Terra 01 mars 2018 à 14h00 | Par Jean Dubé

Emmanuel Macron décline ses priorités pour l'agriculture

Le salon de l'agriculture a été l'occasion pour Emmanuel Macron de donner ses priorités pour l'agriculture. Il l'a fait en inaugurant le SIA toute la journée du 24 février. Mais aussi deux jours plus tôt en recevant à l'Élysée près de 1 000 nouveaux agriculteurs. Dans un contexte très tendu, du fait des négociations commerciales en cours, au cœur d'un calendrier international compliqué - négociations UE/Mercosur, PAC - le chef de l’État a dévoilé ses priorités pour l'agriculture et les premiers axes de son plan d'investissement.

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Pus de 12 heures de déambulation dans les allées au salon de l'agriculture pour Emmanuel Macron, entre rencontres formelles et échanges impromptus avec les agriculteurs.
Pus de 12 heures de déambulation dans les allées au salon de l'agriculture pour Emmanuel Macron, entre rencontres formelles et échanges impromptus avec les agriculteurs. - © Bertrand Chevalier

Emmanuel Macron était attendu au SIA par une délégation d’agriculteurs, dont certains déguisés en poulets et vaches, pour dénoncer l’accord UE/Mercosur. "Nous voulons que les agriculteurs soient protégés des distorsions incompréhensibles dans le cadre de l’accord avec le Mercosur", a expliqué Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA. Interrogé sur le sujet à plusieurs reprises lors de sa déambulation, le Président de la République a rappelé ses lignes rouges : "Je vous demande de transformer le modèle, mais je ne vous demanderai jamais des efforts alors que d’autres sont soumis à des règles différentes des vôtres", a-t-il affirmé à un éleveur. "Le Mercosur ne va pas rentrer en application dans les quatre, cinq années à venir. D’ici là, j’aurai mis en place une DSV, une DGCCRF européenne", a-t-il promis lors d’un autre échange sur son parcours. Le Président souhaite en effet renforcer les contrôles européens sur les produits importés pour éviter les distorsions de concurrence avec les produits agricoles français. "C’est une question de volonté et d’investissement", a-t-il affirmé devant des agriculteurs souvent sceptiques.

 

Des lignes rouges sur le Mercosur

"Il n’y aura pas de réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux et sanitaires ", a souligné le chef de l'État, estimant que la protection des consommateurs européens devait être renforcée, notamment par des contrôles, pour éviter que n’entrent sur notre sol des produits non conformes aux normes européennes. Il a par ailleurs rappelé qu’une clause de sauvegarde avait été demandée par la France pour suspendre l’application du traité, si un marché est déstabilisé, à un moment donné, par l’arrivée de produits étrangers. Le Président a néanmoins rappelé sa détermination à aboutir à un accord, estimant que certains secteurs de l’agriculture française y ont des intérêts offensifs, et que les secteurs les plus fragiles doivent se renforcer pour être plus compétitifs.

 

Engagement pour l'agriculture

Sa visite inaugurale du salon aura duré plus de 12 heures, un parcours entamé par la rencontre des représentants des syndicats : une réunion de travail au cours de laquelle ont été listés tous les sujets importants pour la profession agricole, (épargne de précaution, États généraux de l’alimentation, réforme de la fiscalité agricole, etc). Ce qui restait à faire a été souligné, concernant par exemple la simplification ou encore la création de ressources en eau. Emmanuel Macron a également évoqué la future PAC, lourde d’enjeux pour les agriculteurs européens.  Sur ce point, la profession agricole se félicite de la prise de position du Président de la République qui, la veille à Bruxelles, avait affirmé  l’importance de maintenir un budget conséquent. "Il a vraiment affirmé que pour les priorités nouvelles, il fallait des ressources nouvelles", a pour sa part relevé Christiane Lambert. "21 pays européens seraient prêts à allouer 1,12 % de leur PIB (produit intérieur brut) au budget européen, contre moins de 1 % aujourd’hui", constatait la présidente de la FNSEA.

