Terra 20 janvier 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Développer l'export ? Pas si simple...

La Bretagne a une longue tradition d'exportation de plants de pommes de terre dans les pays du Maghreb, au Moyen Orient ou en Europe du Sud. Mais comment faire pour développer encore ces flux, face à une concurrence étrangère exacerbée ?

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Avec près de 91 000 t de plants de pomme de terre exportés sur la dernière campagne, la Bretagne ne pèse pas bien lourd face aux Pays- Bas et ses 811 000 t... "Mais en quinze ans, nos volumes à l'exportation ont été multipliés par deux", souligne Bretagne plants. Une performance dont elle n'est pas peu fière. Et l'arrivée annoncée de 15 nouveaux producteurs en 2017 l'oblige à poursuivre sur sa lancée.

Des freins financiers...

Cependant, "les freins à l'exportation sont nombreux, détaille Vincent Chamaret. La première difficulté est financière : le retour sur investissement ne se fait pas à court terme et il faut pouvoir attendre". Puis le directeur général de BCI, Bretagne commerce international, une association pilotée par les chambres de commerce et d'industrie et la Région Bretagne, et qui regroupe plus de 400 entreprises, pointe un travers bien français. "Il nous faut surmonter la barrière de la langue". Un vrai handicap ! Le Français ne parlant que français, il lui faut s'adjoindre les services d'un traducteur. "Traduire, c'est déjà commencer à perdre une partie des informations". Difficultés que ne connaissent pas les Hollandais, commerçants dans l'âme et anglophones dès le plus jeune âge.

... règlementaires ou logistiques

"Et avant d'exporter, il faut franchir les barrières règlementaires". Une règlementation différente d'un pays à l'autre et qui "change d'une livraison à l'autre", ce qui ,a incité BCI à imaginer une cellule de veille, chargée d'informer les entreprises au jour le jour, cellule qui devrait être mise sur pied cet été. "Il faut aussi faire avec l'instabilité des marchés". Et Miguel Mercier, directeur général des pépinières viticoles du même nom, de citer le Mexique, un de leurs gros clients, "dont le peso vient de perdre 50 % de sa valeur suite à l'élection de Donald Trump aux USA". "Sans oublie r la frilosité des banques et des délais de paiement délirants, arrivés à 300 jours, rajoute aussitôt Pierre Cadiou, directeur de Gopex et président des collecteurs de plants de Bretagne. Le plant de pomme de terre reste un marché de niche ! Les expéditions ne se font que sur trois mois et on a du mal à trouver des containers".

Exporter vite...

"Pour exporter, il faut de la pugnacité, analyse Miguel Mercier, dontl'entreprise réalise, certaines années, plus de 50 % de ses ventes à l'étranger. Il faut sans cesse prospecter, ne pas s'appuyer sur seule seulement quelques destinations : c'est bien trop dangereux". Et ne pas se fixer de liste noire. "Il y a 25 ans, personne ne voulait aller au Pérou, où sévissait encore le Sentier lumineux. C'est aujourd'hui l'un de nos premiers marchés". Installé à Bodilis (29) sur 130 ha de SAU, Jean-Michel Quentric expédie tous les ans une bonne partie de son plant à Cuba, en Egypte, Israël, Turquie ou Algérie via ses quatre collecteurs. "Pour faire de l'export, il faut être réactif, explique le producteur. Les expéditions se font fin septembre-début octobre, ce qui oblige à planter tôt pour récolter tôt". Il lui faut aussi une fumure adaptée, "pour un produit mûr au défanage", un calibrage. la récolte et un stockage en caisse, "pour connaître précisément les tonnages disponibles".

... un produit de qualité

"Les clients sont de plus en plus exigeants, rajoute Bernard Quéré. Même si le premier argument reste souvent le prix, il faut un produit de qualité pour exporter. Et, à destination, les exigences sont parfois déconnectées des réalités techniques et scientifiques". Pour autant, le directeur de la FN3PT, la fédération nationale des producteurs de plants de pommes de terre en est convaincu, "les opportunités existent". Et de citer l'Afrique de l'Ouest ou l'Afrique centrale, "où les semences et plants contribueront à relancer l'économie", l'Amérique centrale ou l'Asie centrale, où la filière a déjà commencé à travailler.






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