Terra 23 novembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Du déchet de coquilles d’œuf à l’amendement calcaire

Chaque année, ce sont 850 millions d’œufs cassés et 4 000 t de déchets de coquilles qui doivent être traités par Cocotine, filière œufs du groupe D'Aucy. Récupérés à Ploërmel (56), ces oeufs et déchets de coquilles seront désormais transformés en amendement calcaire chez Florence et Paul-Gilles Chedaleux, éleveurs laitiers à Lizio. Une première.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Florence et Paul-Gilles Chedaleux vont transformer les 4 000 t de coquilles en amendement calcique.
Florence et Paul-Gilles Chedaleux vont transformer les 4 000 t de coquilles en amendement calcique. - © Terra

Les thèmes de l’amélioration continue, de la gestion des déchets ou encore de l’économie circulaire étaient à l’ordre du jour de l’assemblée générale de Res’agri, jeudi dernier. C'est dans ce cadre que Florence et Paul-Gilles Chedaleux ont apporté leur témoignage.

Transmutation en or blanc

"Pour nous débarrasser de nos 4 000 t annuelles de coquilles, nous les livrions à Suez", détaille Vincent Lecouffle, responsable de la branche œuf et foodservice du groupe D’Aucy. Ce service était alors à la charge financière de l'une des coopératives du groupe, la Cecab. En mars 2018, la prestation sera désormais fournie par un couple d’éleveurs laitiers. Après un traitement thermique breveté par Florence et Paul-Gilles Chedaleux (une première en France !), les coquilles se métamorphoseront en "3 000 t d’un amendement calcaire pur qui retournera dans les champs", résument le couple d'agriculteurs.

Transformer un déchet en or blanc, c’est un rêve d’alchimiste ! Les Chedaleux, éleveurs laitiers jusqu’à la fin de l’année, s’y emploient depuis 2012. Tous deux finalisent le process et son agrément. "Un projet motivant pour tout le monde, qui redonne de la légitimité et du sens à la coopérative", apprécie le responsable de la Cecab qui pointe là un exemple d’économie circulaire.

850 millions de coquilles

On ne fait pas d’omelettes pour la restauration hors foyer sans casser d'œufs. Pour alimenter la gamme de produits de la marque Cocotine, ce sont 850 millions d’unités qui sont utlisées tous les ans à Ploërmel (56), soit 200 références issues des œufs pondus dans 76 élevages adhérents de la Cecab. Une fois la coule récupérée, restent les coquilles, un déchet pour lequel il faut payer pour s'en débarasser. "Jusque dans les années 2000, nous en récupérions quelques tonnes tous les ans. Nous les enfouissions dans nos champs pour remplacer l’amendement calcaire. Puis ça s’est arrêté. On trouvait ça dommage de ne plus utiliser ce produit", se souvient Paul-Gilles Chedaleux, qui avait alors gardé en tête d'approfondir l'idée d'une valorisation... "On partait d’une page blanche", car pour pouvoir faire entrer la coquille dans le cahier sanitaire européen, il fallait créer le process. "Il faut être tenace et un peu utopiste. On nous prenait pour des farfelus. Un jour, quelqu'un a cru en notre projet. C’était en 2012". Cinq ans plus tard, les regards ont changé. "Aujourd’hui, l’administration nous suit, répond aussitôt à nos questions. Ça n’a pas toujours été le cas". La persévérance et la pertinence du projet ont porté leur fruit. Avec un appui fort de Cocotine : "notre guichet unique, c’est Fanny Lesage, chargée de la gestion des déchets", saluent les éleveurs.

Recherche et développement à la ferme

Installé dans quelques jours, le prototype de chaudière fonctionnera chez ce couple d’agriculteurs dès le début de l’année 2018. Elle sera alimentée à partir de plaquettes issues du bois d’entretien des haies de l’exploitation, et de bois d’opportunité. Mis au point pour l’occasion, le générateur à air chaud pulsé permettra de calciner les coquilles à 121 °C durant treize minutes minimum. Un équilibre temps/température idéal pour signer le blanc-seing sanitaire et en faire un amendement calcique homologué par l’Anses(1) "bourré de minéraux", pain béni pour les terres acides. Outre la prestation de récupération, facturée à Cocotine, l’amendement obtenu sera vendu et épandu dans un rayon de 20 km par Terremo’logic. Cette société a été créée dans ce but unique et différenciée de l’exploitation de 110 ha qui poursuivra sa vocation de cultures. Une substitution d’amendement, "bonne pour le bilan carbone".

Arrêt du lait

Mais "en janvier, on arrêtera de traire. On s’est installé en 1994. On aime ce qu’on fait mais nos enfants ne sont pas intéressés par le lait", racontent Paul-Gilles et Florence. Âgés de 46 ans, à 15 années de la retraite, "en cherchant à sécuriser l’emploi de notre salarié, on s’était projeté. Pour traire dans de bonnes conditions, il nous fallait réinvestir dans un bâtiment 600 000 €", évoquent-ils. Ces éleveurs ont investi 560 000 € pour l'acquisition de la chaudière (25 % d'aide de la part de l'ADEME). Ils sont également membres du groupe de méthanisation des "Énergiculteurs de l’Oust".

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui