Terra 13 février 2019 à 12h00 | Par Jean Dubé avec Agra

Élections, paysage syndical stable mais participation en baisse

Au niveau national, la liste FNSEA-JA consolide sa majorité absolue avec un peu plus de 54,91 % des suffrages exprimés (contre 53,39 % en 2013), devant la Coordination rurale qui recule légèrement à 20,57 % (21,12 % en 2013), presque à égalité avec la Confédération paysanne à 19,56 % (19,66 % en 2013). Une stabilité étonnante compte tenu de la forte baisse de la participation, qui chute pour le second scrutin consécutif, à 45,69 % (contre 54,34 % en 2013). 35 ans après l'ouverture au pluralisme, le paysage du syndicalisme agricole paraît stabilisé. Comme en 2013, les syndicats minoritaires conservent la majorité dans six chambres d'agriculture (en attendant l'issue du recours déposé par la liste FNSEA-JA en Loire-Atlantique), mais après un jeu de chaises musicales animé. Seule une chambre tenue par un minoritaire en 2013 l'est restée en 2019 : le Lot-et-Garonne.

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Lors du dépouillement du vote papier en préfecture du Morbihan à Vannes le mercredi 6 février 2019.
Lors du dépouillement du vote papier en préfecture du Morbihan à Vannes le mercredi 6 février 2019. - © Terra

Participation en baisse et paysage syndical agricole stable, voilà dessinés à grands traits les deux enseignements de cette élection aux chambres d'agriculture 2019. Le syndicalisme majoritaire consolide sa majorité absolue devant deux concurrents qui représentent toujours chacun un peu moins de la moitié de la liste FNSEA-JA, laquelle connaît même un léger rebond pour atteindre 54,91 %. La Confédération paysanne reste stable à 19,56 % et la Coordination rurale recule très légèrement à 20,57 %. À quelques points près, les équilibres resteront inchangés.

Un constat étonnant au vu de la forte chute de la participation qui aurait pu rebattre les cartes. Elle atteindrait 45,69 %, en recul de près de 9 points par rapport à 2013. Pour le président de l'APCA (chambres d'agriculture), Claude Cochonneau, "il faut l'analyser, essayer de comprendre et y apporter des remèdes d'ici la prochaine élection en s'assurant que ce n'est qu'un accident de parcours".

 

Des enjeux amoindris

Les travaux des chercheurs Roger Le Guen et Serge Cordellier, spécialistes du sujet, fournissent deux hypothèses d'explication : il peut résulter d'un affaiblissement de l'attrait du syndicalisme, pas seulement agricole. Il peut aussi être mis en relation avec la "stabilisation du paysage syndical", parachevé lors du scrutin de 2013. Serge Cordellier faisait notamment l'hypothèse qu'un paysage stable suscite un moindre intérêt à voter. Comme Serge Cordellier, Claude Cochonneau rappelle qu'il s'agit tout de même d'un score dans la moyenne d'autres élections professionnelles. La présidente de la FNSEA Christiane Lambert qualifie également le taux d'"honorable" compte tenu du "contexte actuel d'un pays chamboulé par les mouvements de toutes sortes".

Pour le président de la Coordination rurale Bernard Lannes, cette chute est liée à la régionalisation du réseau consulaire, qu'il a dénoncée durant la campagne : "Avec la marche forcée de la régionalisation imposée par l'APCA (chambre d'agriculture, ndlr), l'abstention a touché tout le monde. Les grandes régions sont une catastrophe, les agriculteurs ne se sentent plus concernés".

On observe par ailleurs que les enjeux locaux forts ne ravivent pas forcément la participation. Pour preuve, la forte baisse en Loire-Atlantique (-14 points), alors que les syndicats étaient au coude à coude, et que les débats ont été houleux autour de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. De même, dans le Puy-de-Dôme, où l'enjeu de la reconduction de la liste sortante CR-Conf' élue en 2013 n'a pas empêché un recul de 10 points de la participation.

 

Jeux de chaises musicales

Seule une chambre tenue par un minoritaire en 2013 l'est restée en 2019 : le Lot-et-Garonne de la Coordination rurale.

La FNSEA et les JA ont conquis le Calvados (ex-Coordination rurale), le Puy-de-Dôme (ex liste commune Coordination rurale-Confédération paysanne), La Réunion (ex-Conf'), et la Charente (ex-Coordination rurale). La Coordination rurale prend en revanche la tête de deux nouvelles chambres d'agriculture, la Vienne et la Haute-Vienne. De son côté, la Confédération paysanne prend la tête de deux chambres, Mayotte et la Loire-Atlantique. La Guadeloupe passe entre les mains d'une coalition inédite Modef-Jeunes Agriculteurs.

