérêts ont été mis en paiement. La prise en charge des intérêts lors d'un report peut représenter un maximum de 8 000 € par exploitation, l'enveloppe pour la Bretagne sera de 6,8 millions d'euros. Cela signifie que seuls 850 dossiers pourront être acceptés sur les 1 472 déjà déposés. Une enveloppe complémentaire a été annoncée par le Premier ministre. Son doublement pourra peut être permettre de traiter l'ensemble des demandes.

Sur la prise en charge des cotisations sociales, la Bretagne devrait bénéficier de 5,8 millions d'euros soit un tiers de l'enveloppe nationale. Près de la moitié de cette enveloppe est déjà répartie auprès de 600 éleveurs. Une enveloppe complémentaire a là encore été annoncée.

D'autre part, 64 éleveurs ont déposé des demandes de report au niveau de l'administration fiscale.

 

471 dégradations qui ne resteront pas impunies

L'autre facette du discours du préfet est moins plaisante. Il rappelle que l'ensemble des services de police de gendarmerie ont relevé 471 faits de dégradations, de destruction, ou d'atteinte à des biens publics ou privés depuis le début des manifestations.

214 dépôts de plainte ont été enregistrés au début du mois de septembre. Il souligne le fait qu'au delà du préjudice direct des destructions, les plaignants demandent d'être remboursés des préjudices indirects de perte de chiffre d'affaires, ce qui rend difficile le chiffrage aujourd'hui des indemnités demandées. Mais on peut estimer que le chiffrage dépassera probablement plusieurs millions d'euros, la seule Diro - la direction des routes de l'Ouest - ayant chiffré son préjudice à 900 000 €.

Le préfet souligne que certains plaignants se retournent contre l'État pour demander à ce dernier de les indemniser des pertes subies, pour ne pas avoir fait respecter la libre circulation, ou assuré la protection des biens. C'est probablement ce qui explique l'évolution du discours de l'État accusé de laisser faire.

Pour le préfet le message est très clair, les atteintes aux biens et aux personnes privés ou publics ne resteront pas impunies. "Il est faux de dire que l'État ne fait rien". Pour preuve, souligne-t-il, "122 personnes ont été identifiées au moment des actes", et 106 ont déjà été entendues, 5 avaient d'ailleurs été interpellées en flagrant délit.

Bref, l'État est à la manœuvre, il répond aux attentes des éleveurs en mettant en place un plan d'action, il est donc plus que temps de mettre un terme aux manifestations ou actions non contrôlées. Le Space dira s'il a été entendu.

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