Terra 29 novembre 2018 à 11h00 | Par Claire Le Clève

Dernière session de la mandature : "Soyons fiers de notre métier"

Elle aurait pu dresser exhaustivement le bilan des six années de mandature qui viennent de s’écouler, cette dernière session de la chambre d’agriculture du Morbihan. Elle aurait pu rappeler la mutation du réseau consulaire de départemental à régional, son grand œuvre, ou le redéploiement de son ancrage de proximité, sa légitimation. C’est à l’image du métier qu’elle s’est attelée. Car là aussi, "la chambre a tout son rôle à jouer", ont estimé ses élus.

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Comment faire face aux critiques et réagir, un enjeu de taille auquel s'est attelée cette dernière session de la chambre de mandature, mardi dernier à Vannes. Interventions et table-ronde y ont contribué.
Comment faire face aux critiques et réagir, un enjeu de taille auquel s'est attelée cette dernière session de la chambre de mandature, mardi dernier à Vannes. Interventions et table-ronde y ont contribué. - © Claire Le Clève

 

 

Relevez la tête. "J’invite à prendre du recul face aux attaques souvent injustes, aux accusations sans fondements scientifiques… Cette image donnée à notre métier est d’autant plus dégradante que ce métier est une passion pour beaucoup d’entre nous, soyons fiers de celui-ci", invite Laurent Kerlir en introduction à la session dont le déroulement, ouvert en deuxième partie aux invités, aura fait la part belle à l’image de l’agriculture et du métier d’agriculteur. Mais l’image semble abîmée et les pratiques de ses agriculteurs, souvent mises à mal "par des attaques ressenties comme étant de plus en plus virulentes, et qui génèrent du malheur, de la colère et un sentiment d’injustice. Un arrêt sur image est nécessaire", ont estimé les élus de la chambre d’agriculture pour comprendre les mécanismes en jeu afin "d’y faire face et de réagir". Ce, avec les bons outils, les bons ressorts, les bons argumentaires.

 

Les religions, ex groupes minoritaires

Or ce n’a pas toujours été le cas, analyse Jacques Fischer, enseignant chercheur en psychologie sociale à l’Université de Bretagne Sud. Face aux images de maltraitance, "tout le monde a été choqué, attaquer des groupes minoritaires, a été une erreur. Il fallait dire oui, c’est inadmissible, oui, ça existe mais ça ne se reproduira pas, on met des choses en place". Ainsi, "dans un climat difficile, on peut faire des erreurs de jugement. Mais les discours des groupes minoritaires finissent par passer. On se trompe d’ennemi", met-il en garde, "car ils s’appuient sur le biais de négativité. Tout ce qui est négatif reste plus longtemps dans notre cerveau", décrypte ce maître de conférence. "Si on fait cette erreur, ces groupes minoritaires deviendront plus importants", insiste-t-il n’hésitant pas à prendre l’exemple des religions : "elles étaient au départ des groupes minoritaires", et de poursuivre, "en vous occupant d’eux vous les renforcez. Stigmatiser, psychologiser ça ne marche pas".

Le pire serait de se résigner

A l’origine du trouble pour cet universitaire, le contexte médiatique ou social, "il plonge les agriculteurs dans un certain trouble et dans une situation de dissonance", explique t-il en illustrant ses propos : "je fume et je sais que ce n’est pas bon pour moi. C’est pareil pour les agriculteurs qui par exemple emploient des produits phytosanitaires. On sait que ce n’est pas bon mais on le fait quand même". Ainsi se créé une situation de dissonance qui pousse aux réactions de colère et d’agressivité, de report de la faute sur l’autre, de remise au lendemain d’un changement avec la procrastination, de penser qu’il y a plus à perdre qu’à gagner dans une évolutionAutant "d’erreurs de jugement" que l’on peut être amené à penser ou à faire dans ces situations de dissonance. Mais pour lui, une chose est sûre : "le pire serait de faire l’autruche, ne rien faire, se résigner", estime-t-il invoquant de nombreux secteurs "battus par des vents difficiles, vous n’êtes pas les seuls dans cette situation". Pour en sortir, "il faut retrouver un sentiment de contrôle. Toute notre vie est une recherche de contrôle".

