Terra 29 juin 2017 à 08h00 | Par André Corlay et Benoît Roncin, Service Conseil entreprises, chambres d’agriculture de Bretagne

Dès les premières difficultés, appeler les cellules de veille

Les cellules de veille auprès des agriculteurs en difficulté s’inquiètent des situations parfois catastrophiques qu’elles sont amenées à accompagner. Certes, il y a des évènements imprévus qui peuvent faire basculer rapidement la situation d’une famille ou une exploitation agricole, mais bien souvent les difficultés s’accumulent progressivement, en particulier aujourd’hui avec une crise laitière d’une durée invraisemblable.

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Dès les premiers signes d’alerte, il est important de contacter les cellules départementales pour une prise en charge précoce.
Dès les premiers signes d’alerte, il est important de contacter les cellules départementales pour une prise en charge précoce. - © Terra

Pourtant, il serait beaucoup plus positif pour tous de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement bien plus tôt. Être à l’initiative du processus d’accompagnement donnera un résultat nettement meilleur pour l’agriculteur, que s’il résulte d’une contrainte imposée par un créancier.

Un travail en équipe, dans un strict respect de la confidentialité

Organisées aujourd’hui à l’échelle régionale pour une partie de leurs missions, les chambres d’agriculture conservent des cellules départementales pour accompagner les agriculteurs en difficultés. Ceci permet de se situer au plus près des exploitants, et de garder un lien avec les institutions départementales (DDTM, conseil départemental, service social MSA, DDPP).

Une charte de fonctionnement avec un strict respect de la confidentialité, permet de garantir cette discrétion aux agriculteurs qui sollicitent un accompagnement par la chambre d’agriculture. En effet, avant d’envisager la mise en place des mesures financières avec les partenaires économiques et financiers de l’exploitation, une analyse neutre de la situation sera effectuée afin de cerner les difficultés principales.

Il sera d’autant plus facile de le faire qu’on n’aura pas attendu le dernier moment pour prendre en main une situation trop dégradée.

La chambre et les partenaires des cellules de veille départementales sont là pour vous épauler :

- voir si des solutions temporaires ou structurelles sont nécessaires face à des problèmes de main d’œuvre et de travail ;

- combien faut-il de temps pour redresser une situation technique ou sanitaire qui affecte une exploitation ?

- vous mettre en relation avec les services sociaux MSA si besoin ;

- mettre en œuvre les actions pour prévenir, limiter ou annuler les procédures de recouvrement de certains créanciers ;

- échanger tout simplement avec vous, car le partage des problèmes, et se savoir accompagné pour les résoudre permet souvent de baisser la pression psychologique.

Pourquoi il est important de redire l'efficacité d'une intervention précoce

La demande d’accompagnement trop tardive est vraiment une préoccupation majeure que les cellules départementales ne cessent de marteler. Face à l’apparition de difficultés, le réflexe naturel est de chercher à les résoudre soi-même de la manière la plus discrète possible. Mais ce que nous observons, du fait de la longueur de la crise, c’est la démultiplication des problèmes à gérer, avec la recherche d’une solution spécifique pour chacun d’eux. Et souvent, l’effet cumulé de chaque solution conduit à déséquilibrer encore plus le fonctionnement et les finances de l’exploitation.

Isolé, l’exploitant qui subit une dégradation importante de sa rentabilité est amené à signer un plan de paiement avec son fournisseur d’approvisionnement aux cultures, ou avec son fournisseur d’aliment. Ceux-ci vont d’ailleurs se garantir en demandant à ce que les règlements soient effectués "à la source" (c’est-à-dire par un prélèvement direct sur la paye de lait…). Puis, avec des fournisseurs locaux (ETA, vétérinaire, garagiste, réparateur de la machine à traire…) l’exploitant va effectuer plusieurs chèques pour payer progressivement une facture imprévue, ou plusieurs factures en retard. L’agriculteur comme son fournisseur espère qu’en présentant le chèque à la banque le 20 de chaque mois, il aura la garantie d’être payé. Mais si le chèque est déposé plus tard, ou si le montant de la paye de lait n’est pas à la hauteur prévue, on se retrouve face à un rejet de chèque, avec l’interdiction bancaire qui va s’en suivre. Là, les problèmes commencent malheureusement à prendre une autre ampleur !

Pour la banque, s’il est souhaitable de pouvoir rembourser ses prêts selon l’échéancier prévu, mettre en place des reports d’échéances ou consolider des en-cours coûtera moins cher que de se voir appliquer des agios, et des frais d’impayés pendant plusieurs mois. Et que dire des soucis qui en découlent (stress personnel face aux relances, relations qui se dégradent entre associés, stratagèmes pour masquer les difficultés à son conjoint…).

Face à une crise dure, une approche globale des problèmes est la seule solution

Il est de l’intérêt des agriculteurs et de leurs partenaires de bien comprendre que l’action collective vis-à-vis des créanciers est la seule manière de mettre en place une bonne solution. Si chacun ne regarde que par le petit bout de sa lorgnette, il fragilisera encore plus la situation individuelle de l’exploitation concernée, mais à terme, il déstabilise l’agriculture au sens large. Cette solution n’est par ailleurs pas du tout la meilleure pour permettre le règlement des dettes. Seul face à ses créanciers qui connaissent bien les méthodes de recouvrement, et qui peuvent menacer de suspendre les futures livraisons ou services, l’exploitant agricole est en position de faiblesse. Un appui par un partenaire de confiance avant d’accepter la proposition du fournisseur, est nécessaire. Les conseillers en charge de l’appui aux agriculteurs en difficulté dans les chambres d’agriculture sont là pour remplir ces missions auprès de vous.

Aujourdíhui chacun doit se sentir concerné

Il est de l’affaire de tous de convaincre les exploitants qui rencontrent des difficultés importantes qu’ils ont tout intérêt à se faire accompagner le plus tôt possible. Mais, même si la situation apparaît déjà bien compliquée, il n’est jamais trop tard. Par sa neutralité, ses équipes spécialisées en place, et ses échanges dans le cadre confidentiel des cellules de veille, les chambres d’agriculture de Bretagne proposent leur aide efficace à tous les exploitants. Parents, conjoints, partenaires, collègues, administrateurs, élus… appelez, et faites les agriculteurs appeler les cellules départementales dès que vous détectez des signes inquiétants de difficulté dans une exploitation agricole.

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