 

Discours à la jeunesse agricole

Désireux d’imposer son style, le Président de la République avait instauré le 22 février un nouveau rendez-vous en recevant à l’Élysée près de 1 000 agriculteurs récemment installés, pour "tenir un discours de vérité" sur l’avenir de l’agriculture. Pour assurer des perspectives à cette nouvelle génération, le Président a insisté sur différents leviers : la gestion des risques, qui doit être au cœur de la future PAC, la fiscalité agricole, avec une refonte de la DPA (dotation pour amortissement) et la mise en place d’une épargne de précaution dès 2019. "Au mois de mai, il faut que l’on ait défini notre stratégie au niveau des instruments financiers que nous défendrons pour la PAC", a-t-il insisté. Sur le foncier, alors qu’il y a quelques mois, le gouvernement envisageait d’expérimenter la suppression du contrôle des structures, Emmanuel Macron semble avoir revu sa position puisqu’il propose d’accentuer l’attention sur certaines situations, en posant notamment "des verrous réglementaires pour arrêter les rachats de terres par les étrangers. Pour moi, les terres agricoles en France sont un investissement stratégique dont dépend notre souveraineté alimentaire",
a-t-il insisté. Le chef de l’État propose, en outre, des prêts pour faciliter le départ à la retraite des agriculteurs et la reprise des terres par un jeune, sachant que d’ici 2020, 40 % des agriculteurs actifs d'aujourd'hui partiront à la retraite.

 

Un plan bio-économie

Le Ministre de l’agriculture Stéphane Travert a présenté les grands axes du plan d’action sur la bio-économie.  L'ambition est de "déployer de manière opérationnelle" tout ce qui permet de valoriser la biomasse. Le plan se déclinera en cinq axes : formation initiale ou continue, information du public au travers notamment d’un label identifié, favoriser les échanges entre l’amont et l’aval, mobiliser et transformer durablement les bio-ressources. Mais en dépit d’une bonne volonté affichée pour développer par exemple la méthanisation, les projets français peuvent mettre jusqu’à sept ans pour se mettre en place, contre 12 à 18 mois en Allemagne.

Pour Stéphane Travert, la commande publique doit être un levier d’action pour encourager la bio-économie. Un fonds de prêt sans garantie de 100 millions d’euros sera alloué aux projets de méthanisation dans le cadre du grand plan d’investissement.

 

 

1 milliard sur 5 du plan d'investissement

Emmanuel Macron a annoncé un nouveau dispositif avec une enveloppe de 1 milliard d'euros de prêts garantis. "C’est un travail conduit et finalisé avec la Banque européenne d’investissement, géré au plus près des territoires". Les garanties personnelles demandées aux entreprises personnelles seront fortement réduite : de 130 % de garanties, elles passeront à 20 %. "Nous accompagnerons les projets d’investissements visant à réduire les pesticides, les projets de diversification des revenus agricoles, d’investissement dans des bâtiments d’élevage qui anticipent la demande des consommateurs", a-t-il précisé. Le Président a aussi annoncé un plan de profonde réforme des règles de développement de la méthanisation, d’ici à l’automne, en plus d'un fonds de prêts à la méthanisation à hauteur de 100 millions d'euros avec BPI France.

En aval, "nous voulons renforcer les investissements : abattage découpe dans les territoires, création de légumeries, plateformes d’approvisionnement partagées. Nous lancerons avec BPI France un nouveau dispositif dédié à l’investissement direct en fonds propre avec une enveloppe de 200 millions d'euros pour prendre des participations minoritaires dans des TPE-PME et pour accompagner des jeunes. Nous renforcerons le fonds de prêts sans garantie avec BPI France pour un minimum de 1,4 milliard d'euros".

L'État en mode "marche arrière"

Toutes les régions viennent de se voir notifier une baisse de leurs crédits d'État. En Bretagne, 5 millions d'euros vont être soustraits de l'enveloppe de 8,5 millions d'euros du PCAEA (plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles)... pour financer le milliard d'euros du plan d'investissement national !

Un tour de passe-passe qui ne passe pas en région, puisque cette soustraction sera doublée d'une impossibilité de mobiliser les contreparties régionales ou européennes. Dans un communiqué, les chambres d'agriculture de Bretagne dénoncent ce "très mauvais signal", économiquement grave puisque au total 11 millions d'euros seront ainsi soustraits du PCAEA pour la seule Bretagne. Elles rappellent que pour 1 euro d'aide, ce sont en moyenne 6 à 7 euros qui sont investis : "un mauvais coup pour les entreprises locales du batiment et de l'équipement". La FRSEA Bretagne dénonce de son côté ce "détournement de fonds" destiné à combler le trou budgétaire de l'ICHN (indemnité compensatoire de handicaps naturels, dont la carte vient d'être revue) et réclame le respect des engagements pris en faveur de l'investisement dans les exploitations agricoles.


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