Terra 06 septembre 2018 à 08h00 | Par Jean Dubé

Grand plan d'investissement agricole : un levier de 5 milliards d'euros

Dans la suite des États généraux de l'alimentation, le Gouvernement met en place un GPI (grand plan d'investissement), pour aider à la transformation de l'agriculture dans le sens décliné par les plans de filières. Qualité, valeur ajoutée, changement des pratiques seront demain accompagnés par d'anciens outils type PCAEA (plans de compétitivité), ou de nouveaux comme des prêts sans garantie de la BPI. L'ambition affichée est très large, les publics et les filières visés tout autant. C'est l'effet levier qui est recherché pour maximiser l'effet de deniers publics concentrés sur des priorités et des axes stratégiques forts.

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Laurence et Pierrick Neveu exploitent deux poulaillers pondeuses en bio depuis deux ans. Ces anciens poulaillers canard ont été transformés. C'est ce type d'investissement que souhaite promouvoir le nouveau GPI (grand plan d'investissement).
Laurence et Pierrick Neveu exploitent deux poulaillers pondeuses en bio depuis deux ans. Ces anciens poulaillers canard ont été transformés. C'est ce type d'investissement que souhaite promouvoir le nouveau GPI (grand plan d'investissement). - © Terra

Lundi dernier, Olivier Allain nommé ambassadeur du grand plan d'investissement pour l'agriculture présentait ce GPI sur une exploitation de la Bouexière en llle-et-Vilaine. Cette exploitation spécialisée en production d'œufs bio était à l'origine productrice de canards gras.

L'exploitation est aujourd'hui diversifiée avec la production de vergers à cidre et des pommiers à couteaux pour la production de jus de pomme en contrat avec des industriels locaux.

 

Un nombre de candidats potentiellement important

Pour Olivier Allain, cet élevage illustre les grands axes que les États généraux de l'alimentation ont mis en avant : une agriculture qui se transforme, qui innove dans le sens de la qualité de la recherche de valeur ajoutée et de réponse aux attentes sociétales.

Le plan d'environ 57 milliards d'euros, promis par le candidat Emmanuel Macron, consacrera 5 milliards à l'agriculture, la forêt, la pêche, l'aquaculture, pour développer des actions délimitées par les plans de filière. Mais chacun de ces secteurs est défini en intégrant son amont et son aval, ce qui fait un nombre de bénéficiaires potentiels très important.

Ce plan d'investissement mobilisera pour beaucoup des crédits déjà existants comme ceux des PCAEA et des MAEC. Y seront ajoutés des prêts sans garantie de la BPI qui  viendront le cas échéant compléter de l'autofinancement de porteurs de projets. Le plan d'investissement est prévu jusqu'en 2022. Les premiers projets financés le seront début 2019.

 

Une procédure qui démarre en janvier 2019

La procédure d'identification et de sélection des projets est encore floue. Seront-ils pris au fil de l'eau, sélectionnés en fonction de leur qualité, en fonction des filières ? Pour le moment, il est difficile d'y répondre. On voit bien que des thèmes comme la méthanisation sont clairement ciblés, que les projets devront correspondre avec les axes des plans de filière, et que les porteurs de projet devront répondre aux conditions des appels d'offre. Mais difficile aujourd'hui de savoir comment seront retenus les projets, et si une part importante du financement n'ira pas plutôt vers l'aval que dans les exploitations.

L'essentiel n'est pas là, plaide Olivier Allain qui attend un "effet levier" de ces financements pour développer des filières à forte valeur ajoutée. Les acteurs locaux comme les conseils régionaux apporteront leurs contreparties éventuelles à ces développements. Rémi Cristoforetti, directeur de la coopérative Le Gouessant présente ainsi le projet d'investissement d'une filière alimentation animale bio à Châteaubourg (35) qui alimentera demain l'élevage de Laurence et Pierrick Neveu (lire en encadré). Un projet qui entrerait totalement dans le plan de filière et les axes des Egalim : investissements, transformation, valeur ajoutée.

 

Des investissements et un revenu ?

