Terra 22 mars 2018 à 14h00 | Par Claire Le Clève

FNPL : une filière laitière en marche, mais pas à n’importe quel prix

Le congrès de la FNPL s’est terminé le 15 mars à Vannes, en présence du ministre de l’agriculture Stéphane Travert. L’occasion pour les éleveurs de l'interpeller sur leurs inquiétudes, notamment au sujet des accords de libre-échange, mais aussi sur leur espoir de retrouver de la valeur.

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Le projet de loi ne fera pas tout, organisez-vous a enjoint le ministre Stéphane Travert lors de sa venue à Vannes ici aux côtés de Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et Jérôme Decerle, président des JA.
Le projet de loi ne fera pas tout, organisez-vous a enjoint le ministre Stéphane Travert lors de sa venue à Vannes ici aux côtés de Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et Jérôme Decerle, président des JA. - © Claire Le Clève

La dernière journée du congrès de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) s’est déroulée à Vannes, dans le Morbihan, le 15 mars. La première partie de la matinée a été consacrée à deux tables rondes, sur les thèmes du retour de valeur et du marché. Puis, Stéphane Travert, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, ainsi que Jérémy Decerle, président des jeunes agriculteurs (JA), ont clôturé la séquence, avec des discours faisant largement écho aux questions abordées au cours des deux journées de travail. Le retour de la valeur au producteur est l’une des principales préoccupations de la filière laitière et plus généralement du monde agricole. Comme a commencé par le rappeler Marie-Thérèse Bonneau, première vice-présidente de la FNPL : "la défense du revenu est notre ligne". Lors des États généraux de l’alimentation (EGA), les différents acteurs de la chaîne semblaient être tombés d’accord sur ce principe indispensable. De même, durant la première table ronde, les différents invités, notamment de la grande distribution, semblaient se retrouver dans cette idée. Marie-Thérèse Bonneau l’a souligné avec une pointe d’ironie : "vu ce que j’entends, ce devrait être super simple, puisqu’on partage tous les mêmes convictions".

Rééquilibrer le rapport de force

Pourtant, comme l’a rappelé Jérémy Decerle, président des JA, les négociations commerciales ont été ressenties comme une "trahison" par une partie du monde agricole ; "nous avons encore eu droit au même jeu auquel nous assistons chaque année entre industriels et distributeurs", poursuit-il. Invité lors du premier débat, Jean-François Huet, en charge des partenariats et des alliances locales chez Leclerc, a rappelé qu’une tentative d’augmenter les prix fournisseurs avait déjà été faite, sans pour autant que cela ne redescende aux producteurs. "Il ne s’agit pas de générer une inflation si cela ne redescend pas aux agriculteurs", prévient-il. Sur ce thème, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, a interpellé le ministre de l’agriculture : "le projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales et la juste répartition de la valeur ne met aucune automaticité de retour de valeur au producteur". La FNPL souhaite une loi "qui ne laisse pas de place aux interprétations". "C’est bien le sens du principe de cascade, prévu dans le projet de loi, lui répond Stéphane Travert, qui permet justement de prendre en compte tout au long de la chaîne, les différents indicateurs". Le ministre encourage aussi les producteurs à se regrouper pour rééquilibrer le rapport de forces.

Chercher de la valeur à l'international

Toujours sur le thème des EGA, Michel Nalet, directeur de la communication du groupe Lactalis, a déploré que les discussions aient peu porté sur le marché international. 40 % du lait produit en France est exporté. "Nos concurrents européens se concentrent sur le développement international, s’il y a la volonté, on a la capacité de se développer sur ce marché", assure-t-il. "Avec l’émergence d’une classe moyenne dans les pays en développement, on a de nouveaux marchés et la capacité à aller y chercher de la valeur", appuie Damien Lacombe, de la coopérative Sodiaal. Mais le marché international inquiète aussi les producteurs laitiers avec la multiplication des accords de libre-échange. Après l’accord avec le Mercosur, et celui du CETA, les craintes de la FNPL se dirigent vers le futur traité Australie-Nouvelle-Zélande. "Je ne veux pas d’un Mercosur bis avec ce nouveau traité, je le dis très fermement", a lancé Thierry Roquefeuil à l’adresse du ministre. "Sur ce sujet, il ne faut ni se mentir, ni faire preuve de naïveté", lui répond Stéphane Travert. Le ministre a mis en avant les opportunités d’exportations qui s’ouvrent aux producteurs français avec ces accords, tout en restant franc sur les risques encourus : "ce monde fantasmé dans lequel on peut vendre mais dans lequel on refuse d’acheter n’existe pas". "Il s’agit de conclure des accords équilibrés en étant des partenaires exigeants", promet-il. Stéphane Travert a cependant assuré que la position du gouvernement sur l’accord avec l’Océanie était "exclusivement défensive, pour protéger nos filières dans les discussions".

