Terra 03 mai 2018 à 09h00 | Par Chantal Pape

En grandes cultures bio, des groupes pour échanger et se rassurer

Ils existaient déjà en lait ou en légumes de plein champ. Durant l'automne dernier, les chambres d'agriculture ont lancé des groupes grandes cultures à l'attention des producteurs en agriculture biologique ou s'y intéressant. Si les réunions traitent d'un point technique avec un conseiller, elles permettent aussi aux agriculteurs d'échanger, de profiter des expériences des uns et des autres et de se rassurer.

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En France en 2015, 60 000 nouveaux hectares ont été cultivés en céréales, oléagineux et protéagineux bio.
En France en 2015, 60 000 nouveaux hectares ont été cultivés en céréales, oléagineux et protéagineux bio. - © Gutner archive

"Au sein des chambres d'agriculture, il existe depuis longtemps des groupes où peuvent se retrouver les producteurs de lait ou de légumes de plein champ qui ont fait le choix de l'agriculture bio, indique Paul Landrain, conseiller bio, basé dans le Finistère. Mais les producteurs de porcs ou de céréales n'avaient pas de groupes où échanger sur leurs cultures". C'est désormais chose faite avec la création, sur les quatre départements bretons, de groupes qui leur sont spécifiquement dédiés.

 

Une grande diversité

Lancé à l'automne dernier, le groupe finistérien compte une vingtaine de producteurs. Bio depuis longtemps ou en phase de conversion, ils sont issus de l'ensemble du département, avec des conditions pédo-climatiques très différentes du bord de mer au cœur des Monts d'Arrée. Si certains sont producteurs de porcs, de volailles ou meuniers, d'autres ont arrêté l'élevage et continuent à produire du fourrage qu'ils vendent ou réfléchissent à des légumes de conserve, en fonction des opportunités que leur proposent les industriels. Une belle diversité qui fait la richesse des échanges, chacun apportant sa pierre à l'édifice.

 

Se rassurer

Ce matin-là, pour sa troisième réunion, le groupe planche sur l'itinéraire technique du maïs. "Après prairie, il permet de valoriser les restitutions directes des animaux, la minéralisation du résidu végétal et un sol avec peu d'adventices annuelles, énumère Paul Landrain, avant de faire le point sur le calendrier des travaux. L'épandage du fumier doit avoir lieu suffisamment tôt pour une bonne efficacité au moment du semis". La destruction du précédent devra également être soignée. "Attention aux mottes et aux résidus de culture, qui vont gêner le désherbage mécanique".

En cette fin mars fortement pluvieuse, la discussion rebondit immédiatement. "Il n'y a aucune fenêtre météo pour le désherbage", s'inquiète un agriculteur. "Je me demande si je ne vais pas être obligé de modifier mon assolement", renchérit son voisin. Si les conseillers de la chambre d'agriculture, Benoît Nézet et Paul Landrain, qui interviennent ce matin-là en duo, apportent des réponses techniques, les uns et les autres enrichissent le débat de leurs propres expériences. Et les "anciens" dans la bio se chargent de rassurer ceux qui viennent tout juste de franchir le pas et se sentent encore peu sûrs d'eux. "Il faudrait peut-être prévoir un parrainage, suggère un agriculteur en cours de conversion. Se faire accompagner par un agriculteur plus aguerri sur ce point spécifique du désherbage mécanique, si pointu".

Les intérêts et les limites des bineuse, houe rotative et herse étrille sont ensuite passés en revue. "La rotoétrilleuse, à l'effet intermédiaire entre herse étrille et houe rotative, est désormais disponible, rajoute Benoît Nézet. Elle permettra un écroûtage du sol et un travail sur le rang". Mais son prix, "trois fois celui d'une herse" la réserve aux Cuma, ETA ou achats groupés.

 

Sécuriser

Lors des deux réunions précédentes du groupe, les rotations ont été passées en revue. "Bien raisonnées, elles permettent de mieux gérer les rendements et les adventices", indique Paul Landrain, qui a ensuite évoqué la vie des sols et la fertilisation. Une fois le sujet technique épuisé, le groupe se retrouve pour déjeuner ensemble, un moment de convivialité fort apprécié, qui permet à nouveau d'échanger, cette fois à bâtons rompus. Puis une visite "sur le terrain", le plus souvent chez l'un des participants, permet de visualiser ce qui a été évoqué durant la matinée.

Si le groupe échange volontiers sur la technique, ce n'est pas, loin s'en faut, sa seule préoccupation. "Les agriculteurs en phase de conversion s'interrogent sur la meilleure façon de valoriser leurs récoltes, note le conseiller en agriculture bio. Ils sont par exemple à la recherche d'ETA capables d'assurer leurs récoltes". La question du séchoir se pose aussi : investir individuellement ou dans un séchoir partagé pour être plus autonome, s'adresser à un collecteur... Puis vient celle de la commercialisation : "Ils veulent connaître les opérateurs, les différents marchés qu'ils peuvent cibler, explorer d'autres pistes que le circuit long traditionnel, qui peut être moins rémunérateur". En un mot, "ils cherchent à sécuriser leur production et comptent sur le groupe pour les y aider".

 

Le développement de l'élevage bio est conditionné par un  seuil d'auto-approvisionnement en céréales de 20%.
Le développement de l'élevage bio est conditionné par un seuil d'auto-approvisionnement en céréales de 20%. - © Dominique Poilvet

Un horizon très ouvert et un enjeu pour le développement des productions animales

Les productions bio ont le vent en poupe, avec une progression de +10 % en valeur entre 2014 et 2015 en France. Les grandes cultures n'échappent pas à cette tendance.

En France en 2015, 60 000 nouveaux hectares ont été cultivés en céréales, oléagineux et protéagineux bio. Un rythme soutenu porté par un marché très ouvert, puisque le niveau français d'autoconsommation n'est que de 65 %. Les besoins sont donc couverts par un recours aux importations de céréales bio. En Bretagne où les productions animales sont très implantées, le développement des grandes cultures conditionne largement la transition bio des élevages. Les productions porc ou volaille bio (chair et œufs) doivent en effet atteindre un minimum de 20 % de céréales bio produites sur l'exploitation où, à défaut, à proximité. Ce seuil sera de 30 % en 2021.

Selon l'observatoire régional de la production biologique (Frab), la région comptait 95 000 hectares engagées en bio en 2017, dont 17 351 ha consacrées aux céréales (soit un peu moins de 3 % de la surfaces de céréales bretonnes), auxquels il faut ajouter 1 600 ha d'oléoprotéagineux bio.

Les objectifs, eux, sont beaucoup plus élevés. Le plan ambition bio en cours d'élaboration vise 15 % de la SAU française en bio, quand la future loi issue des États généraux de l'alimentation en discussion vise +50 % de bio d'ici 2022. Les perspectives sont donc très porteuses, soutenues par une
demande active... et donc des prix.  / Paul Jégat

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