Terra 19 avril 2018 à 08h00 | Par Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère

États généraux de l’alimentation : la mascarade ?

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Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère.
Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère. - © Terra

Avec une flopée d’amendements en commission du développement durable de l’Assemblée nationale (400 amendements déposés, 100 adoptés), le projet de loi EGA est devenu un véritable fourre-tout, sans rapport avec les objectifs initiaux. Le texte a pris un virage totalement "welfariste", avec l’introduction de mesures inacceptables pour les filières d’élevage, comme l’interdiction de la vente d’œufs issus d’élevages de poules en cage, l’interdiction de l’élevage de lapins en cage, la limitation de la durée des transports d’animaux sur le territoire français à 8 heures... à 80 km/h bien sûr ! Les députés ont aussi voté l’obligation d’inclure la diversification protéique dans les repas servis en restauration collective, en lieu et place bien sûr des protéines animales. Autrement dit, le repas vegan au moins une fois par semaine est en passe d’être instauré en restauration collective.

Ces amendements viennent tout droit de chez nos amis de L214 et consorts. Ce sont donc les anti-élevage qui vont sauver l’élevage ? On marche littéralement sur la tête ! La sortie de la dernière vidéo de L214 dans un élevage porcin ne relève pas d’un hasard de calendrier : l’objectif est de maintenir la pression sur les députés, par exemple sur l’interdiction de la coupe des queues.

Un autre amendement adopté en commission du développement durable vise à obliger l’État à n’acheter que des produits n’ayant pas contribué à la déforestation. Cela revient ni plus ni moins à bannir des achats de l’État les viandes issues d’animaux nourris au soja d’importation, qu’il soit OGM ou non : encore une discrimination pour l’élevage français !

Ce n’est plus de la montée en gamme, mais du pur dogmatisme qui va se traduire par des contraintes supplémentaires pour les paysans, une perte de compétitivité et de nouvelles distorsions de concurrence pour notre économie. Nous, qui défendons le "manger français", dans tous les points de consommation, nous savons pertinemment que les marchés agricoles sont européens, voire mondiaux. La réalité est que, en France, plus de 40 % des poulets consommés sont importés, notamment de Pologne, des Pays-Bas et de Belgique.

Pour reconquérir le marché intérieur, il va falloir se lever de bonne heure ! À moins que l’on ne compte sur les zadistes et sur les projets alternatifs de Notre-Dame-des-Landes pour satisfaire les besoins du consommateur français ? Tel que c’est parti, l’État s’apprête à autoriser n’importe quel projet "agricole", au mépris de tous les droits de propriété et d’exploitation élémentaires. C’est scandaleux !

Dans son discours de Rungis du 11 octobre, le Président de la République indiquait que les conclusions des États généraux de l’alimentation seraient peu de chose si elles n’étaient pas accompagnées de l’esprit de responsabilité collectif. Effectivement, les agriculteurs ne peuvent que partager ce point de vue.

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