Être entouré, se regrouper, agir

Trois conditions sont nécessaires pour y parvenir : être bien entouré et soutenu "les conditions socio-affectives doivent être positives autour de vous, de la part de votre époux ou épouse par exemple". Il faut aussi apprendre aller chercher des compétences, un diplôme, des techniques, "ce sont les conditions cognitives". Enfin des "conditions de soutien pragmatique", doivent être réunies, ce peut être se mettre en groupe... "Cela, c’est le rôle des chambres d’agriculture" situe-t-il, persuadé que dans des situations difficiles, "on peut évoluer, monter en gamme, c’est ce qu’a fait l’industrie par rapport à la Chine et la mondialisation. Passer en bio par exemple, modifier ses techniques, créer des structures de soutien". Il faut donc se mettre en mouvement, pour ce spécialiste en psychologie sociale pour qui le pire serait "de rester sans rien faire", prévient-il.

"Nous avons des défis devant nous, nous devons y répondre, prendre nos responsabilités, les chambres ont tout leur rôle pour prendre ces sujets à bras le corps", dessinera Laurent Kerlir comme nouvelle priorité consulaire, "nous avons un outil extraordinaire au service de l’agriculture. J’en appelle à chacun d’entre vous et au respect des corps intermédiaires : en 2019, allez voter".

Claire Le Clève

 

 

 

 

 

 

 

 

Entendu à la table ronde

Thibaud Lemasle : "On n’a rien à vous cacher, on a tout à vous montrer. Mais les donneurs de leçons, il faut laisser tomber"

Alain Guihard : " On ne peut pas ignorer l’attente sociétale. Il faut arriver à trouver des solutions ensemble. Les agriculteurs sont bien aimés, ça donne du bonus pour se faire entendre aussi "

Marie-André Luherne " Sur les réseaux sociaux, je parle toujours positivement de mon métier… Pour recréer ce lien indispensable qu’on a perdu avec le consommateur qui a en tête une image ancienne, je montre ce qui se passe chez moi. Renouer ce lien en racontant la réalité et en se basant sur une communication bienveillante".

Marie-Gabrielle Miossec : La défiance est née de la crise de la vache folle, elle a créé une défiance terrible…Il faut apporter des éléments de réflexion et des argumentaires solides aux agriculteurs. Ce n’est pas en n’en parlant pas ou en n’y réfléchissant pas qu’on s’en sortira"

Hervé Thiboult : " On ne peut pas parler de l’agriculture sans l’agroalimentaire et tous les salariés sont affectés. Cette image négative pèse, ça les affecte. Il faut qu’on en parle dans les entreprises."

 

Délibérations

 

Photovoltaïque au sol : non

 

"Alors que le foncier agricole continue à se réduire et au vu des milliers de m² de toiture de bâtiments (publics, habitations, entreprises dont celle des bâtiments agricoles,…) qui donnent assez d’opportunités pour la production d’énergie photovoltaïque et sont à utiliser en priorité... ", les élus de la chambre ont réaffirmé leur désapprobation sur l’installation au sol sur des terres support d’une activité agricole, de projets photovoltaïques. Trois projets en Morbihan seraient actuellement à l’étude.

 

Evolution des marchés : yes we can

"Nous sommes en capacité à répondre à l’évolution des marchés révélateurs des demandes de la société. Nous considérons aussi que l’avenir de l’agriculteur passe par la capacité à répondre à plusieurs marchés, intérieurs comme à l’export… La transition est un "chemin vers", il faut admettre un temps de transition pour faire évoluer les systèmes et ne pas mettre les agriculteurs dans des impasses techniques", ont réaffirmé en substance les élus.

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