Terra 08 novembre 2018 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Goëmar, produit à Saint-Malo des biosolutions pour les cultures

Tout à fait récentes dans l'histoire de la protection des plantes, les biosolutions telles que celles formulées à partir d'algues par les laboratoires Goëmar, sont promises à un important développement. Leur marché pourrait être multiplié par trois ou quatre en France, voire plus au niveau mondial, tant ils répondent à une préoccupation agro-environnementale forte.

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Sept personnes - chercheurs et laborantins - travaillent au sein du laboratoire de R&D, équipé de quatre chambres de culture, et de cinq compartiments de serre.
Sept personnes - chercheurs et laborantins - travaillent au sein du laboratoire de R&D, équipé de quatre chambres de culture, et de cinq compartiments de serre. - © Goëmar Groupe Arista

Que ce soit des biostimulants qui favorisent croissance et développement des plantes ou le vacciplant pour la protection fongicide des cultures, les produits élaborés par les laboratoires Goëmar (groupe Arysta LifeScience) trouvent leurs principes actifs dans les algues. Ces algues, récoltées en Bretagne, sont au cœur de l'expertise de Goëmar depuis sa création en 1971 (lire encadré).

Principalement utilisées en cultures spécialisées arboriculture et maraîchage, les biosolutions se développent aussi de plus en plus en grandes cultures. Mais de quoi s'agit-il exactement, comment sont-elles élaborées et quels sont les effets attendus ?

 

Le vacciplant, alternative aux fongicides classiques

C'est l'origine du produit de protection des plantes qui permet de définir un produit comme solution de biocontrôle. La définition du biocontrôle, franco-française, est tout-à-fait récente. Dans cette famille de produits, Arysta propose des fongicides (vacciplant formulé à Saint-Malo) et des insecticides (formulés à Pau, 64), utilisables en bio et certifiées par Ecocert. Toutefois le biocontrôle intéresse au delà de l'agriculture biologique. Car les enjeux environnementaux sont énormes, pour réduire les traitements phytosanitaires ou pour faire face aux disparitions de molécules phytosanitaires. La génétique voire les pratiques culturales peuvent être des leviers, mais un important travail de R&D est également fourni par les multinationales (à raison de 10 % du CA mondial investi en R&D) pour trouver de nouveaux produits phytopharmaceutiques. Et dans ce contexte, le vacciplant formulé par les laboratoires Goëmar a toute sa place. D'ailleurs la firme explique être de plus en plus sur des offres combinant fongicides classiques, vacciplant et biostimulant en agriculture conventionnelle. "En pomme par exemple, il est intéressant d'utiliser un vacciplant pour avoir zéro résidu en fin de culture", cite Guillaume Lefranc. Et déjà des organisations de producteurs s'en servent pour sécuriser des marchés exigeants (le cas aujourd'hui avec Lidl en Europe Centrale selon Arysta). "Les agriculteurs sont très curieux de ce développement. Mais on ne veut pas brûler cet eldorado avec des sur-promesses : on n'arrêtera pas les produits phytosanitaires. Il faut pousser les biocontrôles quand la situation le permet".

Le vacciplant de Goëmar est créé à partir de Laminaria digitata. Toujours immergée, l'algue est extraite en mer par les goémoniers. Arysta récupère l'algue séchée et pré-broyée. La première phase du process est l'infusion de l'algue dans un tank de 8 000 litres. Et c'est ensuite par un procédé d'ultra-filtration que sont séparées les différentes molécules de la solution, la laminarine étant celle qui intéresse Arysta pour la formulation de ces deux principaux produits commercialisés en fruits et légumes et en grandes cultures, à hauteur de 200 000 litres par an.

