Terra 30 mars 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Fonds de soutien des producteurs de lait belges : un exemple à suivre

La FDSEA des Côtes d'Armor a invité Daniel Coulonval, ex-président de la fédération wallonne de l'agriculture, à partager l'expérience belge d'un fonds d'aides aux producteurs de lait, mis en place en 2015. Le syndicat costarmoricain souhaiterait amorcer une telle démarche en Bretagne pour aider les producteurs de lait dans la tourmente.

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Daniel Coulonval, agriculteur belge, ancien président de la Fédération wallonne de l'agriculture.
Daniel Coulonval, agriculteur belge, ancien président de la Fédération wallonne de l'agriculture. - © Terra

"Nous avons mis en place en 2015 une aide d'urgence payée par le consommateur, rapide, efficace et validée par la Commission européenne". Daniel Coulonval, producteur de lait et de viande bovine en Belgique, a partagé son expérience vendredi 24 mars à Plérin à la demande de Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d'Armor.
À l'époque, l'accord wallon porte sur un fonds théorique de 46 millions d'euros redistribués pour soutenir la trésorerie des producteurs de lait. "C'était un outil à court terme. Les mesures d'urgence doivent arriver très vite", rappelle l'éleveur belge. Dans la salle étaient représentées les principales enseignes de la distribution au côté de la FRSEA Ouest et de la FNPL."Il y a des drames sur les exploitations. Il faut apporter des pistes à l'ensemble de la filière laitière pour les éviter", justifie le président Didier Lucas.

La mécanique wallonne de soutien d'urgence

En 2015, alors que le prix de vente moyen du litre de lait en Wallonie dévisse à 28 ct, les syndicats agricoles d'une même voix sont allés rencontrer la grande distribution et la transformation avec un cahier commun de revendications. "En 2015, nous voulions un engagement de tous les opérateurs". Daniel Coulonval détaille la méthode de calcul. À l'époque, le coût de production moyen est évalué à 34 ct/l auquel est intégrée la rémunération du travail. Déductions faites, le manque à gagner s'élèvait à 11 ct/l. Croisée avec les mesures de consommation du lait et du beurre aux caisses des supermarchés (chiffres Nielsen), soit 408 millions de litres sur 6 mois, l'aide directe théorique s'est transformée en "46 millions d'euros sur la table". "Le consommateur était d'accord pour payer", précise l'éleveur belge. La collecte des fonds s'est déroulée sur neuf mois sur la base des ventes de lait de bouche et de beurre du mois précédent : la contribution des enseignes commerciales a été versée aux organismes payeurs régionaux, repercutée aux producteurs de lait. Cette aide a représenté un complément direct "théorique" de 2,7 ct/l par mois versé d'août à décembre 2015, avec un régime particulier pour les jeunes qui débutaient la production.

Une démarche souhaitée à l'échelle de la Bretagne

En Bretagne, la situation décrite par Cerfrance Côtes d'Armor est toujours catastrophique. "Les clôtures de mars 2017 ne seront pas bonnes. Il faudrait un prix de base du lait payé au minimum à 330 ¤/1000 l. Il est temps de s'alarmer, la situation fait mal dans les campagnes !", décrit Georges Douguet de Cerfrance 22, qui pointe des niveaux de revenu par UTH familial très bas à 5 000 ¤ fin 2016. Dans une telle situation, l'exemple wallon pourrait-il germer en Bretagne ? C'est le v½u pieux de Didier Lucas. "Comment va-t-on faire dans les deux à trois mois qui viennent ? Certains n'auront pas les moyens d'avoir des semences. Il faut travailler sur un fonds tout de suite".

Invités, les distributeurs ont été questionnés sur leurs intentions. Le représentant de l'enseigne Lidl a évoqué leur propre fonds de 4 millions d'euros reversé à des jeunes agriculteurs via la MSA, soit l'équivalent de 3 ct/l sur 6 mois. "Nous sommes prêts à le refaire, oui mais pas tout seul", annonce-t-on chez Lidl. Intermarché, Leclerc, Carrefour, System U, chacun exprime une volonté de transparence. "Êtes-vous favorable à un fonds", ont demandé les instigateurs de la rencontre. Un "oui" a été arraché. Rendez-vous a été pris dans les semaines à venir pour une nouvelle rencontre régionale.

"Il est de la responsabilité collective d'envoyer de la valeur ajoutée vers les producteurs. Il y a une capacité à faire les choses mais tout le monde explique que c'est l'autre", remarque Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL, rappellant la forte nécessité de faire appliquer la loi Sapin II.

 

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