Terra 19 octobre 2018 à 18h00 | Par Chantal Pape

Déphy légumes réduit les phytos sans toucher au rendement

Mardi dernier, le Cerafel et la chambre d'agriculture ont organisé une "journée communication" pour diffuser largement les résultats obtenus par les quatre programmes Déphy légumes frais initiés en Bretagne.

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Alain Guillou, ingénieur d'expérimentation au Caté. (© Terra) Damien Penguilly, ingénieur d'expérimentation au Caté. © Terra Utilisée en chou-fleur, cette bineuse permet certaines années  de se passer d'herbicide. © Terra

Lancé en 2008 dans la foulée du Grenelle de l'environnement, le programme Ecophyto visait à réduire l'usage des produits phytosanitaires, "tout en maintenant un niveau élevé de production, en qualité comme en quantité", précise Jean-Denis Crenn, président de la station de recherche du Caté, à Saint Pol de Léon (29), et de la section technique du Cerafel.

 

Différents leviers

La Bretagne totalisant 20 % de la production nationale de légumes, elle s'est investie dans différents programmes. "Breizleg s'est déroulé de 2012 à 2017", relate Damien Penguilly, ingénieur d'expérimentation au Caté. L'objectif de l'appel à projets était clair : réduire de 50 % les intrants phytosanitaires, sans impact sur la performance économique ou la qualité, et sans augmentation des temps de travaux. "En conventionnel comme en bio, nous avons étudié deux rotations, une traditionnelle avec artichaut, chou-fleur, échalote, et une plus diversifiée, en y ajoutant brocoli et orge".

Variétés tolérantes, faune auxiliaire, rotation, binage mécanique... : pour lutter contre l'enherbement, les maladies ou les ravageurs, différents leviers sont utilisés. Et les résultats sont au rendez-vous. "En conventionnel, nous avons réussi à réduire fortement les IFT, indices de fréquence de traitement, de 34 % en échalote, 68 % en chou-fleur, 84 % en artichaut".

L'essai terminé, "nous avons voulu aller plus loin", rajoute Damien Penguily. Nous allons tester un système ultra bas intrants, - 75 %. Et un système bio innovant permettant la réduction des coûts de production, des temps de travaux et de la pénibilité, seuls gages d'une diffusion à grande échelle de ces systèmes déjà à très bas intrants".

 

Tendre vers zéro phyto chimique

En tomate, les objectifs du programme Déphyserre 2013-2018 étaient encore plus ambitieux, en essayant d'éliminer les intrants phytosanitaires chimiques. "En station, différentes méthodes alternatives ont été testées pour lutter contre le botrytis ou l'oïdium", indique Alain Guillou, ingénieur d'expérimentation au Caté. Des essais ont également été menés en serres, notamment en PBI, protection biologique intégrée. "Si l'objectif de réduction des IFT a été atteint, on a vu se développer de nouveaux ravageurs émergents, favorisés par l'absence de traitements de synthèse à spectre large : cochenille, acariose bronzée, punaises...", note Roselyne Souriau, de Savéol nature.

Démarré en 2017, le programme Déphy ferme tomate regroupe 16 exploitations de la Sica et de l'UCPT. "L'objectif est de réduire l'IFT de 85 % d'ici 2020", relate Lucie Drogou, l'animatrice du groupe. Et l'approche est désormais préventive, requérant encore plus de technicité. "Après seulement un an d'essai, quelques producteurs se sont lancés dans la démarche 100 % Nature et saveurs, qui garantit qu'aucun phyto chimique n'ait été utilisé". Et en fin de saison, les producteurs des deux OP seront invités au bilan technique, afin de diffuser les résultats au plus grand nombre.

 

Eduquer le consommateur

Si d'un point de vue technique, tous les essais sont parvenus à réduire l'IFT de moitié, reste un problème, et de taille ! Et les différents intervenants de citer la présence de quelques insectes auxiliaires, de ravageurs voire de déjections, qui suffisent à refuser le légume dans la grande distribution ou chez les industriels. "Il faut maintenant éduquer le consommateur. Sinon, il sera compliqué de s'affranchir des phytos".

Christian Stéphan a rejoint le groupe Dephy légumes frais.
Christian Stéphan a rejoint le groupe Dephy légumes frais. - © Terra

Les échanges font évoluer les pratiques

"On se connaît, on se voit souvent mais on n'avait jamais le temps d'échanger sur la technique". Le groupe Déphy ferme salade regroupe 12 des 40 producteurs de salade de la Sica. Créé il y a deux ans, il a commencé par des échanges sur les pratiques des uns et des autres. Des échanges que Christian Stéphan, installé en Gaec avec son frère à Sibiril (29) a trouvé très intéressants. "Ils ont déjà permis de faire évoluer nos pratiques, en supprimant certains traitements, en positionnant d'autres différemment".

Pour remplacer les herbicides, le binage a aussi été revu. "On n'a rien inventé ! Je me souviens de voir mon père biner au cheval. On a juste amélioré la technique, en utilisant le GPS, qui nous permet une plus grande précision".

Le groupe planche aussi sur des essais variétaux, teste des bâches insectproof... "Mais la suppression des néonicotinoïdes nous laisse pour le moment sans solution contre le puceron", indique Nicolas Mézencev, l'animateur du groupe.

 

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