Terra 10 juillet 2014 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Fin des quotas : comment répondre à la promesse mondiale ?

Le centre de recherche et d'enseignement sur le lait (CEREL), a organisé le 26 juin sur le site d'Agrocampus Ouest à Rennes, une journée de réflexion sur la fin des quotas laitiers. A partir des enjeux et des perspectives pour notre région, ce colloque a permis d'aborder notamment la question des futurs marchés, les effets de la redistribution des soutiens publics, ou encore les impacts sur les autres productions animales.

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Gérard You, chef du service économie de l'institut de l'élevage. © Terra Dominique Chargé, président de la Laïta et de la Fédération nationale des coopératives laitières. © Terra Vincent Chatelier, ingénieur de recherche à l'Inra. © Terra

La production laitière française trouve aujourd'hui trois débouchés majeurs. 50% du lait est transformé en produits de grande consommation, vendus sur le marché intérieur, principalement auprès de la grande distribution. 30% de la collecte est transformée en poudre ou en beurre, qui serviront d'ingrédients à des produits industriels, cette fois à destination des marchés internationaux. Et enfin, 20% du lait est vendu sous forme de fromages en Europe et à l'international. "Les entreprises françaises, pour être en phase avec l'évolution des marchés libéralisés, doivent opérer un rééquilibrage, en se positionnant plus à l'export", souligne Dominique Chargé, président de Laïta et de la Fédération nationale des coopératives laitières. Chine, Indonésie, Afrique et bassin méditerranéen notamment sont autant de zones attractives avec des marchés en croissance… mais aussi volatils et soumis à une forte concurrence.

"Gagner en compétitivité"

Dans ces conditions, que peut faire le Grand Ouest pour répondre à cette demande et faire face aux différentes menaces ? "Aujourd'hui, c'est d'abord gagner en compétitivité par le renforcement de nos entreprises de transformation", répond Dominique Chargé. Une évolution que le président de la FNCL juge nécessaire aussi bien en termes de taille d'entreprises, que d'adaptation des outils, mais aussi avec plus de segmentation des marchés, plus d'innovation, et une politique publique qui s'adapte aux enjeux de la volatilité. "L'adaptation des entreprises doit se faire, c'est indéniable, confirme Dominique Chargé, mais elle ne sera pertinente qu'en lien avec un amont fort et lui-même compétitif, un amont en phase avec ses marchés. Les coopératives laitières, leurs fondements et leur gouvernance, reprennent ici tout leur sens en travaillant à la ré-implication des associés coopérateurs dans la stratégie de leur entreprise".

Cette nouvelle donne mondiale est d'autant plus difficile à appréhender dans notre pays que l'intervention publique était jusqu'alors très marquée. Avec la nouvelle PAC, la distribution des soutiens publics est réalisée selon des curseurs qui ont des impacts plus ou moins forts, selon le mode de production et la région. "Pour les exploitations laitières spécifiquement, l'impact de la réorientation des aides directes est en moyenne nationale, négatif de moins 1900 euros, mais d'importants écarts sont mesurés entre systèmes productifs", souligne Vincent Chatelier, ingénieur de recherche à l'Inra. Et de préciser : "Les exploitations laitières de plaine très spécialisées, avec une forte proportion de maïs ensilage sont légèrement pénalisées. Pour les systèmes laitiers de l'Ouest, moins doté en foncier que d'autres régions, l'impact aurait été encore plus négatif si le paiement redistributif sur les premiers hectares n'avait pas été adopté. L'impact négatif est plus net dans les unités diversifiées en bovins-viande (engraissement de JB) et en céréales".

Spécialisation, structuration des filières et internationalisation seront donc les trois grands axes de réflexion pour le bassin laitier de l'Ouest. Avec en toile de fond, un défi : être à la hauteur de la promesse mondiale que suscite la fin des quotas.

Quels impacts sur les autres productions animales ?

Avec la fin des quotas, d'autres questions apparaissent, tel que l'impact sur les autres productions animales. Gérard You, de l'institut de l'élevage a livré quelques éléments de réponse et de réflexion. En France, près de 50% des gros bovins abattus sont élevés dans des exploitations laitières et 40% des exploitations laitières françaises élèvent ou engraissent des bovins viande. Si pour l'instant "on ne voit pas de phénomène majeur de spécialisation", a souligné Gérard You, la mixité lait - viande peut reculer. "Il y a des facteurs propices à la spécialisation comme la forte valeur ajoutée produite par ha de SAU, la taille moyenne des structures d'exploitation, ou encore la proximité des sites de fabrication", ajoute le responsable du service économie des filières de l'institut de l'élevage. Avant de tempérer :"on note aussi des facteurs qui peuvent favoriser la mixité, tels que des parcellaires dispersés, des ressources humaines limitées, ou encore l'attrait des cultures de vente ou la très bonne résilience des exploitations mixtes face aux aléas climatiques". De la même façon en porcs (30% des exploitations porcines produisent du lait), ce sont davantage les petits ateliers qui sont "menacés" par une spécialisation laitière.

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