Un ministre "mobilisé"

Au sujet de la gestion des stocks de poudre de lait qui pèsent sur le marché, le président de la FNPL, Thierry Roquefeuil, demande à la Commission européenne de "clairement assumer son rôle dans la gestion des marchés et ne pas être hermétique aux solutions qui lui sont proposées". Le ministre s’est dit "mobilisé" sur ce problème. Tout comme sur la question des retraites agricoles. "La problématique sera pleinement prise en compte dans le cadre de la réforme envisagée", a-t-il garanti. "Mais il ne faut pas tomber dans un piège démagogique où on fait des promesses non soutenables", modère Stéphane Travert. Il a aussi tenu à rassurer les agriculteurs sur la PAC, assurant que simplification ne signifierait pas renationalisation. À l’issue du congrès, Thierry Roquefeuil a déclaré avoir apprécié voir le ministre prendre certains engagements pour protéger la filière. Cependant les producteurs ne sont pas prêts à accepter n’importe quelles conditions.

 

Stéphane Travert sur le Gaec de Ponthomas, en plein échange avec Jonathan Questel, 29 ans qui a rejoint l’exploitation en 2016 après huit ans de salariat.
Stéphane Travert sur le Gaec de Ponthomas, en plein échange avec Jonathan Questel, 29 ans qui a rejoint l’exploitation en 2016 après huit ans de salariat. - © Terra

"L'agriculture familiale, nous parions sur ce modèle"

En marge du 74e congrès de la FNPL à Vannes, Stéphane Travert a tenu à visiter l'exploitation laitière des quatre associés de la famille Questel, au Gaec de Ponthomas à Theix-Noyalo. Il a été accueilli par Jonathan, 29 ans.

"Une ferme laitière où l’on peut construire un projet, créer de la valeur, investir et innover pour l’avenir. Ce modèle familial a encore de beaux jours devant lui et c’est sur lui que nous souhaitons parier pour l’avenir", résume Stéphane Travert à l’issue de la visite du Gaec de Ponthomas à Theix-Noyalo. Un écho au soutien à la diversité des exploitations de la ferme France, "marque de fabrique française", que venaient de défendre la veille et le matin même, André Bonnard, secrétaire général et de la FNPL et Thierry Roquefeuil, président.

Simplement et avec convivialité, pendant plus d’une heure, la famille Questel a ouvert les portes de sa ferme laitière où trois générations, depuis l’installation d’Yvonne et Félix en 1959 sur 25 ha, se sont succèdées. Ainsi Yves, Yannick et Alain, les fils, s’y sont installés respectivement en 1981 (sur 50 ha), 1990 (puis 67 ha) et 1994 (et 110 ha), rejoint en 2016 par Jonathan, le petit fils (total de 180 ha).

"Nous travaillons uniquement en famille avec un équipement simple et du matériel en Cuma", note Yves Questel. Et les associés de détailler les différents ateliers, pâturage, cultures, colza diester, petits pois de conserve... "Depuis 20 ans, on sépare le conseil de l’achat des produits phyto-sanitaires, on a des IFT deux fois plus faibles", appuient-ils. "Vous êtes en avance", apprécie Stéphane Travert sur une disposition qui fait son entrée dans la future loi alimentation. Quant au sans labour pratiqué ici depuis 25 ans, la famille Questel prévient : "l’arrêt du glyphosate va être un sacré problème pour nous". "On met tout le monde sur le pied de guerre pour pouvoir s’en passer, on avance sur les solutions", se veut rassurant Stéphane Travert. "Si on se remet au labour, on risque de détruire tout le gain acquis pour nos sols. Ça va être bien pire en terme de lessivage", craint Jonathan Questel qui poursuivra l’échange sous la stabulation. "Nous produisons 850 000 l de lait sur un droit à produire d’un million de litres de lait pour Sodiaal. Mais nous sommes limités par le bâtiment. Plutôt que de reconstruire en période difficile, nous avons préféré investir dans deux robots pour nos 85 vaches traites. On aurait du le faire depuis longtemps ! Plus le litre de lait est bas, moins les gens ont envie de traire. Notre challenge, c’est de partir sur une agriculture plus connectée", montre-t-il pointant les boucles électroniques qui équipent le cheptel.

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