Terra 25 octobre 2018 à 08h00 | Par Paul Jégat

Des places à trouver... et à prendre

C'est devenu une tradition. Le temps d'une journée, des agricultrices se retrouvent entre elles et invitent d'autres femmes comme elles, et des hommes aussi, à explorer les pistes d'une autre manière - moins subie - d'envisager leur avenir et leur place dans le métier. Tout un programme qui jeudi dernier les a fait aborder des horizons inattendus, de l'élevage de chèvres de Trémeheuc, avec Régis et Carine, jusqu'au milieu du Pacifique et en pleine dérive avec la navigatrice Anne Quéméré, ou au cœur de la Lorraine avec Bernadette Malgorn, première préfète de région de France à l'heure des fermetures d'usines

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Carine et Régis Desaize, Anne Quéméré, Bernadette Malgorn invités de la rencontre du groupe agriculture au féminin d'Ille et Vilaine. Le débat était animé par la journaliste Valérie Dahm.
Carine et Régis Desaize, Anne Quéméré, Bernadette Malgorn invités de la rencontre du groupe agriculture au féminin d'Ille et Vilaine. Le débat était animé par la journaliste Valérie Dahm. - © Terra

"Porte ta croix", à force de se l'entendre dire depuis son plus jeune âge, il avait fini par y croire. Jusqu'aux limites du possible. Quand il revient sur son calvaire d'éleveur laitier au bord du gouffre, Régis a encore la voix frêle. Et pourtant, il en est sorti.

 

"Fais ce que tu sens"

Il a arrêté de produire du lait à perte. Epuisé après la crise de 2009, Il avait même pensé cesser le métier. Jusqu'à ce qu'il croise le regard d'une chèvre à l'occasion d'une opération porte ouverte dans un élevage du voisinage. À ce moment là, précisément, il s'est vu éleveur de chèvres. Son épouse Carine, infirmière de son état, lui a dit "fais ce que tu sens". Un an plus tard, il devenait producteur de lait de... chèvres, une libération. Jeudi dernier à Rennes, les témoignages de Régis et Carine ont fait chavirer l'auditoire à l'occasion de cette journée pas comme les autres, organisée par le groupe agriculture au féminin. Pas seulement par la composition de l'auditoire, presque exclusivement féminin, mais aussi par la résonance des échanges très inhabituels tenus entre la salle et la tribune, les unes et les autres partageant la même envie de partager un instant rare et de s'y livrer sans retenue et sans appréhension.

 

"J'étais parfaitement à ma place"

Fil rouge des parcours des témoins de cette journée : changer. Changer de vie parfois, de direction, changer les codes aussi. Anne Quéméré est fille de navigateur chevronné, formateur à la très renommée école de voile des Glénan. Du matin au soir au bord de l'eau, la mer lui tendait les bras depuis l'enfance. Un peu trop à son goût, elle se sentait "condamnée à naviguer". À l'âge des premiers choix de vie, 18 ans, elle largue les amarres et met le cap sur New York pour y devenir guide touristique. Jusqu'à l'heure du retour en Bretagne en 2000. Les fêtes maritimes de Brest lui donnent l'occasion d'embarquer sur une yôle... C'est "le coup de foudre, j'étais parfaitement à ma place". Elle sera donc navigatrice, sans voile mais avec des avirons. Traversée de l'Atlantique d'abord, Canaries-Antilles sans escale, sans assistance mais avec persévérance, la première fois qu'elle connaît "vraiment" la solitude, traversée du Pacifique ensuite, interrompue au milieu de l'océan pour avarie et sauvetage par l'équipage d'un cargo, aujourd'hui la navigatrice prépare un nouveau défi en Arctique : récupérer sur la banquise l'embarcation qu'elle avait du abandonner au milieu du Pacifique. Que retient-elle de cette vie là ? Elle a cessé de vivre "dans le regard des autres", très affirmée dans le fait d' "être plein de choses à la fois". L'auditoire est renversé par l'aplomb du témoignage.

 

"On ne viendra pas vous chercher"

Une autre finistérienne prend la barre, Bernadette Malgorn. En Bretagne, elle est connue pour y avoir été une préfète de région "à poigne", face aux fêtards de la rue de la soif à Rennes. L'image lui colle à la peau et elle assume. Avant cela, elle a aussi été à 39 ans, la première préfète de région en France, en région Lorraine. Une montée en grade offerte comme un cadeau. Dans les hautes sphères de l'administration, elle a depuis occupé les fonctions prestigieuses et le plus souvent dévolues aux hommes. Mais, à l'époque de sa nomination, la Lorraine est la région la plus sinistrée de France, toutes les usines ferment, sidérurgie, textile, charbon. Un séisme, dans une région où, de la crèche jusqu'au cimetière, tout était géré par l'entreprise. De cette expérience, Bernadette Malgorn a appris une vison très personnelle de l'exercice du pouvoir et du "temps long". "Les hommes n'intègrent pas ça, ils sont dans l'immédiateté", constate celle qui ambitionne désormais de devenir maire de Brest. "On ne viendra pas vous chercher, il faut y aller", lance la candidate aux futures municipales à cet auditoire féminin qui aurait toute légitimité à se retrouver dans les semaines à venir sur une liste pour les élections aux chambres d'agriculture. Plus directe encore, elle prévient : "Vous serez coupable si vous n'êtes pas candidates". C'est dit.

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