Terra 13 mars 2014 à 08h00 | Par Chantal Pape

états généraux de Bretagne : essai transformé

Avec 5 000 participants samedi à Morlaix (29), les Etats généraux de Bretagne ont transformé l'essai des rassemblements de Quimper et Carhaix de novembre dernier. A partir des 15 000 doléances formulées, 11 revendications ont été présentées. Et les Bonnets rouges n'attendront pas longtemps avant de s'enflammer, si le gouvernement reste sourd à leurs demandes.

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Pour clore les états généraux de Bretagne, Dewi Roudaut, 11 ans à peine, a entonné le Bro Gozh, accompagné sur scène par les représentants des comités locaux des Bonnets rouges et dans la sall © Terra De gauche à droite, Christian Troadec, Corinne Nicole  et Thierry Merret,  les trois porte-parole du collectif Vivre,  décider et travailler en Bretagne. © Terra Dans une salle comble, les 60 comités locaux des Bonnets rouges  ont pris place aux premiers rangs, chacun sous son panneau. © Terra

Et de trois ! Après Quimper le 2 novembre et Carhaix le 30 novembre, les Bonnets rouges ont encore réussi leur pari, en rassemblant 5 000 personnes à Morlaix pour les états généraux de Bretagne. "Oui, le mouvement est hétéroclite, reconnaît Corinne Nicole, l'une des porte-parole du collectif "Vivre, décider et travailler en Bretagne". Mais paysans, salariés, artisans, commerçants, pêcheurs, transporteurs ont une même priorité : l'emploi. Et l'envie de vivre dignement de leur métier et d'être respectés".

 

15 000 doléances

Après l'appel lancé courant novembre, le mouvement des Bonnets rouges a reçu 3 500 contributions, individuelles ou collectives, de quelques mots à 35 pages, et collecté près de 15 000 doléances. Un long travail d'analyse a alors commencé et a débouché sur 11 revendications phares (voir ci-contre). "Il n'y a pas de hiérarchie entre elles, souligne Christian Troadec, porte-parole du collectif. Nous n'en lâcherons aucune".

 

De la suppression de l'écotaxe...

Sans surprise, la gratuité des routes, qui a fédéré les premières manifestations autour des portiques de Guiclan puis de Pont de Buis, figure parmi les demandes des Bonnets rouges. "Nous les avions prévenus, ils ne nous ont pas entendus, rappelle Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint Pol de Léon. Il n'y aura jamais d'écotaxe en Bretagne". Et celui qui est également président de Combiwest de balayer de la main les arguments selon lesquels cette écotaxe servira à financer des alternatives au transport routier. "On a déjà payé sur fonds privés du transport maritime, ferroviaire et aérien. Les outils sont là et continuent de se développer. On n'a pas besoin de cette écotaxe pour prendre notre destin en main !"

Demande forte des agriculteurs, l'allègement des charges et des contraintes administratives est également relayé par les autres professions. "On ne s'occupe plus de notre métier de base, juste de remplir des paperasses", peste Claude Quéguiner, le PDG des établissements du même nom. "On nous enlève notre liberté de travailler, renchérit Valérie Bescond, épouse de marin-pêcheur, avant de faire la liste du travail administratif à réaliser à bord de chaque bateau. Un pêcheur, c'est trois emplois à terre. Et nos ports sont en train de se vider".

 

... à la relocalisation

Si les Bonnets rouges réclament également la fin des distorsions de concurrence au sein de l'Union européenne, ils veulent aussi relocaliser finance, décisions économiques et politiques dans une Bretagne à 5 départements. Et officialiser langue et culture bretonnes. "La France est l'état le plus centralisé d'Europe, constate Christian Troadec. Il est temps que ça change". Et le maire de Carhaix de rejoindre l'idée du député PS Jean-Jacques Urvoas d'une assemblée bretonne, fédérant Région et conseils généraux. "Morlaix a été choisi à dessein pour ces états généraux, rajoute Thierry Merret. C'est la ville de Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation".

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. "Nous n'irons pas porter nos revendications à Paris, prévient Thierry Merret. Nous demandons au Président de la République de venir les entendre en Bretagne". Et sans réaction du sommet de l'Etat ? "Comme il y a eu un automne des Bonnets rouges, il y aura un printemps des Bonnets rouges".

Alors que les Etats généraux battent leur plein à l'intérieur du bâtiment 
de Langolvas, une bonne partie des participants a préféré profiter du soleil généreux de ce samedi après-midi et suivre les débats sur écran géant.
Alors que les Etats généraux battent leur plein à l'intérieur du bâtiment de Langolvas, une bonne partie des participants a préféré profiter du soleil généreux de ce samedi après-midi et suivre les débats sur écran géant. - © Terra

Trop beau !

"Nous avons fait l'erreur d'installer un écran géant dehors et de laisser les buvettes ouvertes", lance, amusé, Thierry Merret à la tribune. Peut-être est-ce aussi la faute d'un soleil généreux après des mois de grisaille et de pluie... Toujours est-il que bon nombre de participants ont préféré rester dehors pour suivre les Etats généraux. "Nous sommes 3 200 à l'intérieur, 2 000 dehors. Opération réussie !"

Les 11 revendications des bonnets rouges


maintenir la gratuité des routes en Bretagne et supprimer définitivement l'écotaxe,

libérer les énergies et soutenir l'emploi par l'allègement des charges et des contraintes administratives,

en finir avec le dumping social et les distorsions de concurrence en Europe,

relocaliser les décisions et les pouvoirs économiques en Bretagne,

développer infrastructures et modes alternatifs de transport, avec un rééquilibrage ouest/est,

s'approprier la filière énergie et développer les énergies renouvelables,

relocaliser la finance,

officialiser la langue et la culture bretonnes,

renforcer l'expérimentation, le dialogue, la transparence et le "vivre ensemble" en Bretagne,

doter la Bretagne de ses propres médias audiovisuels et numériques,

relocaliser les décisions politiques dans une Bretagne à 5 départements.

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