La Coordination rurale a perdu la chambre du Calvados qu'elle présidait depuis 1995 ; la liste FNSEA/JA y passe largement en tête (47,1 %), devant la Coordination rurale (35,4 %), et la Confédération paysanne (17,5 %). FNSEA et JA ont profité d'une ouverture, a expliqué Christiane Lambert. Michel Legrand, le président sortant, figure locale, étiquetée Coordination rurale mais notoirement peu emprunt des idées portées au national par le syndicat, ne s'est pas représenté en 2019.

La Confédération paysanne devrait reprendre la tête de son fief de Loire-Atlantique où elle avait gouverné la chambre d'agriculture jusqu'en 2007, avant de perdre deux élections de suite, au profit de la FNSEA. Elle l'emporte sur le fil avec 39,61 % des suffrages, contre 39,55 % pour la FNSEA-JA. La Conf' aurait gagné "à deux voix d'écart", selon la FNSEA et les JA qui ont déposé un recours et demandé le recomptage des voix. Selon Claude Cochonneau, une partie des agriculteurs du département n'aurait pas reçu de matériel de vote.

 

FNSEA : moins de dissidence

Pour la FNSEA et les JA, c'est une satisfaction. "Ceux qui voyaient les listes FNSEA/JA descendre en dessous de 50 % se sont trompés", a déclaré le 6 février, le président des Jeunes agriculteurs Jérémy Decerle. La reconquête de certaines chambres a été permise par une meilleure discipline que lors du précédent scrutin, notamment en Charente et dans le Puy-de-Dôme.

"Nous restons positifs. Face à la grosse machine FNSEA-JA, pour qui la Coordination rurale devait disparaître, nous nous maintenons", relativise Bernard Lannes. Le leader de la Coordination rurale se félicite d'avoir remporté de nouvelles chambres d'agriculture dans des départements comme la Vienne et la Haute-Vienne, où la FNSEA et les JA ne souffraient d'aucune liste dissidente. Dans le Puy-de-Dôme, Bernard Lannes impute la défaite de la liste CR-Conf' à la création d'une liste Modef dans le département.

En Bretagne et dans l'Ouest en général, la Coordination rurale ne connaît pas le progrès qu'elle prédisait. Elle gagne 7 points dans le Finistère, 2 en Ille-et-Vilaine, mais recule en Côtes d'Armor et Morbihan. Le chercheur Serge Cordellier faisait l'hypothèse d'un effet Apli lors du dernier scrutin de 2013, qui se déroulait quelques années après la crise laitière de 2009.

De son côté, la Confédération paysanne est satisfaite. Son porte-parole Laurent Pinatel estime qu'avec une tendance à 20 % des voix environ et deux chambres d'agriculture, le syndicat est en passe d'atteindre ses objectifs. Il remarque que son syndicat "progresse dans de nombreux départements. Cela signifie qu'il y a un mouvement de fond qui accompagne la Confédération paysanne, que notre discours est entendu". Il note toutefois que la liste FNSEA-JA "ne bronche pas". "Cela pourrait être mieux, mais nous sommes dans nos objectifs".

 

 

 

Élections chambres d'agriculture 2019 : résultats des majoritaires.
Élections chambres d'agriculture 2019 : résultats des majoritaires. - © Terra

Un nouveau président de chambre régionale le 5 mars

Les prochaines étapes de ces élections seront les suivantes :

- Le lundi 18 février en Ille et Vilaine et le mardi 19 pour les trois autres départements se tiendront les sessions départementales d'installation.

Cette session procédera à l'élection de son ou sa présidente et du bureau. Une élection qui devrait assez logiquement voir sortir les noms de Didier Lucas à la présidence de la chambre d'agriculture dans les Côtes d'armor, Loïc Guines en Ille et Vilaine, André Sergent dans le Finistère et Laurent Kerlir dans le Morbihan, tous deux présidents sortants.

- Puis se tiendra la session régionale le mardi 5 mars 2019. Jacques Jaouen, président sortant, ne  se représentant pas, les noms d'André Sergent et Laurent Kerlir circulent pour lui succéder.

- Le processus électoral se terminera par l'élection des représentants à l'APCA. Son président sortant, Claude Cochonneau, a annoncé qu'il était candidat à sa propre succession.

 

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