 

Leader du marché des biostimulants

C'est une tout autre algue qui est utilisée pour la formulation de biostimulants : Ascophyllum nodosum est récoltée à la main par des goémoniers sur les grèves du Finistère et des Côtes d'Armor. Chaque goémonier en récolte quelque quatre tonnes par jour, en coupant l'algue à 30 cm au dessus de la base afin de préserver la durabilité de cette "production". "Le but est de transformer l'algue solide en formule liquide tout en préservant les fonctions vitales de l'algue", précise Guillaume Lefranc. Une spécificité d'Arysta est le process mécanique de presse à froid "pour que tous les éléments chimiques soient préservés". Au concentré actif d'algues sont ensuite ajoutés des sels minéraux. Il en résulte un biostimulant, c'est-à-dire un produit qui stimule les processus biologiques de la plante (amélioration de la croissance, du développement, de l'absorption des nutriments), pour que celle-ci résiste mieux aux stress abiotiques (températures, stress hydrique...).

Arysta produit 45 formulations de biostimulants, aujourd'hui déclinés en 250 produits finis différents, soit 4,4 millions de litres de produits finis par an. 45 % de cette production est exportée dont plus de la moitié aux États-Unis. Exemple de ses effets en arboriculture : le biostimulant agit sur le taux de polyamines, favorise le fruit principal par rapport au secondaire, et améliore la coloration du fruit.

 

Une nouvelle usine d'ici fin 2018

Les biostimulants représentent 12 % du chiffre d'affaires d'Arysta en France, le groupe étant leader sur l'Hexagone. "Ce marché devrait être multiplié par quatre d'ici cinq ans", assure le directeur marketing France, Alexander Vatelot. 6 % du marché français d'Arysta est quant à lui réalisé par les solutions de biocontrôle aujourd'hui, 15 % en 2025 selon les prévisions du groupe.

À Saint-Malo un tout nouveau bâtiment, qui devrait entrer en production en fin d'année, va permettre à Arysta d'augmenter sa production pour répondre à ce marché en croissance. Le process sera également amélioré dans cette nouvelle usine puisque les déchets en sortie de presse, aujourd'hui incinérés du fait de leur pH très acide, pourront demain être valorisés en compostage ou en méthanisation après ajout de chaux. Fort de ses perspectives de croissance, le site s'est aussi agrandi en 2018, passant de 2 à 4 hectares. Une opportunité pour de nouveaux investissements industriels dans les années à venir.

 

Un laboratoire R&D, de nouveaux bâtiments administratifs et enfin une nouvelle usine : le site de Saint-Malo n'a cessé d'évoluer depuis cinq ans.
Un laboratoire R&D, de nouveaux bâtiments administratifs et enfin une nouvelle usine : le site de Saint-Malo n'a cessé d'évoluer depuis cinq ans. - © Goëmar Groupe Arista

Une expertise historique

Goëmar a été créée en 1971 par René Hervé, à Saint-Malo (35). L'objectif de ce précurseur était alors de mieux comprendre les algues et leurs effets déjà visibles sur le chou dans le Finistère nord. Une algue en particulier, Ascophyllum nodosum, récoltée en Bretagne par des goëmoniers dès les années 70, est au cœur de cette entreprise. Goëmar cherche, par son process, à faire bénéficier des atouts de cette algue à tous les agriculteurs, y compris loin des côtes bretonnes. Puis l'entreprise va créer le premier "vaccin" des plantes, ou vacciplant, à partir d'une toute autre algue, la Laminaria digitate.

Resté structure familiale jusqu'en 2010, le site de Saint-Malo va ensuite beaucoup évoluer avec la création d'une serre et d'un labo R&D (2013), la création de tous nouveaux bâtiments administratifs (2015), et un nouveau bâtiment augmentant les capacités de production et qui sera finalisé avant la fin d'année. Enfin l'extension sur 2 hectares en 2018 double la surface du site à 4 hectares, et laisse envisager de nouvelles perspectives d'investissement à long terme.

L'entreprise a rejoint en 2014 le groupe Arysta Lifescience (près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le Monde, avec une gamme très large de produits conventionnels). "La vision du groupe est celle d'une agriculture qui produit mais avec un impact environnemental réduit", souligne Guillaume Lefranc, responsable de filières chez Arysta, et très prochainement nouveau directeur de Goëmar à Saint-Malo. "Les biosolutions produites sur notre site entrent pleinement dans cette vision".

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