"L'ambassadeur" du grand plan d'investissement fera dans les prochaines semaines un grand tour de France de présentation et de mobilisation autour de ce GPI. Toutes les régions seront sensibilisées, et l'ensemble des filières pourra se mettre au travail pour identifier des projets et présenter les demandes d'appui et de financement. Pour Olivier Allain, le secteur agricole dans son ensemble investit chaque année de l'ordre de 11 milliards d'euros, il n'y a donc pas d'inquiétude à avoir sur sa capacité à présenter des projets éligibles. Chaque année, un bilan des actions réalisées et des investissements soutenus sera établi dans le cadre du suivi des Egalim. Un bilan qui donnera lieu bien sûr à communication pour quantifier les changements entrepris.

Reste que - pour que les agriculteurs en particulier s'engagent dans ces changements et dans ce nouvel axe stratégique - l'élément déterminant restera la capacité à dégager un revenu et à investir.

Si l'amélioration des revenus agricoles et l'augmentation de la valeur ajoutée produite restent dans les filières ou dans la grande distribution, les bonnes intentions ne se transformeront pas. Cet enjeu, Olivier Allain le mesure parfaitement, très attentif aussi au vote des députés qui, le 12 septembre, devront adopter définitivement le projet de loi Egalim, afin que texte devienne enfin un outil efficace.

 

 

 

Trois axes de développement

Axe 1 / Transformation de l'amont agricole et forestier

Cet axe est décliné en quatre actions : soutien aux investissements dans les exploitations agricoles ; soutien au changement des pratiques ; soutien à la méthanisation agricole, soutien aux investissements en forêt.

Axe 2 / Amélioration de la compétitivité de l'aval agricole et forestier

Trois actions prioritaires sont identifiées : soutien à la montée en gamme de l’aval agricole, soutien à la modernisation de l’aval forestier, et amélioration de la compétitivité de l’aval agricole.

Axe 3 / Innovation et structuration des filières

Trois actions là aussi : concours d’innovation, soutien aux projets d’innovations collaboratives et territoriales, soutien aux investissements structurants dans les filières.


 

La Région Bretagne veut devenir le leader du bien-manger

À une semaine du Space, le président du conseil régional Loïg Chesnais Girard, et le vice-président en charge de l'agriculture, Olivier Allain, ont rappelé mardi dernier le positionnement de la Région sur la politique agricole. Une région que Loïg Chesnais Girard appelle de ses vœux à devenir "leader de la révolution du bien manger", avec comme clés du succès "une approche économique, sociale et écologique". "En matière agricole, la richesse de la Bretagne réside dans la diversité de ses modèles, capable de répondre aux enjeux environnementaux devenus "une urgence forte pour tous les acteurs de la société", souligne Loïg Chesnais Girard. "Il faut bien dire qu'en Bretagne, c'est grâce aussi à l'élevage que l'on maintient un équilibre territorial", ajoute Olivier Allain.

Concernant l'actualité agricole, le président de la Région est revenu sur la démission de Nicolas Hulot, estimant qu'elle ne sera pas prise comme une "victoire" par le monde agricole, car "tout le monde a conscience que l'environnement est l'avenir de notre planète et que les citoyens, dont font partie les agriculteurs, basculent vers une exigence plus forte".

Enfin, sur un sujet plus régional avec le dossier Doux et l'investissement du conseil régional, Loïg Chesnais Girard et Olivier Allain ont tenu à préciser "qu'il ne s'agit pas de remettre une pièce dans le jukebox d'un modèle qui ne fonctionne plus, mais bien de réorienter une partie de la production vers le marché intérieur, et c'est un tournant dans la montée en gamme". / Arnaud Marlet

 

 

- © Terra

Du canard gras à l'oeuf bio

Laurence et Pierrick Neveu disposaient d'anciens bâtiments canard gras. Les mettre aux nouvelles normes d'élevage aurait été trop complexe. Ils ont donc décidé de les transformer en deux bâtiments pondeuses, Label rouge dans un premier temps, élevage reconverti à la bio depuis deux ans. Actuellement en contrat d'intégration avec leur Coop le Gouessant, ils devrait rapidement aller vers un contrat de reprise classique par lequel ils seront propriétaires de leurs animaux. L'œuf sera à ce moment-là valorisé 15 € les 100 pièces.

Chaque bâtiment de 500 m2 abrite 3 000 animaux et donne bien sûr accès à des parcours largement arborés. Au total, les 6 000 poules peuvent se déployer sur plus de cinq hectares. À l'intérieur d'un batiment, six poules se partagent 1 m2. La transformation des anciens batiments canard a représenté 30 € d'investissement par poule, et un investissement global de 150 000 €.

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