Terra 08 février 2018 à 01h00 | Par Loïc Guines, président de la FDSEA35

Eugène, si tu nous écoutes…

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Loïc Guines, président de la FDSEA35.
Loïc Guines, président de la FDSEA35. - © Terra

En février 2017, un sondage Odoxa montre que les agriculteurs jouissent de 89 % d'opinions favorables dans la société. Mais les agriculteurs ont une image de leur propre métier extrêmement dégradée. L’indice de confiance des agriculteurs français reste désespérément négatif. Le retour à la terre semble être l’ambition ou l’espoir de beaucoup de Français, mais en dix ans l’agriculture a perdu 200 000 exploitations, et probablement une bonne partie de son sens du collectif. Les besoins alimentaires croissent au rythme de la population mondiale laquelle "grignote" les surfaces agricoles productives qui devraient la nourrir. L’hyper-mobilité, le court-termisme, la flexibilité, la réactivité sont devenus notre mode de vie, mais l’agriculture est une industrie lourde, qui exige stabilité, vision à long terme et sécurisation, et s’accommode très mal de la volatilité ambiante. Nos exploitations ont les plus grandes difficultés à recruter alors que 4,5 millions de personnes sont au chômage en France. On fait tous les jours l’apologie du numérique et de la dématérialisation, mais nous sommes noyés sous une montagne de formulaires à remplir, dont l’enjeu n’a d’ailleurs jamais été aussi important pour nous. Le consommateur veut manger plus vert, plus sain, du bio, et certains sont capables de se battre pour des produits au prix le plus bas, tout en affirmant droit dans les yeux que la qualité a un prix. Tous ces paradoxes illustrent la complexité et les ambiguïtés actuelles autour des enjeux agricoles et alimentaires. Nous sommes bel et bien entrés dans une nouvelle ère agricole et nous devons nous organiser pour qu’elle soit une ère de prospérité et pas une ère de servilité pour nous, les producteurs. La profession agricole souffre de cette situation inédite qui va demander de grands changements, de grands efforts. Il faudra faire le deuil de la période passée, et comme pour toute période de changement, il y aura du déni, de la colère, de la peur, du marchandage, de la tristesse puis viendra l’acceptation, la recherche du sens, la construction de projets et enfin je l’espère l’action.

En 1946, Eugène Forget, dans son serment de l’unité paysanne, a exhorté les paysans à se rassembler et non à se déchirer et à régler leurs comptes. Ce serment est plus que jamais d’actualité. Est-il encore nécessaire, ou même décent que les syndicats agricoles s’affrontent, que des modèles agricoles soient opposés, que nos coopératives se concurrencent, pendant que le monde paysan attend des solutions intelligentes, concertées et ambitieuses. Y a-t-il tant de divergences que cela au sein du monde agricole ? Jusqu’où faut-il aller dans cette nécessaire mutualisation d’idées et de moyens ? Je ne le sais. Mais ne pas se poser la question serait déjà trahir notre mission de défense des agricultrices et des agriculteurs.

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