Terra 02 novembre 2017 à 08h00 | Par Geneviève Lamour, chambre d'agriculture de Bretagne

Des agriculteurs bretons au pays du Maroilles

Après l’Irlande, Guernesey, le Jura, la Suisse et Belle-Île, c'est dans le Nord de la France (région des Hauts-de-France) que le groupe prospective laitière de Ploërmel (56) a étudié différentes stratégies d’exploitations laitières. Premières impressions du voyage réalisé du 2 au 4 octobre 2017.

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Le groupe prospective laitière de Ploërmel (56) est parti du 2 au 4 octobre 2017 dans les Hauts-de-France.
Le groupe prospective laitière de Ploërmel (56) est parti du 2 au 4 octobre 2017 dans les Hauts-de-France. - © G.L

En trois jours, six visites d’exploitation étaient programmées avec une présentation par la chambre d’agriculture de la nouvelle région des Hauts-de-France. Thématique : aller voir ailleurs d’autres stratégies. Constat : la région des Hauts-de-France est bien différente de la Bretagne. Géographiquement au carrefour de l’Europe du Nord, la région présente un fort potentiel agronomique des terres et des pratiques de gestion du foncier surprenantes pour nos agriculteurs bretons.

L'AOP Maroilles : fermier et industriel

La famille Juste a accueilli le groupe par un petit déjeuner au Maroilles fermier, un fromage au lait cru, affiné et commercialisé par les producteurs à partir du lait des 120 vaches (Holstein et Flamande) de l'exploitation. La structure emploie dix salariés. Exploitants agricoles, gestionnaires de la fabrication de fromages, des ressources humaines et vendeurs en circuits courts impliquent des charges de travail conséquentes mais le couple d’agriculteurs a la tête pleine de projets.

Comme le souligne Claude Berra, président du syndicat du Maroilles, 470 producteurs approvisionnent la filière Maroilles dont uniquement 8 fermiers (lait cru). Sans cette production "industrielle" (lait pasteurisé), le fromage n’aurait pas pu se développer au-delà des frontières françaises.

Méthanisation : la force du groupe

Dans le Ternois, visite de l’unité de méthanisation et de production de spiruline. Armel Lesaffre, agriculteur et méthaniseur, a fait part de la démarche collective initiée par un groupe d’agriculteurs (6 structures agricoles, 14 agriculteurs éleveurs et céréaliers) souhaitant trouver une solution de traitement des effluents d’élevage. Les industries agro-alimentaires de la zone (Herta, Hagen Däss…) et collectivités locales avaient la même problématique avec leurs déchets. Depuis 2015, l’unité fonctionne à plein régime et permet de produire de l'électricité (1 950 MWh électriques et 1 293 MWh thermiques, réduction de 677 tonnes d’équivalent CO2 par an), de fertiliser les sols et de valoriser la chaleur dans une activité de production de spiruline. Les principales recettes de l’activité de méthanisation sont évaluées à 434 052 € par an. Bien qu’assez individualistes, les agriculteurs de cette région ont créé une réelle dynamique de groupe autour de ce projet collectif.

Une ferme des 860 vaches : fini les préjugés !

Près d’Abbeville dans la Somme (80), Michel Welter, gérant de la SCL, a reçu le groupe dans une salle surplombant le roto tandem de 50 places avec trois traites par jour. Le groupe est ensuite passé dans la stabulation logettes aménagée en lots de 150 vaches. Un calme absolu règne dans ce bâtiment de 860 vaches !

Si le projet a fait beaucoup de bruit chez les opposants, l’entreprise fonctionne aujourd’hui et est rentable selon le gérant. Il faut changer d’échelle, ne plus penser à la vache mais au troupeau, raisonner rentabilité et gestion globale. Pour le chef d’entreprise, la vraie difficulté de ce système c'est l’humain. Être éleveur ne prépare pas à manager 27 salariés.

La stabulation des 860 vaches près d'Abbevile, dans la Somme (80).
La stabulation des 860 vaches près d'Abbevile, dans la Somme (80). - © G.L

Résilience économique des fermes du Nord

Chez Élisabeth et Jean-Marc Burette, producteurs de lait (750 000 l, 68 ha) installés en 1990 dans la banlieue résidentielle de Lille, il faut s’adapter en permanence. Prendre en compte les demandes sociétales des citadins de la commune en communicant lors de portes ouvertes ; faire évoluer les pratiques (passage au traitement bas volume) ; repenser l’organisation du travail quand l’entraide disparait ; revoir la stratégie de l’entreprise quand un enfant souhaite rejoindre la ferme familiale…

L’exploitation fait partie d’un groupe Geda lait et du réseau EuroDairy. Les éleveurs y recherchent en groupe des méthodes pour s’adapter afin de renforcer la durabilité de leurs élevages. Ils y trouvent une réelle plus-value.

Pas-de-porte, "arrière fumure", "chapeau"

Termes peu usités dans nos campagnes bretonnes, les pratiques illégales mais tolérées du pas-de-porte, de "l'arrière fumure" ou du "chapeau" accentuent la forte pression foncière entre les agriculteurs de la région et les voisins belges. Lors des cessions de bail, l’agriculteur entrant verse au sortant un pas-de-porte correspondant à une prise en compte de la valeur ajoutée apportée à l’exploitation. Il peut atteindre 10 000 voire 15 000 € l’hectare, soit trois fois le prix de vente du terrain uniquement pour le louer. La surenchère se fait aussi avec les agriculteurs belges qui recherchent des terres fertiles pour la pomme de terre. Notre groupe de Bretons reconnait que même si le potentiel agronomique des terres en Bretagne est moindre comparé au Nord de la France, le foncier y est plus accessible.

Morne plaine de champs de betteraves !

Champs de betteraves à perte de vue, les dates du voyage correspondaient à la fin des quotas de sucre au sein de l’Union européenne. Le groupe n’a, hélas, pas pu rencontrer un producteur de betteraves car c’était aussi le plein boom de la récolte. Les éleveurs laitiers visités utilisent tous des betteraves (entières ou en pulpe surpressée) dans les rations de leurs troupeaux. La pulpe surpressée (coproduite) est très digestible pour les bovins et est galactogène pour les laitières. Réflexion à lancer sur ce sujet en Bretagne…

Si le but du voyage était bien d’étudier d’autres stratégies, les échanges ont permis au groupe de découvrir des agriculteurs passionnés par leur métier, qui ont su se remettre en cause, en constante recherche d’adaptation. Pour le groupe, une dernière journée fin octobre permettra de faire la synthèse de toutes ces visites et de tirer les enseignements de ce périple dans les Hauts-de-France.

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