Terra 19 octobre 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

Emmanuel Macron propose un nouveau donnant donnant

Au-delà de mesures concrètes qui seront probablement prises par ordonnance dès janvier prochain, Emmanuel Macron propose un nouveau donnant donnant aux agriculteurs et aux filières, il l'a dit lors d'une allocution de près d'une heure la semaine dernière à Rungis. Ainsi, L’Etat s’engagera, mais conditionnera son accompagnement à une (r)évolution importante dans l’organisation des filières, et à une montée en gamme qualitative des productions. Le discours présidentiel a reçu -et c’est rare- un accueil positif de pratiquement toutes les parties prenantes, chacun y retrouvant au moins une de ses propositions. Décryptage des principales annonces.

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Emmanuel Macron lors de son discours à Rungis la semaine passée.
Emmanuel Macron lors de son discours à Rungis la semaine passée. - © Actuagri

Si les premières décisions issues des Etats généraux de l'alimentation portaient sur les nouvelles modalités de fixation du prix, c'est bien à la définition d'une nouvelle agriculture française qu'a invité le Président de la République. Plus qu'une énumération de mesures techniques il a, invité tous les partenaires de l'agriculture à refonder le pacte agricole sur de nouvelles bases. Pour Emmanuel Macron, la "montée en gamme autour des labels, des signes de qualité, de la bio" sont la base du contrat que le pays doit passer avec son agriculture. il s'agit de "transformer l'offre pour être à la hauteur des goûts de nos concitoyens et des défis de l'international".

L'engagement du Président de la République est bien d'accompagner la transistion, la transformation. Il s'engage de son côté, mais demande en contrepartie des actes forts et sans faille des entreprises, des filières et de tous les acteurs en générale. C'est ce donnant donnant qu'Emmanuel Macron a décliné à Rungis.

Oui à condition que ...

C'est oui pour aider les filières à se transformer, à monter en gamme mais, en contrepartie, chacune de ces filières devra mener une introspection à la fois vaste et rapide, s'interroger sur ses pratiques, sa production et proposer elle même des adaptations. Il ne faut plus maintenir des filières si elles n'ont plus de débouchés ou si elles ne correspondent plus à un marché non subventionné.

C'est oui pour que l'État mette sur la table 5 milliards d'euros d'aides mais en contrepartie d'accompagnement de choix filières par filière, avec des investissements dont les objectifs et les montants auront été validés et priorisés.

C'est oui pour remettre à plat la méthode de fixation des prix agricoles, en inversant la logique de fixation du prix mais à condition que les filières s'aident elles mêmes en incitant tous les producteurs à adhérer à une OP, à condition que les coopératives soient plus transparentes et deviennent une sorte de référence en terme de pratiques tarifaires.

C'est oui pour accompagner les agriculteurs dans leurs pratiques mais en contrepartie d'un engagement fort celle d'aller vers la transition écologique et environnementale, et d'entendre ce que disent certaines asociations sur le bien être animal.

Plus d'organisation, plus de qualité, plus de prix, l'ambition affichée est de permettre aux agricutleurs de ne plus dépendre des aides. Dans l'absolu pourquoi pas, mais à l'instar de la bio, le gouvernement souhaite-t-il n'aider demain que les évolutions et ensuite laisser faire le marché ? Il y avait des prises de position très fortes dans le discours d'Emmanuel Macron, mais aussi des affirmations qui demanderont demain d'être reprécisées, affinées et approfondies.

Mercredi soir, la plupart des organisations soulignaient un ton nouveau, une orientation nouvelle mais aussi des orientations qui devront encore être confortées dans la seconde partie des Etats généraux de l'alimentation qui vient de débuter. Les grandes décisions qui seront prises prendront la forme d'ordonnances au cours du premier semestre 2018.

 

Presque tout positif

Seul l'UFC Que choisir note une réponse inefficace, voire néfaste. Christiane Lambert FNSEA retrouve dans les propos d'Emmanuel Macron "beaucoup de solutions que nous avons portées", Bernard Lannes (Coordination rurale) "signe tel quel le projet présenté", Laurent Pinatel (Confédération paysanne) évoque "un discours à la hauteur", la FNAB (bio)parle d'un "discours encourageant", les chambres d'agriculture saluent "l'ambition du discours". Jacques Creyssel, pour la FCD (commerce et distribution)souligne "des bonnes nouvelles correspondant à l'accord que nous avions avec les agriculteurs et la transformation", et Michel Edouard Leclerc s'est dit soulagné de voir que le seuil de revente à perte ne concernerait "que" les produits alimentaires. L'Ania (industrie alimentaires) a souligné "un nouvel état d'esprit" , tandis que la FNE a entendu des "annonces qui vont dans le bon sens".


Des mots très forts

Certaines oreilles ont du siffler, notamment en Bretagne, pendant le discours d'Emmanuel Macron. "On n'a pas fait les réformes qu’on devait faire", "On a fait des choix absurdes". Il faut "arrêter des productions qui ne correspondent plus à nos goûts , nos besoins", "nous ne pouvons rester immobiles à regarder les cours du marché de Plérin en espérant que les chinois continuent d’acheter nos produits" et, pour la volaille, "espérer exporter nos poulets que nous ne pouvons pas ou ne voulons pas faire consommer à notre propre population". Emmanuel Macron prend l’engagement d’aider les filières mais ne veut pas faire de "chèque en blanc", "ni protéger des modèles productifs qui ne sont plus soutenables". Il demande aux filières de s’organiser, de présenter un plan de travail quitte à fermer des ateliers ou arrêter des productions, pour ne pas se "réveiller dans deux ou trois mois avec les mêmes problèmes chez le ministre de l’agriculture, avec des demandes d’aides, des restructurations ou des aides d’urgence". Une analyse jugée "caricaturale" par Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

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